L'Iowa vient de donner le coup d'envoi des primaires démocrates et républicaines aux États-Unis, en vue de l'élection présidentielle du 8 novembre. Commentaires et analyse avec nos invités, spécialistes de la politique américaine.

Hillary Clinton est finalement talonnée par l’outsider Sanders !

NB - Il y a un phénomène Sanders . Il est parti de très bas. Hillary Clinton se heurte à sa limite : c’est une femme compétente mais qui ne suscite pas l’enthousiasme , la sympathie, il y a des doutes sur son honnêteté. Et c’est vieux les Clinton. La première élection c’est 1992 !

Pourtant on a vu Bill juste derrière Hillary ?

Il n’a pas l’air tout jeune. Depuis que les Américains de 40 ans votent, ils ont à toujours eu à faire à un Clinton ou un Bush.

Bernie Sanders a ses chances ?

Il a annoncé vouloir faire une révolution politique, les Américains ne sont pas prêts .

On ne sait pas encore qui a gagné mais pour Clinton le symbole est fort car c’est dans l’Iowa qu’elle avait perdu sa première bataille contre Obama en 2008.

FC – en 2008 la marge de victoire d’Obama était bien plus grande, ce n’est pas comparable. C’est une victoire par défaut pour Clinton, ce n’est pas une victoire haut la main pour Sanders. La question est : que devient Sanders après . Il y a beaucoup de jeunes dans ses meetings. C’est la fameuse génération millenium . Il y a aussi beaucoup de jeunes qui veulent voter pour Trump. Ils se tournent vers les radicaux.

Les seniors, qui votent trois fois plus, se tournent vers des candidats comme Ted Cruz ou Hillary Clinton.

François Clémenceau, dans votre livre, vous montrez comment Hillary Clinton a gauchi son discours. Elle dit, il faut généraliser l’Obama Care. Va-t-elle poursuivre dans cette voie ?

FC - Elle a tout intérêt à ce que la bataille avec Sanders continue. Si elle était seule face à l’armada des Républicains, elle serait leur unique cible .

On s’aperçoit qu’il y a un vrai débat à gauche. On est vraiment sur les thèmes de société. À droite pas du tout, on se traite de tous les noms.

Y a-t-il beaucoup de respect entre Hillary Clinton et Bernie Sanders ?

FC - C’est celle qui peut ramener le parti vers le centre.

Côté Républicain, Trump devancé par Ted Cruz, et talonné à sa gauche par Marco Rubio.

FC - Ca veut dire que le vrai vainqueur est Marco Rubio . Je pense que Donald Trump ou Ted Cruz ne peuvent pas gagner les élections américaines. Il n’y a pas une majorité de surexcités aux États-Unis.

Le positionnement de Trump c’est « je suis un gagnant ». Que devient un gagnant lorsqu’il perd ? Trump ne connaît pas les dossiers. Ce sont des incantations.

Quant àTed Cruz c’est réellement un fanatique. Il s’est illustré en s’opposant au contrôle de la circulation des armes, aux impôts, à tout compromis au Sénat. Tout le monde le hait au Sénat. Il a donné une image d’un parti qui ne peut pas gouverner.

C’est une vision de la religion très réductrice : il s’agit de punir en montrant une image de l’Amérique au bord du gouffre.

Marco Rubio est fils de parents exilés cubains. On en a parlé au sujet du combat contre le rapprochement avec les frères Castro.

FC – Sur cette question de Cuba, et l’autre question majeure de l’immigration, Marco Rubio a été d’un côté et de l’autre. Il s’est prononcé pour une réforme bipartisane de l’immigration, ça n’a pas marché et du coup il se retrouve dans le camp des durs.

Macro Rubio va avoir beaucoup de mal à conquérir cette part de l’électorat.

John S. McCain, a eu ce réflexe de survie, il a dit : il faut aller vers les femmes, vers les noirs, vers les latinos, vers les jeunes. Le seul capable de réussir ce pari serait Marco Rubio.

Guetta parlait de la vitalité de la démocratie américaine, malgré tout l’argent enjeu. On parle d’un milliard de dollars dépensé par les grands partis. Malgré cela, les résultats ne sont pas proportionnels aux moyens déployés.

NB – La cour suprême depuis 2010 a autorisé un flot d’argent sans limite de la part des entreprises. Les électeurs font tout ce qu’ils peuvent pour garder le contrôle.

A l’échelle du pays, si l’on n’a pas beaucoup d’argent on ne peut pas faire campagne, mais si on a beaucoup d’argent ça ne vous assure pas la victoire.

C’est un problème pour Sanders ?

FC – Oui mais les foyers plus modestes donnent plusieurs fois des petites sommes.

Si la Cour suprême a déplafonné : c’était pour la liberté d’expression. Aujourd’hui les citoyens Américains sont contre un financement public des élections. Donner de l’argent pour une cause, ça fait partie de la mentalité américaine.

(Auditeur) Est-ce que la présidence d’Obama a vraiment changé quelque chose à l’Amérique ? La candidature de Sanders n’est-elle pas un moyen de retrouver le souffle du « Yes we can » de Obama ?

FC – Obama lorsqu’il se présente en 2008, est convaincu qu’il va avoir la nomination mais aussi qu’il va devenir Président. Il a le sentiment qu’il est la nouvelle génération politique. Il n’avait pas tout à fait raison.

(Patrick Cohen) En 2008, il était convaincu de pouvoir transformer son pays ?

FC - La réalité de l’Amérique sur le plan économique, sur la politique étrangère, la difficulté de mettre fin aux guerres et les institutions américaines ne marchent pas, le Congrès, le Gouvernement, la Cour suprême. Ce qui a changé c’est que oui, enfin, un noir peut devenir Président aux Etats-Unis . Rien que pour ça, oui ça a changé.

(Patrick Cohen) Ca suscite toujours des allergies.

NB – Obama a réformé le pays, c’est déjà pas si mal, difficilement, péniblement.

Les institutions sont ce qu’elles sont. Aujourd’hui, l’économie ne sert pas à tout le monde mais le chômage est au plus bas au terme d’une crise économique colossale et il a fait cette fameuse réforme de la santé.

Sur Sanders, il y a une envie d’un souffle, quelque chose qui nous emporterait à nouveau, c’est beau mais ce n’est pas la vraie vie.

Obama n’a pas pu mettre une place un nouveau système public, car il faut négocier avec les hôpitaux, le Congrès, les assurances […] mais au final il y a 18 millions de personnes qui pour la première fois de leur vie ont une assurance. Quand Bernie Sanders dit je vais défaire tout ça et je vais faire un grand système public pour tout le monde, c’est sympathique mais ce n’est pas réaliste.

Il va falloir choisir entre le réalisme de Hillary Clinton qui veut améliorer cette réforme et le réalisme de Bernie Sanders. Il va se casser contre un mur s’il était aux commandes.

(Patrick Cohen) On a sauté une étape : l’hypothèse républicaine : deux candidats, Trump et Cruz disent qu’ils vont démanteler la réforme de l’Obama Care. Est-ce réversible ?

FC – C’est possible sur un plan législatif. J’ai du mal à croire que si un démocrate se faisait élire, il avait un Congrès à gauche. Le problème est que cela ne passera pas à la Cour suprême, elle s’est prononcée en disant que c’était constitutionnel.

Les Républicains contestent l’obligation. Que les gens, comme une assurance de voiture obligatoire, aient une assurance de santé obligatoire. La Cour suprême a dit non, il n’est pas anormal et inconstitutionnel de demander aux gens d’avoir une assurance de santé.

NB – Il y a un aspect politique et démocratique. L’objectif d’une assurance de santé pour tous a été poursuivi par tous les démocrates de Franklin Roosevelt . On ne revient pas en arrière. La réforme peut être amendée, améliorée mais on ne peut pas la défaire. C’est illusoire. Quand on demande à Ted Cruz ce qu’il va faire il dit juste qu’il va la défaire sans donner

(Patrick Cohen) Oui mais c’est ce qui fait son succès. On a quand même l’émergence de deux candidats antisystème, Trump et Cruz.

FC - Trump est quelqu’un qui n’a pas d’idéologie . Il est dans la pure démagogie.

Sur l’assurance santé, il dit qu’il va démanteler ce système, pourtant à plusieurs reprises il s’est prononcé pour.

La question est : «Y a-t-il des candidats qui veulent réformer la société ? ». Cruz, de ce point de vue, est inquiétant. Sur les questions de l’avortement ou des armes à feux, il est extrêmement extrémiste.

(Auditeur) Obama n’a jamais, dit quoi que ce soit contre la peine de mort, abolie par toutes les démocraties.

FC – Il s’est prononcé plusieurs fois sur le sujet pour dire que c’était suffisamment grave pour ne pas se prononcer de façon péremptoire. La peine de mort existe dans l’arsenal fédéral mais, ces vingt dernières années, de moins en moins d’états condamnent et exécutent. Garder des gens dans les couloirs de la mort coûte trop cher et les gens sont «mal exécutés ».

Progressivement, par pur pragmatisme, et pas par philosophie, elle finira par mourir de sa propre vie.

(Bernard Guetta) Barack Obama, c’est le Président qui a mis fin à l’interventionnisme militaire tout azimut des États-Unis, c’est un tournant politique profond.

(Patrick Cohen) Il y a ce soir même en Géorgie une exécution prévue du plus vieux détenu américain pour un meurtre commis en 1969.

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