Hillary Clinton chez les démocrates et Donald Trump chez les républicains sortent grands vainqueurs du Super tuesday. Matinale américaine avec Anne Sinclair du Huffington Post et le journaliste André Bercoff qui a interviewé Donald Trump pour l'hebdomadaire Valeurs Actuelles.

Est-ce qu’on peut arrêter Donald Trump ?

AS - On a l’impression que c’est un vainqueur tous azimuts. Il a remporté non seulement les extrémistes, qu’on pensait déjà dans son camp, mais des électeurs plus modérés du Nord. La leçon de la nuit c’est une défaite considérable pour le parti Républicain, Donald Trump va être investi contre son parti et si on additionne Cruz et Rubio dans 4 ou 5 Etats ils peuvent passer devant Trump mais ils ne peuvent se réconcilier. Le parti Républicain récolte aujourd’hui ce qu’il a semé depuis 8 ans dans son opposition systématique à Barack Obama.

Trump c’est le candidat du petit blanc déclassé pour caricaturer ?

AB – Le Huffington post, dans sa version américaine, avait au départ mis Trump dans la rubrique « people » et pas « politique ». Il y a trois choses à dire. Cela va au-delà de la personne. Il représente une certaine ubérisation de la politique. C’est un premier à dire : pas d’intermédiaire, je m’adresse directement aux gens, je manœuvre les journalistes en faisant le buzz. Tous ses meetings, il commence sur 10 minutes d’attaque contre les journalistes.

AS – Il propose même de sanctionner les journalistes qui feraient des papiers délirants.

AB – Deuxièmement, j’ai interrogé des gens qui gagnent 1500 dollars par moi. Je leur ai demandé : « ça vous plait d’adhérer à des multimilliardaires ? ». C’est son argument de campagne : toute ma campagne, c’est mon fric.

Il veut construire le mur du Mexique, mais regardez combien d’hispaniques ont voté pour lui : il est arrivé premier chez les Latinos dans le Nevada.C’est l’élite du parti républicain qui est contre lui.

Est-ce qu’il y a encore un plan B du côté républicain ? On voit que Marco Rubio a mordu la poussière, Ted Cruz remporte deux Etats cette nuit.

AS – Il n’y a pas beaucoup de plans B. Les deux challengers sont difficilement réconciliables. Ce qui est intéressant, c’est qu’en effet, aujourd’hui Trump récolte tout ce qu’il y a de populiste, mais aussi l’impression des Américains d’être des laissés-pour-compte

Il y a aussi une fascination extraordinaire pour l’autoritarisme, la célébrité. L’Amérique s’est peopolisée de façon formidable . Donald Trump est célèbre parce qu'il est célèbre.

AB – Il y a 12 millions de « followers » en tout.

Donald Trump nous explique qu’il va rassembler la famille républicaine.

AB – En Caroline du Sud, il y va, il dit : la guerre d’Irak, c’était une connerie. Nous avons dépensé 50 millions de dollars. Ce côté, l’Amérique perd, joue aussi.

Son vrai pari, c’est de dire que 50% ne votent pas aux présidentielles. Son pari est d’amener 10,15% des Américains aux urnes.

AS - Ca peut aussi être la mobilisation de l’autre côté, des électeurs qui vont se dire « on ne peut pas laisser faire ça ».

"Trump récolte toutes les frustrations de l'Amérique"

Hillary Clinton a ouvert le champagne cette nuit ? Trump, c’est son meilleur allié ?

AB – Son meilleur allié je ne sais pas. Très vraisemblablement elle sera investie..

AS – Bernie Sanders a quand même réuni les jeunes démocrates. Hillary Clinton va récupérer ça.

Trump devra franchir l’establishment américain. Ensuite, tout va se jouer dans sa capacité à réunir l’Amérique de base.

Est-ce que Bernie Sanders, y compris s’il perd, va gauchiser la campagne de Hillary Clinton, par exemple sur les 15 dollars de l’heure ?

AS - Déjà Hillary Clinton est à 12 dollars. Bernie Sanders est aussi majoritaire chez les écolos, les altermondialistes. Route cette frange se considère aussi comme déclassée. Bernie Sanders, va probablement perdre la nomination mais il va résister. A part les Etats du Sud, dans le Nord, elle n’a gagné que le Massasuchetts. Je ne sais pas ce que peut donner la Californie. Bernie Sanders va poser un problème à Hillary tout du long de la campagne .

(Auditeur) Pourquoi cette fascination de la presse française alors que les géants économiques nous maltraitent ?

AB - En Europe aussi nous avons-nos politiques populistes. L’Italie a mis au pouvoir pendant 8 ans Silvio Berlusconi, le roi du « Bunga bunga ».

AS – C’est une fascination en miroir.

(Auditeur) Ne peut-on pas comparer le phénomène Trump au phénomène Le Pen ?

AB – C’est plus compliqué. Economiquement, il n’est pas dans le côté ultra-libéral. Il ne laisse personne sur le côté.

AS - On ne peut pour autant dire qu'il a une fibre sociale.

(Marc Fauvelle) Trump a fait exploser les codes conservateurs américains ?

AS – Il est populiste : il prend tous les codes en rupture avec la politique traditionnelle. Il plafonne les impôts pour les plus riches, il est isolationniste comme ce que veut une partie de l’électorat américain, on ne peut pas penser qu’il ait une fibre sociale.

Il a en effet récupéré un certain nombre de slogans mais tellement simplistes.

Il dit des horreurs sur les immigrés, que même Jean-Marie Le Pen et sa fille n’osent plus dire.

(Twitter) L’écho de Trump en France est moindreque la vague Obama à l’époque.

AB –C’était la première fois qu’un noir devenait Président des Etats-Unis, il y avait une victoire des minorités. Trump c’est « l’Américain réussi », cela ne correspond pas à nos schémas. Mais rappelez-vous que les Américains qui gagnent 1500 dollars votent pour lui.

AS –Trump récolte toutes les frustrations d’une Amérique , avec ses propos délirants sur l’entrée des musulmans aux Etats-Unis, sur le mur du Mexique, parfois il dit qu’il devrait faire 9 mètres, parfois 20 mètres.

(Marc Fauvelle) Il semble avoir expliqué en off qu’il n’appliquerait pas ses mesures s’il était élu....

AS - Il ne pourrait pas les appliquer grâce à la Cour suprême qui a un peu plus de jugeote que lui. Pour le moment il se contente de faire des invectives et ça marche.

Quand il sera face à Hillary, qui est brillante, qui va proposer un programme solide, qui a les épaules pour être commander in chief. Trump va devoir muscler ses propositions.

AB – Quand vous dites : il ne dit rien. C’est faux. Je constate qu’il dit « on devrait supprimer l’impôt à tous les couples qui gagnent moins de 5000 dollars par moi ». Il veut rapatrier les fonds des hedge funds.

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