Le fondateur de WikiLeaks, reclus depuis plus de trois ans dans l'ambassade d'Equateur à Londres par peur d'être extradé vers les Etats-Unis où il est poursuivi pour espionnage, est l'invité exceptionnel de Patrick Cohen, en direct de Londres. L'ONU a annoncé ce vendredi que Julian Assange doit être indemnisé par les autorités suédoises et britanniques.

Nous avions convenu ce rendez-vous bien avant de connaître cette échéance dans moins d’une heure, le comité de l’ONU que vous avez saisi, devrait dire que vous êtes victime d’une détention arbitraire. Qu’est-ce que peut changer une décision pour vous ?

Si l’ONU se décide en ma faveur c’est véritablement quelque chose qui va renforcer ce combat de 3 ans. J’ai été inculpé dans ce pays depuis 4 ans, c’est une situation inacceptable partout ailleurs en Europe.

Il oblige la Suède et la Grande Bretagne ? Il peut créer une obligation morale ?

L’ONU, hier soir, a fait un communiqué en réaction aux spéculations de la presse, sa détermination à dire que cette décision était contraignante, par une variété de mécanismes, ça pourrait même inclure des sanctions.

Vous réclameriez à nouveau votre passeport ?

Oui le Royaume-Uni m’a confisqué mon passeport il y a 5 ans et demi, ce serait la première demande pour pouvoir arriver à ma liberté de mouvement.

Il y a beaucoup d’effervescence, hier vous avez reçu des visites ?

J’avais déjà des rendez-vous, je n’aime pas les annuler.

En juin dernier, la France, n’a pas répondu à vos appels, c’est une déception ?

Le peuple français, la plupart des médias français ont répondu à cet appel, même le centre Pompidou mais pas François Hollande.

Vous avez dit avoir eu des contacts directs ?

Avec lui directement.

Sans qu’il y ait de réponse.

« Il y a eu des discussions avec François Hollande qui ont mené jusqu’à la lettre ouverte dans le Monde . »

[…] Les forces françaises sont apparues très faibles, de ne pas avoir pu protéger trois Présidents de l’espionnage américain.

Il a appelé une réunion du comité de défense, il a voulu prendre une action symbolique pour montrer sa puissance. Mes avocats Français étaient en contact avec lui. Ils se sont dit qu’on pourrait avoir un geste symbolique qui m’accorderait l’asile en France mais ça n’a pas été fait. En dépit de signaux encourageants, les relations de renseignements entre la France et les Etats-Unis, entre la France et le Royaume Uni se sont montrées trop fortes.

Il a vendu son indépendance d’une certaine façon ?

Je ne le dirais pas comme ça. Mais il y a différentes choses que l’on peut faire. Il y a des choses qu’on a publiées sur l’espionnage contre la France. Les Etats-Unis ont fait des concessions à la France : la fourniture de renseignements. […] Apparemment cela était plus importante que mon droit d’asile, plus importante même que la souveraineté française.

[…]

A 8h30 nous allons avoir une conférence de presse, en raison de ce que je dois dire au sujet d’un pays d’Afrique et d’Areva.

Il s’agit du scandale Uramin, cette mine achetée par Areva qui a coûté plus de 3 milliards. Vos publiez des documents sur le sort des salariés.

C’est très intéressant de voir la lutte pour les ressources en Afrique. Ce sont des révélations sur les contrats passés . On voit ce qui se passe entre les sociétés françaises et les sociétés chinoises.

Une fois libre que ferez-vous en premier et où irez-vous vivre ?

Bonne question. Il y a des considérations de sécurité je ne peux pas répondre directement, mais des gens qui me sont très cers vivent en France. Mes enfants et leur mère. J’aimerais les voir mais je ne peux pas dire dans quel pays.

Vous allez donc réagir aux déclarations du comité de l’ONU

Ce sera à midi GMT, ce sera au Frontline club, nous espérons qu’il y aura du streaming et que vous pourrez voir en France.

Interactiv' :

(Patrick Cohen) Vous avez publié des centaines de milliers de documents secrets, qu’est-ce que ça a changés aujourd’hui ?

A mes yeux ? Un changement dans le pouvoir. L’information aujourd’hui c’est du pouvoir. Nous avons d’une certaine manière, contribuée à cet écart que l’on voit dans plusieurs pays. Nous avons refermé l’écart entre ceux qui ont le pouvoir et ceux qui ne l’ont pas.

Les gens comprennent qu’ils ont été privés du pouvoir de l’information cela signifie que la démocratie est devenue faible. Les gens le savent aujourd’hui. Par exemple, en 2010 dans la publication des câbles diplomatiques, cela a une influence catalytique sur ce qui s’est passé en Afrique du Nord , en Tunisie.

(Patrick Cohen) Avec vos révélations sur la corruption sur la famille du Président Ben Ali. C’est à cela que vous pensez

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(Patrick Cohen) Est-ce que vous pensez que les citoyens doivent tout savoir de leurs Etats.

Wikileaks a des informations qu’il est nécessaire de conserver secrètes . Mais après le 11 septembre il est absurde que cette escalade de secrets se poursuive.

Cette information classifiée a été multipliée par 10. Il y a eu une escalade de la couverture du secret, pas seulement de la part des Etats, du côté des entreprises également.

Les individus, eux, n’ont aucune vie privée . Les gens livrent de façon volontaire leurs propres informations, dans les médias sociaux.

(Patrick Cohen) Face aux menaces terroristes, vous ne pensez pas que la majorité des gens se fichent que leurs mails soient surveillés ?

Il y a une grande tendance à mettre un terme à la vie privée des gens, pour le bien des entreprises. Nous nous y opposons. Les gens doivent conserver leur capacité à avoir une vie privée. Ce n’est pas un avenir d’Utopie. C’est une réalité pire que celle décrite par George Orwell dans 1984.

(Patrick Cohen) Un livre souvent cité par Julian Assange.

(Auditeur) Comment expliquez-vous le peu de soutiens de politiques européens par opposition au Président de l’Equateur ?

Il y a un écart croissant entre ceux qui ont eu le pouvoir et les autres. Nous le voyons clairement en Europe. Nous avons un grand soutien en France, en Allemagne. Ce soutien, ne vient pas des dirigeants. Ils sont dans une relation de pouvoir avec les Etats-Unis qui limitent la possibilité pour eux d’agir.

L’exemple le plus honteux c’est quand l’avion d’Evo Morales a été forcé d’atterrir parce que l’Europe a fermé son espace aérien. L’avion du Président bolivien a été détourné à Vienne, parce qu’ils pensaient à tort d’Edward Snowden était présent dans cet avion.

(Franck Mathevon) Vous reste-t-il des recours si l’avis du comité de l’ONU ne convainc pas les autorités ?

Dans environ une demi-heure on aura la décision, on connaîtra les arguments légaux. On sait que c’est en faveur de Julian mais on ne connaît pas les arguments.

Il me semble impensable que le Gouvernement du Royaume-Uni et de Suède ne sentent pas contraints. Cela torpillerait les institutions qui luttent pour les droits de l’Homme. Cela aurait un effet dévastateur sur les associations qui se battent pour les prisonniers politiques.

Les pays qui ont un bilan discutable en matière des droits de l’Hommes se diront : si ces pays ignorent cela, pourquoi devrions-nous faire quelque chose ?

(Franck Mathevon) Vous espérez franchement la libération de Julian Assange dans les jours qui viennent ?

Absolument.

Il y a la possibilité d’autres actions judiciaires pour le libérer.

3 ans sans accès à la lumière, ça suffit.

Pour vous la conséquence logique serait que la Suède arrête ses poursuites et lève son mandat d’arrêt européen ?

Oui.

Les autorités à Londres devraient lui rendre son passeport.

(Patrick Cohen) Pourquoi ne pas avoir laissé un Procureur suédois venir interroger ici Julian Assange ?

Il y a un malentendu. Julian Assange a essayé d’être interrogé pendant 5 ans, il a proposé d’aller à l’ambassade de Suède, de le faire par des liens vidéo, par téléphonée et le Procureur a suggéré de venir à Londres. Il a tenté de faire passer sa vision des choses. La résistance est du côté du Procureur suédois.

Wikileaks continue avec Julian Assange enfermé, vous continuez à dévoiler des documents secrets. Combien êtes-vous ? Certains décrivent Assange comme seul, qui s’est coupé de son entourage.

Nous ne sommes pas une grande organisation, la plupart sont des anonymes , il faut maintenir cela en raison des tentatives de poursuite du Gouvernement des Etats-Unis. Nous travaillons en ligne par des liens chiffrés. Julian est très impliqué.

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Ses connexions internet ne sont pas surveillées à l’ambassade ?

Ses connexions internet ne sont pas surveillées. Il y a des façons de sécuriser des connexions. Des chiffrages qui sont tellement forts que même la NSA ne peut pas craquer ces codes. Pour informer nos auditeurs, on peut avoir accès à ces documents, chaque individu peut, s’il le veut, sécuriser ses informations et rendre le travail des services secrets plus difficiles.

(Franck Mathevon) Vous ne craignez pas que votre organisation ait perdu de son influence.

2010 était notre plus grande année . Mais on a eu quelques révélations très importantes depuis. Cela porte sur des liens avec le monde des affaires, sur les relations commerciales entre les Etats-Unis et l’Europe. Lorsqu’on a révélé nos grands scoops en 2010, c’était la fuite du siècle, vous ne pouvez l’avoir qu’une seule fois par siècle. La suite sera peut-être même plus importante !

Plus importante, alors même qu’elles se sont plus protégées ?

Elles laissent toujours des petites failles et puis il y a les donneurs d’alerte qui comprennent qu’elles ont un devoir.

Il y a eu Edward Snowden que nous avons aidé à publier ses fuites explosives. Il y a eu une escalade des fuites explosives.

► ► ► ALLER PLUS LOIN | Julian Assange "détenu illégalement", selon l'ONU

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