La maire de Paris lance aujourd'hui les commémorations un an après les attentats à Charlie Hebdo. En novembre, elle est une des premières à se rendre au Bataclan après l'attaque terroriste. Elle est l'invitée de Patrick Cohen.

Vous allez accompagner ce matin François Hollande dans des lieux que vous avez parcourus en janvier, qu’est-ce qui vous reste ?

Ces lieux je ne les regarderai plus jamais comme avant.

Je retiendrai la souffrance des familles que j’ai vues, accompagnées. On apprend beaucoup sur cette ville, ce qu’elle renvoie, à la fois comme illusion, fantasme, représentation, dans le monde entier.

Ce mythe de Paris est très puissant chez nous mais aussi à l’étranger.

À Paris les Parisiens ont ressenti ce que cette ville renvoyait au monde […] leur enracinement dans cette ville. Cela va au-delà d’une simple ville dans laquelle on habiterait.

Au-delà des plaques qui seront dévoilées, qu’est-ce que vous allez garder ?

Ce matin on va dévoiler des plaques avec les noms des victimes sur les trois lieux des attaques du mois de janvier. Dimanche, nous passerons aussi un moment place de la République.

Soit cette place a changé de statut soit elle est revenue à son statut initial. […]

Dimanche on va planter un chêne, pour les victimes, y compris celles du mois de novembre. On va mettre en lumière la statue pour lui donner encore plus de force.

Une ville est comme un corps vivant, il y a des blessures et des cicatrices qui continuent à se voir même quand les blessures sont refermées.

N’y a-t-il pas de la colère ? Charlie Hebdo voit sa garde statique disparaître en septembre quand elle déménage dans des locaux de la ville de Charlie ? Ces aspects relèvent plus de la police.

Vous en avez parlé avec le Préfet de police ? On en a parlé. Les locaux n’étaient pas du tout sécurisés. Ils étaient sécurisés. Plus que les précédents. Les locaux du 11ème arrondissement étaient aussi mis à disposition par la ville. Ils n’étaient pas accessibles directement depuis la rue.

On sait que les frères Kouachi ont mis dix minutes pour trouver les locaux, que la police a été prévenue mais que personne n’a été capable de prévenir l’équipe de Charlie. Il faut en tirer les conséquences. Aujourd’hui on est dans des débats totalement théoriques.

On a besoin de services de renseignements qui soient outillés, on a besoin d’un parquet qui soit étoffé.

En tant que maire de cette ville j’ai demandé des renforts militaires . Je ne souhaite pas mettre fin à la présence des militaires dans les villes. Il y a tout un travail à faire sur comment prévenir les actes terroristes.

Vous avez dit à Libération : « La politique nationale je ne supporte plus ». C’est vrai je ne supporte plus les postures, les impostures.

Quel débat précisément ?

Ce qui m’a fait sortir de mes gonds c’est la déchéance de nationalité. Tout le monde sait que ça ne sert à rien . J’ai proposé une mesure d’indignité nationale avec Jean-Pierre Mignard dans une tribune pour Le Monde .

Pourquoi aller s’enferrer là-dedans ?

Question qui n’a pas été posée au lendemain du discours à Versailles, il y avait un consensus pour dire que le discours était formidable.

Ce n’était pas précis.

Je suis pour la constitutionnalisation de l’état d’urgence . On a besoin de conforter la police dans ses moyens. Sur le front du chômage, qui est un autre élément majeur dans le pays, on a besoin de politique qui produise des résultats et on va s’enferrer un mois dans un débat où tout le monde, gauche et droite s’accorde pour dire que ça ne servira à rien.

La piste d’une déchéance pour tous, quitte à fabriquer des apatrides, ça vous irait ?

Est-ce qu’on n’aurait pas pu réfléchir avant. Je suis très en colère par rapport à la façon dont les choses se déroulent dans le pays.

Il faut fondamentalement changer le logiciel de la politique dans notre pays . On a un peuple intelligent qui a des solutions à proposer.

Les médias sont pour beaucoup dans le fait que la politique française n’est vue qu’à l’aune de la présidentielle. La politique ce n’est pas que de l’acte partisan, c’est au quotidien faire bouger la vie de la cité.

(Auditrice) Je suis agent de la ville de Paris, je travaille dans une école maternelle, au lendemain du 13 novembre, j’ai demandé quelles étaient les consignes de sécurité. Il n’y en avait aucune. Pourquoi ? Dans une école maternelle, la porte est ouverte pour que les parents viennent chercher leurs enfants le soir.

Il y a eu des consignes de sécurité qui ont été passées dans toutes les écoles. Je ne comprends pas que les portes soient ouvertes puisque le filtrage des parents, avec le plan Vigipirate, se fait depuis janvier dernier. Nous avons aussi lancé une expertise pour voir quels bâtiments il fallait le plus sécuriser. On a voté à l’unanimité la protection physique de certains bâtiments : mettre des digicodes. J’ai demandé d’avoir non pas des gardes statiques mais des patrouilles mobiles. Nos premières mesures ont concerné les crèches et les écoles.

Est-ce que les impératifs de sécurité vous ont conduit à revoir votre dossier pour la candidature aux JO 2024 ?

La menace terroriste concerne toutes les villes candidates.

Nous travaillons beaucoup sur les grands évènements. La COP21, l’Euro 2016, au mois de juin.

La question des JO sera traitée mais on n’a pas revu en soi notre dossier de candidature .

Ce dossier suit un beau chemin sur lequel j’ai beaucoup d’espoir.

Vous allez augmenter l’endettement des Parisiens ?

Mon engagement de ne pas toucher à la fiscalité des Parisiens sera tenu . Le financement est aujourd’hui prévu. En ce qui concerne la candidature aux jeux, il y a une dotation importante donnée par le CIO à la ville retenue.On a dit que ce serait des jeux sobres et écologiques.

(Auditeur) Pourquoi une poignée de politique ne se range pas derrière le peuple quand l’écrasante majorité veut la déchéance de nationalité ?

Si vous posez une question sans expliquez ce qu’il en est. Si vous posiez une question sur la peine de mort, vous risqueriez d’avoir des surprises. Je ne suis pas pour une politique « sondagère » ou d’exception.

Je pense qu’il y a un danger d’inscrire dans la Constitution une mesure qui va créer une discrimination entre des Français.

Ensuite, je pense qu’il faut aller vers une démocratie plus participative . Aujourd’hui on est loin du compte. Les villes le font. Quand je fais un budget participatif à Paris, et que je confie 5% du budget aux Parisiens, je les mets dans une position participative. Mais je ne confonds pas démocratie d’opinion et participative.

Est-ce qu’une occasion n’a pas été perdue par la ville de Paris, lorsque l’Etat la région et la ville de Paris étaient à gauche ? En matière de logement l’obstacle principal à la construction était les élus locaux et pas le financement.

On n’est pas dans ce Grand Paris qu’on a imaginé. Ce qui est créé au 1er janvier, dans le mois, nous aurons une première réunion de cette instance nouvelle. Ce n’est pas exactement ce à quoi nous avions rêvé. La question du logement a buté sur un certain nombre d’égoïsmes locaux. Au lendemain des élections municipales, beaucoup de maires nouvellement élus ont annulé des programmes de logement. Or il faut construire car il y aune crise du logement.

Mais en même temps je veux croire dans cette instance, c’est à l’échelle métropolitaine, sept millions d’habitants, qu’il faut travailler. Cette instance une fois créée sera aussi ce qu’on en fera, ce que la pression des habitants nous poussera à en faire.

(Twitter) Paris en Selle vous demande pourquoi le plan vélo prend du retard ?

Il ne prend pas du retard. J’ai été élue en mars 2014, on a voté un plan de 150 millions d’euros. Dès 2016, on verra les premiers travaux d’installation du plan vélo.Nous allons prendre de la place sur la voiture, qui est la principale source de pollution. Les voies sur berge rive droite vont être fermées aux voitures, après l’édition Paris plage 2016 . C’est une grande avancée parce qu’on respirera mieux. On ne peut pas faire la COP21 et oublier qu’on a pris des engagements en matière de qualité de l’air.

Anne Hidalgo
Anne Hidalgo © REUTERS/Stephane Mahe

Les invités

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.