L'ancien Premier ministre publie Faire (Albin MIchel), un livre qui mêle confidences et programme politique dans la perspective de la primaire de la droite en 2016 à laquelle il est candidat.

Vous avez entendu Hollande hier : "Poutine, non pour le moment ce n’est pas notre allié"

Vous remarquez qu’il rajoute « pour l’instant ». C’est le résumé d’une politique menée depuis trois ans, qui ne décide pas.

Aujourd’hui, notre inaction, pas seulement la nôtre, celle des européens, des américaines, laisse le champ libre à poutine.

Mais il y a eu des dialogues avec les Russes...

Depuis François Hollande, il n’y a jamais eu de véritable dialogue avec la Russie sur ce sujet. J’en ai parlé avec le Président russe et […] Le résultat est que la Russie est seule sur le terrain. Le Président de la République a beau parler sur Arte, il est quasiment hors-jeu sur le règlement de ce conflit.

Hollande a parlé à Poutine, il lui a demandé trois choses : que cesse les bombardements par explosif des civils, que les bombardements se portent uniquement sur Daech, qu’il y ait un plan de transition pour le départ d’Assad, apparemment poutine a répondu non à ces trois questions.

Aujourd’hui comme le dit Jean-Pierre Chevènement si l’Etat islamique tombe c’est Bachar-al-Assad qui prend le pouvoir. […] Que ce soit moral ou pas moral ce n’est pas le sujet.

Je dis que le régime syrien de Bachar al-Assad, depuis son père, est un régime criminel […] qu’il a assassiné un ambassadeur de France. C’est un régime insupportable. Je remarque que tous les régimes ont eu des relations avec les Syriens. […] La question est comment on met un terme à la situation sans que l'État islamique prenne le pouvoir.

"Je ne me résous pas à ce que la question morale soit absente de la diplomatie", dit Alain Juppé

C’est un désaccord que nous avons avec Juppé depuis le début. Il pense que c’est la révolte d’un peuple contre un dictateur. […] Je pense que c’est plus compliqué que ça. […] Quand on a des objectifs moraux il faut aussi se donner les moyens de les atteindre.

Dans votre livre, vous racontez que la confiance de Poutine dans les européens a été rompue à cause de l’épisode libyen.

J’essaie de dire que quand on veut être efficace en politique étrangère il faut comprendre l’attitude de ses voisins. […] L’explication de Poutine est dans le livre que je publie : l’inquiétude des Russes de voir la menace islamique monter à leurs frontières.

"Le septennat non-renouvelable est une très mauvaise idée

Est-ce que vous soutenez la proposition d’un député socialiste d’un impôt sur le revenu pour tous ?

Ce serait bien que tout le monde paie l’IR dans notre pays et pas seulement 40 ou 45% des Français.

Je propose une solution plus radicale pour les allocations sociales : les rassembler en une seule. Qu’elle soit liée à la situation de famille, aux revenus, qu’elle soit distribuée par un seul organisme. […] cela permettrait d’avoir un système social plus juste que celui d’aujourd’hui.

Vous n’êtes plus favorable au principe d’universalité ?

Je reste favorable l’universalité des allocations familiales, en regardant la situation des comptes du pays. Mais la réforme principale doit concerner l’ensemble des aides sociales. Elles sont injustes. Il y a surtout un système de seuils qui rend inefficace le retour au travail. IL y a un seuil au-delà duquel on gagne plus que si on ne travaille pas.

Le budget 2016 ?

Il consacre le mensonge de François Hollande. […] Quand vous regardez ce budget les dépenses de l’Etat augmentent de 1 milliard. Le nombre de fonctionnaires augmente. Cela signifie qu’on a arrêté toute les politiques structurelles d’économie en matière de dépense de l’Etat. […] Je suis prêt à revenir ici dans un an pour dire qu’on ne sera pas à notre objectif de 3,3% de déficit. […] L’objectif de 3% recule comme l’horizon comme quand vous marchez.

En 2016 on sera le seul grand pays européen qui ne sera pas à l’objectif des 3%. […] Même la Grèce s’est fixé un objectif de 3%.

Votre remède de cheval : 110 milliards d’euros sur l’ensemble des dépenses publiques. Mais vous ne vous interrogez pas sur l’effet sur notre économie ?

On a quasiment le record d’Europe de chômage des grands pays. […] Quand je regarde les pays qui ont réussi, les Anglais, les Allemands, les Canadiens, les pays d’Europe du nord ont réduit la dépense et relancer la croissance.

Je ne crois pas que ce soit récessif de supprimer quelques emplois dans les collectivités locales.

Vous feriez un référendum pour supprimer les communes ?

Je voudrais un regroupement des communes dans les collectivité de communes.

Si vous perdez le référendum que voulez faire après être élu en 2017, vous partez ?

Il y a peu de chance de le perdre. Il faut accélérer le mouvement.

Je voudrais aussi poser la question du nombre de parlementaires, la modification des régimes sociaux du public et du privé.

Pourquoi pas une gouvernance sur le modèle allemand ? Et quid du septennat non renouvelable ?

Je pense que le septennat non-renouvelable est une très mauvaise idée. Un Président qui n’a pas le soucis d’être élu, le peuple n’a plus aucun contrôle sur lui. Sur la deuxième question, on n’est pas dans un régime parlementaire comme en Allemagne, le Président est élu au suffrage universel, c’est difficile de lui demander d’inaugurer les chrysanthèmes.

Il faut que l’équilibre entre le Président et le Premier ministre soit rétabli.

Le Premier ministre est en ligne direct avec la majorité parlementaire […] Je pense qu’il y a eu une dérive ces dernières années dans le rapport entre les deux têtes de l’exécutif qui doit être rétablie. En fait, il s’agirait juste de respecter les institutions dans leur esprit.

Pourquoi vous êtes allé donner une conférence au Kazakhstan ?

Je n'ai jamais caché le fait que j’avais une activité de conseil à travers le monde. […] Le Kazakhstan est quasiment un des premiers fournisseurs en énergie.

On a cru qu’il suffisait de liquider un dictateur pour installer la démocratie dans le pays. En Irak ça a été un désastre […] Dans le passé, on détruisait un Etat et on l’administrait, ça s’appelait la colonisation.

Lorsque Bush père a envahi la Syrie, tout le monde s’était moqué de lui car il s’était arrêté avant Bagdad, mais il avait compris qu’on ne détruisait pas un pays pour l’administrer à sa place.

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