Un an après, quels messages ont-ils voulu imprimer dans leur numéro spécial de Charlie Hebdo ? Ce matin c'est l'équipe de Charlie qui prend la rédaction en chef de la matinale de France Inter : Riss et Coco accompagnent Patrick Cohen et Léa Salamé pendantle 7/9.

► ► ►Invité de 7h50 | Kamel Daoud : "En France vous réagissez parfois avec les mêmes faiblesses que nous"

Elisabeth Badinter : "Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d'islamophobe"

(Patrick Cohen) On retrouve votre signature dans le numéro mais je découvre que vous ne vous étiez jamais rencontrés avec Riss et Coco. Qu’est-ce qui vous unit à Charlie ?

Un moment fondamental. Charlie m’a donné de l’oxygène où moment où j’étouffais. Quand ils ont republié les caricatures danoises c’était un soulagement pour moi. Je me disais : si les politiques ne sont pas capables de défendre les valeurs qui sont les nôtres, qui va faire quelque chose ? C’était Charlie . J’admire ce courage. Quand tout le monde est tombé sur Charlie , il fallait être à leur côté.

(PC) C’était en 2006, deux autres journaux avaient publié ces caricatures.

(Riss) Derrière tout ça il y a le débat sur la laïcité. On se demande quel est l’avenir de la laïcité en France. Elisabeth Badinter, suite à la couverture de Charlie Hebdo , que pensez-vous de la remarque du Pape qui reproche à cette couverture de se cacher derrière le drapeau trompeur de la laïcité du non compromis ?

(EB) Il fait son boulot de Pape.

(PC) Il avait eu cette expression bizarre dans un avion : "Si quelqu’un insulte ma mère il faut qu’il s’attende à recevoir un coup de poing".

(EB) C’est quand même curieux de la part d’un Pape de justifier la violence. Les progrès de la civilisation c’est de répondre par des mots et pas par des coups, et encore moins par des morts. Je suis très choquée que le Pape ait appelé à la claque.

(Riss) Aujourd’hui on inverse tout. La laïcité traditionnelle en France est devenue un intégrisme. Le FN a récupéré ce mot.

(EB) Marine Le Pen a été très maligne et la Gauche ne l’a pas été du tout, pour des raisons idéologiques. Les attentats de novembre ont donné une sorte de retour à la laïcité. On s’est demandé quels étaient les valeurs protectrices ? La laïcité en fait partie. Il me semble que la laïcité est moins contestée aujourd’hui. On en parle dans les écoles.

Je suis moins pessimiste que vous, je pense qu’on nous l’envie dans beaucoup de pays, au Royaume-Uni par exemple. Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe, qui a été pendant de nombreuses années le stop absolu. À partir du moment où les gens auront compris que c’est une arme de la laïcité, [on pourra avancer].

(PC) Que pensez-vous du débat sur la déchéance de nationalité ?

(EB) Les choses changent tous les jours. Je suis en état de réflexion. Je pense qu’il ne faut jamais céder sur les principes mais je comprends que l’opinion publique française trouve fou qu’on s’arrache les cheveux sur des personnes qui ont choisi de quitter la France pour aller en Syrie.

Riss : "La religion repose sur une idée, une invention, un fantasme"

(Auditeur) Charlie Hebdo pourrait-il faire un effort pour parler simplement de ce que c’est la laïcité. Si quelqu’un met un voile, on s’en fiche, on ne va pas l’embêter pour cela.

(Elisabeth Badinter) Toutes les croyances ont droit de cité en France, à condition que ce ne soient pas des sectes, mais ce n’est pas suffisant. Ça m’est égal qu’une femme sorte dans la rue avec un voile. Il est une autre caractéristique de la laïcité : une séparation entre le public et le privé. C’est aussi l’affirmation que la loi religieuse ne s’impose pas au politique . Depuis plus d’un siècle nous avons l’idée que dans les écoles nous devons observer la neutralité politique ou religieuse. Je ne suis pas d’accord avec cet auditeur qui dit qu’on se fiche d’une personne qui met un voile ou pas. Ça dépend du lieu.

(Léa Salamé) Les internautes réagissent beaucoup à votre phrase : «Il ne faut pas avoir peur de se faire traiter d’islamophobe ». Est-ce que la défense de la laïcité va jusqu’à dire qu’il ne faut pas avoir peur, n’est pas contre-productif, excessif ?

(EB) On ferme le bec de toute discussion sur l’islam, ou d’autres religions avec la condamnation absolue que personne ne supporte : vous êtes raciste, islamophobe, taisez-vous.

(Léa Salamé) Est-ce que ça veut dire qu’il n’y a pas d’islamophobie en France ?

(EB) Évidemment qu’on essaie de combattre le maximum. Je me suis aperçue que c’est la phrase clef qui arrête tout. Je ne veux pas qu’on me ferme la bouche avec ça.

(Auditeur) ne faudrait-il pas instaurer un enseignement du fait non religieux pour dire qu’au cours de l’histoire de l’humanité des penseurs ont cherché du sens à la vie en dehors de toute référence à un au-delà.

(Riss) il faut rappeler que l’existence de Dieu est une hypothèse car on n’est pas sûr que Dieu existe. Cela repose sur une idée, une invention, un fantasme. C’est ce qu’on a essayé de mettre sur la couverture.

(Patrick Cohen) Quand sur la Une, vous dites « L’assassin court toujours » cela veut dire qu’on cherche toujours Dieu ?

(Riss) Oui.

(Coco) Je ne sais pas s’il faut faire du prosélytisme chez les athées. Je n’aime pas le mot d’intégrisme mais je pense qu’il faudrait que les athées s’affirment plus et osent sortir du silence.

(Twitter) Pourquoi ne pas avoir associé tous les salariés dans l’actionnariat de Charlie ?

(Riss) Car la gestion d’un journal n’est pas une colonie de vacances. Pour la direction financière d’un journal, je peux vous dire que ce n’est pas simple et tout le monde n’a pas le profil pour ça. C’est deux fonctions différentes.

(PC) Vous êtes devenu une entreprise solidaire de presse. Un nouveau statut qui impose de réinvestir 70% des bénéfices dans l’entreprise. Pourquoi l’avoir fait ?

(Riss) Pour rassurer sur l’usage des bénéfices que le journal a fait. Cette année, la totalité reste dans l’entreprise.

(PC) Même si vous avez dû investir dans la sécurité.

(Riss) Cette année on a dû investir pas moins de deux millions d’euros pour sécuriser les locaux. C’est quelque chose qui n’existait pas avant dans les locaux de Charlie.

(PC) Actuellement vous avez 70% de l’actionnariat et Eric Portheault 30%. Ça va changer ?

Riss ll bougera. Dans les années à venir, cela évoluera. Peut-être qu’un jour je partirai du journal. Ça bougera, c’est sûr.

(PC) Zineb El Rhazoui ne signe pas dans ce numéro. Elle tient des propos assez dur contre la rédaction de Charlie.

(Riss) Elle est en arrêt maladie depuis deux mois. Ce serait bien qu’elle vienne à la rédaction pour qu’on lui donne des réponses plutôt que d’aller sur des plateaux TV.

(Coco) Le mot direction n’existait pas à Charlie avant les attentats. J’ai toujours vu des gens qui géraient le journal. Mais je me suis toujours rendue compte que Charb et Riss géraient le journal et en même temps écrivaient, dessinaient. Ce collectif s’est fait de manière assez violente, très vite, après les attentats. Je m’y suis opposée, je n’étais pas dedans. J’ai toujours considéré que Charlie c’était une équipe. La démocratie elle est à Charlie, on est une grande équipe, on parle. Charlie n’est pas une rédaction désunie. Les médias ont axé là-dessus. Dans n’importe quelle rédaction, à situation égale, il se serait passé la même chose.

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