L'économiste publie Valls, Macron : le socialisme de l'excellence à la française (François Bourin), il est l'invité de Patrick Cohen.

Dans plusieurs livres vous célébrez la concurrence, dans ce nouvel ouvrage vous appelez le chef du Gouvernement à renouer avec les origines de la gauche, celui des feuillants, avec des réformateurs. Ils incarnent la gauche moderniste, vous citez Barnave, le Chapelier. Pourquoi ils ne sont pas passés

Ils ont été au pouvoir peu de temps. Ils ont été éliminés intellectuellement et physiquement par l’extrême gauche.

Les gens qui ont marqué le pays sont Michèle Rocard, Pierre Mendès-France.

Leurs héritiers seraient Valls et Macron ?

Puisque vous êtes sur cette ligne, je dis allez jusqu’au bout.

Pour la première fois, il n’y a pas d’extrême gauche en face, […] il y a un boulevard pour les feuillants.

C’est ce que vous appelez le syndrome Blum : le double discours, le décalage entre les paroles et les actes.

On focalise cela sur François Hollande mais je rappelle que François Mitterand était pour la rupture avec le capitalisme et ça s’est terminé par une fuite en avant qui a failli nous mettre en les mains du FMI.

En pratique le militant est toujours déçu.

Vous citiez Mendès-France et Rocard mais ils pensaient et pensent qu’il faut corriger les effets inégalitaires du libéralisme ?

Je pense qu’il faut se donner des égalités non pas en termes de places mais en termes de chances.

Je suis sur une ligne Kennedy : les communistes ont un objectif : abaisser les riches, j’ai un objectif rehausser les pauvres.

On n’a pas à se venger des riches.

Dans ma question il y avait l’idée que le capitalisme libéral encourage le développement des inégalités.

Il faut voir les inégalités qu’il faut corriger : les places, le revenu. On a un outil simple : la fiscalité. Le véritable enjeu c’est la correction de l’inégalité des chances, il faut donner à chacun la possibilité d’exprimer ses talents.

Je vais donner des exemples de mesure : un contrat de travail unique où l’on peut licencier par simple notification, y compris par SMS, un marché du travail libre avec un niveau de salaire très bas, revenir sur le salaire minimum, un impôt proportionnel, la flat tax à l’anglaise.

La flat tax est un impôt sur le revenu mais pas progressif.

Je suis pour la disparation du salaire minimum mais pas du revenu minimum.

Une société a les moyens de donner un revenu minimum pour vivre décemment mais quand c’est associé à un salaire minimum ça crée du chômage.

Le SMIC actuel est source de chômage.

Il faut une assurance chômage très développée.

Il faut aussi redéfinir le contrat de travail

Dans quels pays ces recettes là ont-elles été mises en œuvre ?

Historiquement, la gauche porteuse d’avenir n’avait pas de modèle. La gauche de 1789 inventait un pays.Je propose d’inventer un pays. Sur le revenu universel, la Finlande est en train de réfléchir à cela.

Sur l’essentiel de ce programme, des pays l’ont annoncé : Blair et Schröder.

(Auditeur) quels seraient les effets positifs et négatifs d’un salaire universel ?

Le revenu universel équivaut environ à 800 euros par mois et par habitant.

Il y a trois effets positifs : garantir à tout individu un minimum de revenu qui permet d’échapper à la misère, le deuxième élément est que va-t-il en faire ? Je m’inscris dans une logique où l’on dessaisit la sécurité sociale de son monopole de la solidarité pour permettre à des assurances de prendre la partie concurrentielle. Les compagnies vont assurer un service de meilleure qualité sous la pression de la concurrence. Il y a aussi une forme de responsabilité de chacun. Avec le revenu universel on est responsable du rapport à son avenir, à son quotidien.

Des gens disent : certains vont s’installer dans une forme de paresse. Je pense qu’on n’est pas chômeur volontairement.

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C’est un filet de sécurité ? La France a déjà des filets de sécurité.

Je constate qu’ils ne réduisent pas la pauvreté. La gauche a des objectifs de solidarité. L’outil utilisé c’est l’Etat or il a échoué dans la forme communiste et travailliste.

Je dis : il y a des filets mais il ne marche pas il faut les réformer. L’outil qui leur permet d’être au meilleur de son efficacité c’est la concurrence. Les nouvelles technologies permettent d’arriver à cette concurrence.

On dit les compagnies d’assurance privées vont vous arnaquer mais des comparateurs vont vous aiguiller. Les gens critiquent : la population n’est pas capable de comprendre, je fais le pari que la population est capable de comprendre.

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(Auditeur) Tous les Etats riches se sont construits sur des Etats forts. Qui dit concurrence dit compétition, nous avons vu ce que ça a donné : une crise mondiale de 2008, des inégalités monstrueuses, cette concurrence se base sur des tricheries. Dans cette économie de concurrence que faites-vous des perdants ? __

Elle génère des inégalités car il n’y a pas vraiment de concurrences. Ce sont constitués des monopoles qui sont en connivences avec les Etats.

Je défends la vraie concurrence, pas la connivence.

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(Patrick Cohen) quels sont les monopoles en Europe ? La plupart ont été brisés par la commission européenne.

Pourquoi est-ce que les agriculteurs qui n’arrivent pas à vendre leur lait alors que les entreprises de pétrole sont recapitalisées par l’Etat ? Ce n’est pas normal.

Je pense que les nouvelles technologies vont faire apparaitre encore plus de concurrence dans la diffusion du savoir. L’Etat a commencé avec France université numérique. L’Etat devrait se diriger de plus en plus vers l’autonomie de gestion des universités, vers un allégement de sa présence dans certains secteurs.

Il faut résoudre les vrais problèmes : faire une vraie taxe carbone.

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(Auditeur) La première référence au concept d’égalité des chances est dans un discours de Pétain lorsqu’il s’agissait de renouveler les élites jugées défaillantes. Le mécanisme de renouvellement des élites est aujourd’hui principalement l’héritage. Que pensez-vous de l’héritage ?

Deux remarques : sur la notion d’égalité des chances, je pense que peu de monde pense à Philippe Pétain. L’idée est en débat depuis très longtemps, même pendant les débats révolutionnaire de 1789.

Je pense que l’égalité des chances est de permettre à chacun de partir dans des conditions semblables. Je suis contre un IR confiscatoire, contre l’ISF […] en revanche je pense qu’il faut un impôt sur l’héritage relativement élevé pour redonner à chaque génération l’égalité des chances et permettre à chacun d’exprimer leur talent. Nettement plus élevé que maintenant.

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(Twitter) Le libéralisme ne marche pas car il en faut plus ?

Les communistes disaient la même chose. Ce que je dis c’est que les alternatives au libéralisme ont été des échecs sanglants.

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(Twitter) Le salaire se détermine en fonction du revenu.

Le salaire se détermine en fonction de la productivité. Les gens ont l’impression que dans la concurrence ce sont les salariés qui sont amoindris. Les entreprises sont en situation de difficulté à embaucher du coup elles augmentent les salaires.

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(Thomas Legrand) Comment on promeut une agriculture raisonnée qui aurait du mal à vivre dans une concurrence déraisonnée ?

Je rappelle qu’un économiste a eu le prix Nobel en s’intéressant à l’agriculture. L’agriculteur avait des fonctions autres que la production de produits alimentaires. Il faut s’orienter vers […] des versements aux agriculteurs pour les missions qu’ils remplissent. [..] Le véritable enjeu est de réfléchir sur la nature des subventions. L’agriculteur est la personne la plus immédiatement au contact de la nature. Ca mérite rémunération.

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