Nommée hier ministre du Logement et de l'Habitat durable, sans le soutien de son parti EELV, Emmanuelle Cosse est l'invitée de Patrick Cohen en exclusivité.

Votre entrée soulève trois séries de questions : le projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes, votre secteur ministériel, La loi duflot et parti que vous quittez.

Le recours à un référendum a été un élément clef dans votre entrée au Gouvernement ?

Il n'y a eu aucun marchandage à mon entrée au Gouvernemen t. A un moment, François Hollande m'a dit qu'il voulait des écologistes dans le Gouvernement, qu'il connaissait ma position.

L'idée du référendum, portée par des élus locaux, vient en partie des élus du département. Nicolas Hulot, Ségolène Royal en avait parlé. Elle a d'ailleurs lancé une inspection générale pour connaître le dossier réellement. Elle déclare « on ne va pas expulser des personnes par la force ».

Dans quel périmètre le référendum sera-t-il mis en oeuvre ?

La commission nationale du débat public est chargée de mettre en œuvre la démocratie sur des grandes structures, elle peut aider le Président.

[...]

Pendant la campagne du référendum, vous irez faire campagne contre Jean-Marc Ayrault.

Quand il était premier ministre, nous avions de très bons rapports politiques.

Ma position est connue, j'ai travaillé dessus. Je ne changerai pas de point de vue dessus.

Vous assumerez votre désaccord, en restant au Gouvernement ?

Oui.

Le logement. Vous voici ministre dans le ministère laissé vacant par Cécile Duflot. Est-ce que vous allez réactiver cette loi ?

Cette loi est une grande loi du quinquennat : l'encadrement des loyers devait concerner 28 départements mais ne concerne que Paris et Lille.

Surtout cette loi ALUR a permis de redire qu'il faut une mobilisation générale sur le logement . C'est singulier dans les démocraties européennes, tout le monde souffre d'un manque d’espace. Il faut que notre pays sorte de cela. Beaucoup de personnes refusent des emplois à cause des problèmes de logement. IL faut aider les bailleurs sociaux, les promoteurs immobiliers et rentrer dans le logement du XXIè siècle.

La garantie universelle des loyers. Cécile Duflot considérait que c'était une des mesures centrales du projet. Le gouvernement n'a pas pris ce décret d’application ?

La GUL était une mesure importante, qui depuis le début n'a pas bénéficié de soutiens financiers. Beaucoup de partenaires ont préféré des assurances. La question posée est simple : comment on remet de l'égalité dans l'accès aux logements ?

Nous allons travailler pour que la France ne soit pas connue que pour son mal logement.

Les verts. Vous avez entendu les reproches hier, que répondez-vous ?

J'ai mesuré ma responsabilité. J'ai été secrétaire d'un parti que j'aime. Je crois aujourd'hui que les écologistes doivent être là où les arbitrages se font. Je me suis mise en retrait de mon parti. Je me suis engagée dans ce parti corps et âmes pendant 2 ans.

L'idée que Hollande se sert de vous pour faire exploser les Verts ?

Mon parti a des difficultés, mon départ ne les aggrave pas .

Je souhaite que EELV trace sa route et ne pas être sur des histoires d'attaque personnelle.

Pourquoi ne va-t-on pas plus loin sur la condition animale, les pesticides ? Il faut sortir des petites chamailleries pour avancer sur ces sujets.

La déchéance de nationalité, vous avez changé d'avis ? « un non-sens » disiez-vous.

Ma position est connue depuis le 17 novembre, le Président l'a connaît. On m'a consultée plusieurs fois. Le Président de la République ne m'a pas demandé de me renier. Maintenant c'est aux parlementaires de faire ce qu'ils souhaitent.

Je suis très opposée, le Président a fait ses choix, je lui ai expliqué.

Vous avez perdu des amis ?

J'ai beaucoup d'amis qui m'ont envoyé des messages d’encouragement, qui préféreraient que ce soit moi dans ce Gouvernement, y compris d'amis qu sont très opposés à ce Gouvernement.

(Auditeur) Je voudrais exprimer mon ressenti en tant que militant chez les Verts. Ça s'apparente à de la haute trahison. Ma carte, je vais en faire des confettis. C'est délirant de rentrer dans un Gouvernement de droite, on est aux antipodes complets des valeurs des Verts.

Je peux entendre cette réaction mais je ne la partage pas. En acceptant ce poste je n'ai pas l'impression de trahir mes convictions et je ne l'ai pas fait pour marchander quoi que ce soit.

Je crois en l'action politique. Depuis 25 ans, si je n'avais pas cru à l'action politique, je ne me serais pas engagée quand tout le monde regardait ailleurs pendant l'épidémie du Sida, des traitements. Quand je me suis engagée dans Europe Écologie les Verts, si j'avais voulu avoir une vie tranquille, j'aurais gardé mon métier de journaliste […] et j'aurais pris mes distances avec la politique.

(Patrick Cohen) On peut entendre voter sincérité mais s'interroger sur sa cohérence.

Je ne crois pas que faire de la politique, c'est aller avec ceux qui ont les mêmes avis sur tout.

En rentrant dans ce Gouvernement, je n'effacerai pas mes positions.

Je ne fais pas ça par trahison, sinon cela voudrait dire que j'accepte que jamais nous n'agissions. J'étais en campagne il y a encore deux mois. 30 %, 40 parfois des Français se sont portés vers un vote d'extrême droite. Il faut répondre à cette détresse.

(Thomas Legrand) Pour le remaniement, il n'y a eu aucun accord respectif entre le PS et EELV. C'est un débauchage, vous assumez le fait d’être un ministre d'ouverture ?

Aujourd'hui, il n'y a plus de dialogue de parti à parti. Le Président n'a pas souhaité faire une approche à EELV.

(Auditeur) Je suis administrateur de Paris Habitat, un bailleur social. J'ai trois questions. La première, en tant que ministre du Logement, vous allez être confrontée à l'application de la loi ALUR, que le Gouvernement Valls a détricoté, comment allez-vous voir l'encadrement des loyers ? Quid de la garantie universelle ? Deuxième question sur Paris : est-ce que vous allez soutenir la politique de la ville de Paris que les bailleurs ont du mal à appliquer : 100 hectares végétalisés. La troisième question concerne les turbulences que traversent Paris Habitat dont les 10 dirigeants gagnent 11 500 euros par mois ?

Sur la dernière question, Anne Hidalgo a demandé une réunion en urgence de Paris Habitat . Il faut de la régulation sur le sujet.

Sur la seconde question, il faut mettre des toitures végétalisées, des potagers sur les toits et remettre du vert sur le minéral.

Par ailleurs Paris est une ville soumise à la pollution de l'air. Tout ce qui nous permet de travailler là-dessus est nécessaire.

(Twitter) Le calendrier parlementaire ne permet plus d’avancer sur une loi logement ?

On a quelques mois pour agir mais il ne faut pas résumer l'action politique à l'action législative. Il y a des choses à débloquer d'un point de vu réglementaire.

(Patrick Cohen)«Habitat durable », c'est vous qui avez demandé ce titre ?

Absolument.

Ce que l'on construit aujourd'hui va vivre des centaines d'années, sinon on refera les mêmes erreurs que dans les années 60 ou 70.

(Patrick Cohen) Cécile Duflot a dit « La déchéance de nationalité a été utilisée massivement par le régime de Vichy »

Je pense qu'il ne faut pas utiliser cela pour réduire son intervention de 25 minutes à l'assemblée.

(Twitter) Êtes-vous toujours pour des Primaires à gauche ?

Je trouve ce processus intéressant. C'est un moment qui m'a amené beaucoup de baume au cœur. Je ne suis pas certaine que ce processus aille au bout.

(Thomas Legrand) vous étiez même favorable à ce que Nicolas Hulot se présente.

Je ne crois pas que François Hollande fasse appel à moi pour que je me taise. Je suis favorable à ce que Nicolas Hulot joue un rôle fort dans ce pays.

Pour revenir à la primaire, à gauche c'est essentiel qu'on ait ce débat-là.

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