Couverture de "La Présidente"
Couverture de "La Présidente" © Editions Les Arènes
Le 7 Mai 2017, Marine Le Pen est élue première présidente de la République française. C'est le point de départ de la bande dessinée imaginée par l'historien et universitaire, François Durpaire. L'auteur deLa Présidente aux éditions Les Arènes était l'invité de Patrick Cohen.

Patrick Cohen : La Présidente commence par la victoire de Marine Le Pen le 7 mai 2017. Pourquoi imaginez ça ? Pour faire peur aux gens ?

François Durpaire : "J’ai la conviction qu’elle sera élue en 2017. J’ai fait cette BD pour ouvrir les yeux des gens. En 2007, j’ai fait la BD biographique d’Obama en disant qu’il allait été être élu même si Hillary Clinton était favorite dans les sondages. Marine Le Pen ne gagnera pas forcément au premier tour mais elle gagnera au second. Dans le scénario de l’avènement il y a un fort taux d’abstention, une division de la droite. Je prends une comparaison sportive : vous êtes à la tête de l’équipe de France de tennis, vous leur proposez de jouer sur un terrain battu contre les Espagnols, c’est suicidaire ! Les choix des thèmes de campagne aujourd’hui ne vont pas. On est plus proches d’une Marine Le Pen à l’Elysée qu’un Président musulman à l’Elysée comme l’avait imaginé Houellebecq. "

Il poursuit : "Cela provoque des fractures politiques à droite, des ralliements, un Gérard Longuet qui accepte de devenir premier ministre, des fractures sociales, un pays profondément sous le choc et une tentative de rupture avec l’Union européenne. Oui, il y a un référendum. Et puis j’ai imaginé des affrontements en Nouvelle-Calédonie. L’idée n’était pas de faire une caricature mais qu’on se projette. La Nouvelle-Calédonie, depuis les accords Matignon, est en paix car l’Etat est dans une confiance vers les caldoches et les kanaks. Marine Le Pen a toujours dit que la Nouvelle-Calédonie est française !"

Grégoire Kauffmann, quel est votre regard sur le scénario ?

Grégoire Kauffmann : "Ce qui est intéressant c’est que ce récit fiction fait écho à un certain nombre de processus actuels : l’objectif de vampiriser la droite et construire sur les décombres. Pour moi la victoire de Marine Le Pen ce serait la victoire des idées de Bruno Mégret. MLP s’inspire de lui bien plus que son père."

Le piège que n'ont pas vu Les Républicains

Comment le FN peut faire pour passer de deux députés à la majorité ?

"L’idée, dès le lendemain de l’élection : c’est comment constituer une majorité. L’idée est de casser les Républicains en deux. On a 190 députés FN, 190 Républicains. Ils doivent donc faire un gouvernement avec LR. Le programme du FN est déjà en train de se transformer. C’est le piège tendu vers la droite."

Un auditeur : plusieurs auditeurs nous reprochent d’examiner le simple examen de ce scénario.

"Il y a 35 ans, on pouvait se poser la question de l’interdiction du parti. Aujourd’hui il y a une tripolarité des partis. Rester dans la position de l’outsider est très confortable pour Marine Le Pen, c’est ce qui la fait progresser !"

Thomas Legrand : " A partir du moment où le FN est le premier parti de France, le fait majoritaire peut donner une grosse vague FN aux législatives. C’est mécaniquement tout à fait possible. Aux EU, il y a le « front-runer », il est examiné, décortiqué, car il est en tête. Souvent il tombe. Alors il ne faudrait pas décortiquer le programme du FN ?"

(Patrick Cohen rappelle que la présidentielle de 2002 a été précédée de grands silences médiatiques sur la scission du FN comme s’il était tombé dans les oubliettes.)

Un internaute : il ne faut pas croire que l’amateurisme du FN effraie les Français qui en ont marre du PS et LR.

François Durpaire : une phrase tourne en boucle au FN : "ne jouez pas avec les peurs". C’est précisément de cela dont il est question : le FN a peur qu’on décortique leur programme pour montrer les incohérences.

Un auditeur : quel message historique vous voulez faire passer ? Comment vous analyser sa position vis-à-vis des médias ?

François Durpaire : "Suite à une stratégie de Marine Le Pen qui consiste à assécher le service public, il y a d’immenses grèves. Le message politique est qu’il y a quelque chose qui monte dans les sociétés européennes et américaines, regardez Donald Trump. De notre point de vue ça vient d’un sentiment de démondialisation qui fait que ces mouvements progressent. Certains me disent : "Tu es fou elle ne sera pas présidente en 2017 mais en 2022 ». Il reste 18 mois pour proposer un certain nombre de choses. Qui sommes-nous collectivement ? Que voulons-nous bâtir collectivement ?"

Le FN imploserait avant la présidentielle ?

Grégoire Kauffmann : " L’idée vient à la fois dans le récit et d’auditeur, qu’à un moment où à un autre, il y aura un sursaut et que ça ne pourra pas arriver. Une éventualité que vous n’évoquez pas dans la BD : le FN pourrait imploser avant la présidentielle ou une fois à l’Elysée. Marine Le Pen doit composer avec les chevènementaux lepénistes, les nationalistes. Le côté usine à gaz du FN, la grande misère intellectuelle de ce parti ."

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