Le journaliste et écrivain publie Arrogant comme un Français en Afrique aux éditions Fayard, sur le comportement de nos décideurs politiques et économiques sur le continent africain.

L'Afrique arrive à travers les médias français à travers les actions des islamistes d’Aqmi et de Boko Haram. (…) L’Afrique risque d'être gangrénée par l'islam politique ?

Il y a une islamisation surtout de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Il faut rappeler que c’est un continent, 54 pays, bien sûr il y a des drames mais c’est aussi un formidable continent qui a des potentiels énormes.

La France ne connaît pas l'Afrique des Africains. Les djihadistes n’ont jamais disparus, ils étaient là depuis le XIXe siècle.

(…) Sur le plan militaire vous expliquez que « le succès ponctuel de l'opération Serval au Mali a totalement masqué les ratés réels de l’opération Sangaris en Afrique ».

L’opération Serval, c’était 4500 soldats à un moment donné, en même temps en Centrafrique, la France avait lancé des soldats, on voit souvent les officiers français comme des croisés mais ils viennent souvent de banlieues et se sont retrouvés dans une guerre épouvantable, à ce moment-là, on a sous-estimé le traumatisme de l’armée française en Centrafrique.

On parle souvent de l’opération Serval mais l’opération Barkhane, c’est une autre paire de manches. C’est financé par l’Union européenne. Mais mettre 3500 soldats sur cinq millions de km2 dans le Sahel, ça tient d’une certaine arrogance.

La France a une armée mal préparée ?

Nos partenaires européens ne veulent pas aller combattre dans ses conditions. L’armée française accepte de combattre avec des sous-équipements . En off, ils disent qu’ils n’ont pas les normes OTAN et que les partenaires ne veulent pas venir dans ces positions.

Les autres font le business pendant que la France assure la sécurité dans l’ensemble du Sahel.

Sur le plan économique, vous expliquez comment nos entreprises se font "tailler des croupières", notamment par la Chine. L’exception c’est ce trio Bouygues-Bolloré-Castel.Les méthodes de réseaux sont-elles celles de tous les entrepreneurs en Afrique ?

__ Bolloré a vu que l’Afrique était un jackpot incroyable . (…) il a fait un raid sur tout ce qui était les bateaux (…) les ports (…) maintenant il est dans le soft power . Il va avoir plus d’abonnés Canal en Afrique que les abonnés Français. (…) Il abandonne tout ce qui pourrait ternir son image. (…) À mon avis un jour il abandonnera les forêts à cause des problèmes de développement durable.

Il a des réseaux africains, contrairement à beaucoup d'entreprises françaises (…). Ça lui permet d'avoir ses entrées. (…) Nicolas Sarkozy est un ami d’Alassane Ouattara. C’est l’armée française qui a aidé les forces de Ouattara à sortir Laurent Gbagbo.

Ça marche forcément comme ça les affaires en Afrique ?

On s’imagine que la France est encore puissante mais les présidents africains ont compris que les rapports étaient inversés. Pour un président africain, un Martin Bouygues ou un Bolloré c'est quelqu'un qui peut lui apporter des réseaux en France.

"Partout où il y a des régions en déshérence, c’est là où vont s’installer les djihadistes"

(Auditeur) Un dictateur en Érythrée, deux ethnies qui se massacrent au Sud Soudan, que peut faire la France pour empêcher l’exode massif de cette jeunesse pour se retrouver à Calais ? Doit-on intervenir comme on l’a fait ailleurs ?

(…) Vous avez vu pour Ebola comme chaque ancienne puissance coloniale restait sur son pré carré.

Ce n’est pas la vocation de la France. Elle a été gendarme de l’Afrique contre les communistes pendant la guerre froide, elle est gendarme contre les djihadistes dans le Sahel.

On ne s’intéresse pas à ce qui se passe sur un continent qui va passer à deux milliards d’habitants.

(Patrick Cohen) Mais avec un continent à plusieurs vitesses, avec des endroits où la démocratie progresse et d’autres endroits comme l’Érythrée où c’est une prison à ciel ouvert.

Partout où il y a des régions en déshérence, c’est là où vont s’installer les djihadistes . Vous n’allez pas faire les révolutions à la place des Africains. Chaque fois qu’il y a eu des interventions extérieures pour sortir un autocrate, ça a souvent été un échec.

(Auditeur) Quel est l’intérêt du peuple africain face à ces colonisateurs économiques ?

Les intérêts pour les Africains c’est d’avoir de nombreux partenaires pour choisir les meilleurs et qu’on arrête de leur imposer des groupes français.

(Bernard Guetta) Est-ce que vous en concluez que la France devrait rarement intervenir dans les conflits africains ?

Ce n’est même pas un choix. Elle intervient seule. Si les autres ne suivent pas, la question va se poser. Ma réponse, c’est qu’il n’est pas normal qu’elle soit seule.

(Auditeur) Au Congo-Brazaville, le dictateur a changé la Constitution qu’il a taillée à sa mesure. Quel est votre sentiment sur la position de la France ? Je ne serais pas étonnée que les jeunes puissent un jour s’en prendre aux positions françaises à cause de la frustration .

La France reste dans une ambiguïté dans l’ensemble de ces pays. Il y a un double discours de François Hollande dans les grandes réunions. François Hollande à propos du référendum a d’abord dit : il a bien le droit de consulter son peuple puis il y a un communiqué du Quai d’Orsay qui explique qu’il faut aller vers la démocratie. C’est la prime à la stabilité contre la prime à la démocratie.

(Patrick Cohen) Pourquoi on a vu autant d’hommes et femmes politiques françaises à Brazzaville ces dernières années ? Copé, Dati ?

Ils vont faire des prestations dans ces pays à l’occasion de grandes manifestations. C’est comme cela que les réseaux d’influence naissent. Les présidents africains pensent avoir de l’influence à Paris.

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.