Invité exceptionnel de la matinale, le réalisateur américain Martin Scorsese est l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque jusqu'au 14 février.

Vous observiez beaucoup la vie de votre quartier Little Italy ?

Martin Scorsese : "J’étais asthmatique, je n’étais pas très physique. Pas de sport, pas de bagarre mais j’étais là et je devais trouver une moyen de survivre. Très souvent, je regardais du troisième étage le spectacle des drames qui se passaient dans la rue."

C’est la rue qui vous a donné cette vitesse du récit ?

"Oui je pense que c’est ça. Une grande partie de mon inspiration vient de ce que racontait ma mère, mes oncles, mais c’était surtout la rue, les petits durs qui racontaient leurs exploits. J’ai appris là-bas."

Votre rythme, c’est aussi celui de la langue sicilienne ?

"Certainement. A l’âge de 13, 14 ans, j’ai vu le film Sur les quais de Kazan et c’était nous !"

Vous nous ramenez au débat sur l’immigration. Qu’est-ce qui fait que des immigrés peuvent se considérer comme intégrés ?

"L’Amérique est constituée d’immigrés. A New-York, la première grande vague d’immigrants est venue d’Irlande. Ils ont été d’abord rejetés. En l’espace de 50, 60 ans ils ont été adoptés en dépit de la différence de religion. La seconde vague était italienne. La police, toute l’administration à cette époque se composait d’Irlandais. Je devrais dire assimilation plus qu’intégration."

Photos Anne Audigier et Marc Obin pour France Inter

Est-ce qu’il y a ici des objets intimes qui viennent directement de chez vous ?

"Oui, la table de mes parents. C’était dans leur appartement. La famille c’était l’élément clef et cette table était le centre. A l’époque les gens venaient à l’appart, Francis Coppola parlait à ma mère du casting du parrain. Il a dit à ma mère : "j’ai un jeune acteur qui ressemble exactement à ton fils. Il n’a jamais fait de cinéma avant, il jouera le fils". C’était Al-Pacino."

Nous sommes face à un story-board du film Raging bull. Vous ne laissez rien au hasard ?

Martin Scorsese : "Le sang, le rouge, montrent aux techniciens qui s’occupent des effets spéciaux dans quelles scènes ils doivent intervenir. […] Je me suis inspirée de la séquence de la douche dans Psychose mais montée d’une façon différente."

Dans tous vos films, il y a un homme qui monte et un homme qui chute…

"Je crois que c’est l’histoire la plus fascinante. Je l’ai vue se produire chez des gens pendant que je grandissais. L’ascension, la chute, puis la rédemption… C’est fascinant."

"Pour Taxi Driver, dès le cinquième jour, j’ai décidé de quitter le plateau"

Vous êtes en quelque sorte le Démiurge du cinéma américain ?

"La capacité de pouvoir faire des films de la manière que je veux les faire, m’a fait prendre beaucoup de risques. […] Il y a une responsabilité vis-à-vis des gens qui vous financent. Dans la plupart des cas il faut que tout le monde travaille ensemble pour qu’ils prennent part au processus. Parfois on peut faire des compromis. Mais je me suis rendu compte que les limites pouvaient m’aider, jusqu’à un certain point. […] Pour Taxi Driver, dès le cinquième jour j’ai décidé de quitter le plateau. Mais quelques heures après les problèmes étaient réglées. Les concessions devenaient tellement grandes alors que l’histoire était tellement forte, ce n’était plus possible. Faire quelque chose de médiocre ? Non. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir des acteurs comme Di Caprio. Il est intéressé par le même matériau. Il est sans peur de ce qu’il peut faire à l’écran avec ses personnages. C’est très rare aujourd’hui."

"Le cinéma, je ne considère pas ça comme du travail"

Eva Bettan : avec Spielberg, vous êtes les seuls de votre génération encore en activité !

"J’étais avec Spielberg la semaine dernière. Il veut travailler ! Il aime travailler lentement, puis se reposer. Le cinéma, je ne considère pas ça comme du travail."

Dans l’exposition il y a aussi la boîte où vous mettiez vos disques. A l’époque comme vous ne pouviez pas revoir les films, vous achetiez les BO ?

"On achetait des bandes originales, la vieille BO d’Hélène de Troyes, jusqu’à Jules et Jim ou Tirez sur le pianiste. Le cinéma, la musique, c’est la même impulsion. Très souvent je garde la télévision allumée. Je coupe le son, juste pour voir les images et si j’aime ce que je vois, je monte le son."

Eva Bettan : est-ce qu’il y a un côté rock star chez vous ?

" Si je pouvais exprimer mes sentiments en musique, quelque chose qui éviterait d’avoir autant de gens et d’équipements autour de moi, ce serait fantastique."

"J’ai envie de penser que Di Caprio est mon fils"

Eva Bettan : j’ai un réalisateur à vous proposer pour votre biopic, James Gray !

"Ah Oui !"

Qui pour jouer votre rôle dans un biopic ?

"Il faudrait […] un mélange numérique entre De Niro, Keitel et Di Caprio. J’ai envie de penser que Di Caprio est mon fils"

L’acteur que vous auriez aimé être ?

"Marlon Brando !"

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Photos Anne Audigier et Marc Obin pour France Inter

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