Que retenir de l'intervention de François Hollande hier face aux journalistes de France 2 et à un pannel de citoyens? Analyse avec nos invités, le politologue Jérôme Jaffré, et les journalistes Anaïs Ginori (La Repubblica) et Martina Meister (Die Welt).

Quelles impressions vous a laissé cette émission ?

AG – Sur la forme je l’ai trouvé moins mauvais que d’habitude. Sur le fond c’était vide.

(Patrick Cohen) - On peut aussi se demander si ce n’est pas la forme qui empêche l’affirmation du fond .

MM – c’est tellement à la mode de faire du Hollande bashing il faut dire qu’il est sympa et honnête mais qu’il n’est pas à la hauteur de la tâche. Il voulait être un président normal, il est trop normal voire pathétique. J’avais l’impression d’être dans la mauvaise salle de cinéma. Les petites mesures qu’il a énumérées, les Français n’en voient pas les effets.

JJ – François Hollande a ses limites. La vision du pays n’est pas son point fort. La fonction de l’émission, était importante, au moment où il décrochait dans les médias. La fonction de l’émission est de dire l’après-Hollande n’a pas commencé . Je me prépare à être candidat si c’est possible.

(Patrick Cohen) Un chef d’Etat qui est sous la barre des 20% de bonnes opinions, ce qui n’est jamais arrivé, est-ce une bonne idée de le faire intervenir devant des citoyens, ce qui l’empêche de délivrer un discours cohérent ?

JJ – Nous avons un dévoiement des institutions ce qui fait que le Président de la République est aussi Premier ministre (…) dans la Vè République le Président porte la responsabilité de tout dans tous les domaines. Et en même temps, le fait que les Français puissent l’interroger a un effet de catharsis.

Sa connaissance technique est impressionnante . Il pourrait être un conseiller technique dans tous les ministères. Il connaît tout dans tous les domaines.

Pour lui une émission ne réussit pas à rattraper tout ça.

(Patrick Cohen) Quel regard par rapport à la situation de vos pays respectifs, dans le rapport entre le chef de Gouvernement et les médias ? Est-ce qu’il est possible d’imaginer une émission face à Mateo Renzi avec des citoyens ?

AG – Non seulement c’est possible mais une fois par semaine il fait une vidéo depuis le Palais du Président du conseil : sur Facebook qui s’appelle « Mateo répond » il prend des questions sur internet et il répond. J’ai vu la dernière, mardi je crois, le style est très différent de Hollande mais il répond à l’internaute qui lui demande ce qu’il va faire pour la zone de Naples qu’il faut ré-urbaniser.

(Patrick Cohen) C’est très regardé ?

AG – Il a eu deux millions de contacts. Il est complétement dans les réseaux sociaux, il est vieux et nouveaux médias. Est-ce que ça fait avancer le débat, je ne sais pas mais c’est difficile d’y échapper.

(Patrick Cohen) Angela Merkel est plus rare ?

MM –Elle a fait récemment une interview avec une journaliste allemande mais je pense qu’elle ne ferait jamais ça. Hier soir j’avais l’impression que ces citoyens Français étaient très agressifs, presque insolents. En tant que journaliste, j’aurais du mal à interrompre le président aussi souvent. J’ai l’impression que nous vivons une fin de période : cette fonction n’est plus adaptée à nos temps, nos crises.

(Patrick Cohen) Ces Français donnaient un faux suspense, on savait dès le début qu’ils n’arriveraient pas à les convaincre.

JJ – Bien sûr, à la limite si c’était le cas, ça ferait truqué. Les autres pays sont dans un autre système, d’alliances, de coalition, c’est autre chose que la Ve République.

"Les Français ne se rendent pas compte que leur modèle social est unique au monde"

(Auditeur) Je ne veux pas savoir s’il s’est bien tenu mais je veux parler du fond.

MM - On est face à un technocrate qui parle bien de ses fiches sans vision et sans passion. Il n’a pas parlé d’Europe qui est face à une crise inouïe. On a besoin d’une personne qui dise « j’œuvre à ça ».

(Patrick Cohen) Est-ce qu’un autre dirigeant européen vous semble à la hauteur ?

MM - Non mais nous sommes dans une période de changement. Nuit debout est bien la preuve que plus personne ne croit en la parole politique. Il faut quelque chose de nouveau mais on ne l’a pas encore.

AG – C’est difficile de trouver des dirigeants politiques d’un charisme incroyable mais il y a quand même mieux que Hollande. La formule « la France va mieux » était creuse. Il a défendu son bilan d’une manière timide.

(Patrick Cohen) Pour la première fois il a fixé une échéance : la fin de l’année, qui était déjà fixée pourtant par le PS.

JJ – Cette primaire de gauche n’a pas l’air d’être dans l’esprit du Président alors que le bureau du Parti socialiste a voté les dates de l’organisation d’une primaire en décembre.

Sa faiblesse c’est de ne pas développer ses points forts (…)

Lorsqu’il a dit que la forme de la démocratie devait être revue, voilà une piste importante, il y avait des choses à dire, il ne l’a pas fait.

Lorsqu’il dit « La France va mieux », c’est une formule d’anti-communication (…) les Français pensent que la France va mal, il aurait pu dire « la France avance ».

(Patrick Cohen) La fracture avec le PS est déjà consommée ?

JJ - On voit bien les différences Hollande Valls. Valls dit qu’il y a deux gauches irréconciliables, c’est impensable pour Hollande (…).

(Patrick Cohen) Jérôme Jaffré vous disiez dans un entretien « Alain Juppé est le candidat de la France qui va bien », ce qui fait écho à la « France qui va mieux ».

JJ - Quand on regarde la sociologie des soutiens d’Alain Juppé, ce sont les plus âgés, les plus aisés qui le soutiennent. La géographie, c’est la façade atlantique et l’Ile-de-France. Les exemples qu’il utilise viennent souvent de sa ville de Bordeaux, qui n’est pas la ville la plus en difficulté. Donc son projet de proposer à la France qui va mal la France qui va bien pour qu’elle aille mieux.

Quand on analyse le corps électoral qui pourrait allé voter à la primaire c’est précisément un corps électoral plus âgé. Mais alors la primaire ne jouerait pas son rôle.

(Patrick Cohen) les Français ont raison de trouver que notre pays va mal et pas mieux ?

AG - François Hollande a raison quand il dit qu’il a protégé le modèle social français. Les Français ne se rendent pas compte que le modèle social français est unique au monde. Vu de l’Italie où les politiques d’austérité ont été très fortes, la France va mal mais elle reste protégée.

JJ – S’il est candidat il a un objectif : d’être à l’équilibre entre ceux qui ne veulent rien changer et ceux qui veulent tout remettre à plat et un équilibre au sein de la gauche. C’est un positionnement, ce n’est pas une dynamique, or la politique c’est une dynamique.

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François Hollande © Reuters / Philippe Wojaser
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