Le PDG de Veolia, leader mondial de l'eau et des déchets a défendu l'idée d'une redevance carbone à l'occasion de la COP21, et insiste sur le rôle majeur des entreprises dans la lutte contre le réchauffement climatique. Il répondait à Patrick Cohen.

Patrick Cohen : en France Veolia fournit de l’eau à combien de personne ?

Antoine Frérot : "26 millions de Français"

Et vous traitez les eaux usés de combien de personnes ?

"Entre 15 et 20 millions."

Mais ce ne sont pas les mêmes eaux. Les eaux usées ne reviennent pas à nos robinets ?

"Elles sont rejetées dans la nature mais dans certains cas, quand il n’y a pas assez de ressources en eau, elles sont retraitées avec un traitement plus fort. Les cultures maraichères autour du Mont Saint Michel sont alimentées en eaux usées retraitées."

Est-ce que la sécheresse, la rareté de l’eau va être une préoccupation majeure ?

"Beaucoup de gens pensent que l’eau et l’eau douce a tendance à diminuer sur la planète. Il y aura toujours autant de quantité d’eau car la molécule d’eau est très stable. Mais la rareté de l’eau c’est surtout l’explosion des usages dans les villes."

Ça pose problème dans les grandes villes ?

"D’où la nécessité de trouver des ressources alternatives. La première coûte très chère : dessalée l’eau de mer. La seconde idée est d’utiliser l’eau plus d’une fois. Des villes dans le monde recyclent déjà l’eau usée : Singapour, Berlin est alimentée pour moitié par des eaux usées recyclées."

Peu de Français a envie de boire de l’eau passée dans les machines à laver ?

"Techniquement ça ne pose pas de problème. Singapour alimente ses usines électroniques par des eaux usées traitées par Veolia. Dans toutes les cultures, l’eau propre est synonyme de pureté et l’eau sale de mort."

On est au cœur des problématiques environnementales, ça fait des années qu’on nous demande d’économiser l’eau, mais 20% de l’eau serait gaspillée à cause des fuites ?

"Ce chiffre est vrai mais l’eau qui fuite des tuyaux rejoint la terre. Elle a été traitée pour rien. Les tuyaux sont souvent enterrés dans le sol. Ca couterait très cher de diminuer les taux de fuite pour les tuyaux enterrés."

Vous êtes confrontés à un phénomène préoccupant c’est la remunicipalisation de l’eau, le choix du service public : que dites-vous aux collectivités qui veulent créer leur propre régie.

"Comme on a oublié que l’eau n’existait pas dans tous les logements on a l’impression que c’est simple. Mais il y a un risque sanitaire dans l’eau potable. Ce modèle délégué a permis à la France d’avoir le meilleur rapport qualité prix du monde."

Vous n’avez pas fait baisser les prix pour garder les abonnés ?

"20% en 5 ans. Cette baisse a été douloureuse. Faire baisser le prix de 20%, qu’on ne retrouve parfois pas dans le prix de l’eau, on est allés trop loin."

Vos préoccupations environnementales, vous étiez présent au Bourget, quel regard vous portez sur l’accord signé samedi soir ?

"Je pense que c’est un bon accord. La Cop n’a pas accouché d’une souris. L’objet de la réunion de paris était de se donner des objectifs. Il a été fixé entre 1,5 et 2 degrés et il a été ratifié par la totalité des pays du monde. Ce n’est qu’une étape."

Un auditeur : l’eau on en a, c’est donc un problème de transport, qu’attend-t-on de faire des moyens de transport de l’eau, des pipe-lines ou des canaux comme dans le Var. J’ai toujours de la peine quand j’arrose mon jardin avec de l’eau traité.

"L’eau c’est lourd, donc c’est cher à transporter. Si on transportait l’eau sur 100 km, on augmenterait son prix de 50% par rapport une utilisation à proximité. Pour des raisons économiques on a intérêt à la trouver au plus près. Pour ses toilettes, à l’intérieur du logement, on a besoin de la traiter. Les Hollandais on fait l’expérience de deux réseaux, le taux de maladie, de légionnelle est monté en flèche. Quand vous prenez une douche avec de l’eau sale vous prenez un risque de maladie non négligeable. A votre avis combien de quantité d’eau propre rentre dans votre logement ? Dans chaque logement en France il rentre une demi-tonne d’eau traitée par jour. Chaque jour on va chercher cette demi-tonne on la renettoie avant de la rejeter dans la nature."

Une auditrice : j’habite dans une copropriété, j’essaie d’avoir des compteurs individuels mais ça ne marche jamais. Si c’était obligatoire, on arriverait à quelque chose, les gens feraient plus attention.

"Les gens qui ont un compteur individuel font effectivement plus attention. Il y a néanmoins une difficulté dans les immeubles anciens."

Un auditeur : j’habite à la limite entre deux communes. Je paie 1 euro le mètre cube et mon voisin qui dépend de Veolia paie 4 euros le mètre cube.

"Savez-vous ce que vous payez pour un euro le mètre cube ? Je suis persuadé que vous ne payez pas l’assainissement, la collecte et le traitement des eaux usées." [Efffectivement, l'auditeur dispose d'une fosse septique et ses voisins qui ont un accès au tout à l'égout paie plus cher (mais toujours moins que ce qu'ils paieraient chez Véolia, précise-t-il)]

Sur Twitter : que pensez-vous de Patrick Rocca, repreneur de la SNCM ?

"Je ne connais pas Patrick Rocca, je remarque qu’il est un des rares candidats à la reprise. Je constate que le tribunal l’a choisi. Son offre proposait la reprise du plus grand nombre de salariés."

Un auditeur : Veolia a investi dans le gaz de schiste en Pennsylvanie. En France c’est interdit. Quelles sont les solutions aux Etats-Unis pour limiter l’utilisation de l’eau dans cette extraction ?

"25% de consommation de plus que dans une extraction classique.La bonne solution c’est que l’eau utilisée ne doit pas être utilisée une seule fois. Ce faisant, on ne boucle pas le cycle à 100% mais on en extrait 10 fois moins pour la nature pour le même usage."

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