Le président nationaliste du Conseil exécutif de Corse, ancien maire de Bastia, sera reçu ce matin par le ministre Baylet pour aborder le statut de la Collectivité territoriale corse et le transfert de compétences.

Vous aviez rendez-vous aujourd’hui avec Marylise Lebranchu, ce sera Jean-Michel Baylet, pour négocier quoi ?

Lorsque nous sommes reçus au ministère, nous ne sommes pas reçus en notre qualité de nationaliste ou d’indépendantiste.

Nous aimerions discuter de la collectivité unique et ouvrir le débat à une situation conflictuelle qui dure depuis des décennies en Corse. Malheureusement sur ce point, pour le moment, Paris reste sourd et muet.

Manuel Valls ne donne pas droit à vos principales réclamations : une Nation corse, une langue corse reconnue comme langue officielle, un statut pour les prisonniers politiques corses.

C’est non pour l’instant. Ce ne sont pas des revendications mais des délibérations votées par l’assemblée corse, par des élus qui ne sont pas nationalistes, des questions qui font l’objet d’un large consensus en Corse.

On est obligés de constater que refuser de prendre en compte le vote d’une assemblée démocratiquement élue ça pose des problèmes dans une démocratie.

Qu’est-ce qui est prioritaire ?

La Corse croule sous le poids des urgences. La question économique et sociale est aussi d’une brûlante actualité.

On a l’impression que vous mettez en avant l’identitaire ?

C’est peut-être la lecture des médias mais nous avons une vision globale de la Corse.

La France est un pays étranger ? « Ami », selon la formule de Jean-Guy Talamoni.

Non. Jean-Guy Talamoni est indépendantiste, il n’est pas étonnant qu’il dise que la France est un pays « ami ».

Beaucoup de Corses se considèrent comme pleinement Français, d’autres considèrent que la politique de l’Etat est une politique de négation de nos intérêts collectifs. Il faut sortir des logiques d’affrontement.

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Lorsque Jean-Guy Talamoni refuse de s’associer à l’hommage du préfet Erignac, 18 ans après son assassinat, il n’aggrave pas les fractures ?

Il n’a pas refusé de s’associer à l’hommage, il n’est pas venu à la cérémonie. En ma qualité du Président du conseil exécutif, j’ai considéré que je devais être là, par respect pour sa famille et sur le plan politique. Les symboles sont importants, lorsqu’on prépare une réconciliation il faut donner des gages.

Ce n’était pas la place du Président de l’assemblée de Corse ?

Il a expliqué ce qu’était sa position, je la respecte.

Vous vous sentez Français ?

C’est une question compliquée. Je suis confronté à un Etat qui refuse de prendre en compte notre peuple. Je suis Français par la langue, par la culture, par mon vécu, mais par mon vécu je suis aussi militant et élu qui constate que son peuple n’est pas reconnu.Je suis dans une position de combat politique pour faire reconnaitre mon peuple et ses droits.

Nouvelle manifestation à Corte hier, en soutien aux huit supporters du club de Bastia arrêtés après les violences du week-end à Reims. C’est un problème les supporters de football en Corse ?

Ça arrive à Bastia, ça arrive ailleurs. Le club et la majorité des supporters ont fait des efforts ces dernières années […] on ne peut pas les occulter.

Vous défendez ou accusez les forces de l’ordre ?

J’ai constaté un certain nombre de témoignages concordants qui faisait état de violence policière et d’injures. Je n’étais pas sur place, je ne peux pas juger.

Il n’y a pas de certitude sur la blessure du jeune-homme.

Il n’y a pas de certitude mais il y a des éléments convergents qui laissent penser que la version officielle ne correspond pas à la réalité.

Vous pensez que c’est un tir de flash-ball qui l’a blessé.

La version officielle sur ce point a évolué. A suivre.

Quelques phrases sur cette autre image de la Corse qui a heurté la France en décembre: la Corse est le seul endroit de France où il y a eu ce qu’on peut appeler « des ratonades »

En Corse il y a des gens qui se parlent et travaillent ensemble dans toutes les communautés.

La Corse a toujours fabriqué des Corses et ça doit continuer à être le cas.

Ceci étant il y a eu des dérapages qui expriment un malaise.

Quel malaise ?

Avec du racisme, des communautés qui vivent en parallèle avec des logiques de défiances.

Il n’y a pas plus de racisme en Corse qu’ailleurs ?

Je ne le pense pas.

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Vous estimez dans le même temps que les élus Front national son indésirables en Corse. C’est le communauté que vous avez publié

Je n’ai pas dit cela précisément.

La manifestation contre les élus FN n’a rien à voir avec le communiqué.

Vous ne les avez pas encouragées ?

Il faut combattre les idées du Front National. J’ai pris une position de principe.

(Auditeur) J’habiteBelle -Île-en-Mer , j’entends « reconnaissance du peuple Corse », c’est comme si l’on demandait la reconnaissance du peuplebellilois.

C’est une question centrale pour nous. Chacun de nos choix est dicté par l’idée qu’il existe un peuple Corse avec sa langue, sa culture, son rapport spécifique au monde. Il s’était donné un Etat au XVIIIè siècle avec une Constitution écrite, qui s’est forgée une identité nationale dans la lutte contre les envahisseurs successifs. Nous nous battons démocratiquement pour sa reconnaissance juridique.

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Est-ce que la montée des revendications identitaires dans toute l’Europe, ça conforte votre idée ou vous avez envie de vous écarter du mouvement général qui est un mouvement de repli ?

Dans toute affirmation identitaire il y a un risque de rejet de l’autre. Notre affirmation identitaire est indissociable d’une conception ouverte de l’identité, c’est aussi une lutte pour la justice sociale.

Lorsque nous regardons vers l’Ecosse, la Catalogne, nous voyons des sociétés de progrès. Il s’agit d’imaginer des formes institutionnelles.

[Il faut inventer] des chemins qui vont permettre de trouver des solutions équilibrées à des vécus collectifs complexes.

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(Auditeur) Seriez-vous proche du modèle catalan qui veut un référendum, qui se sentait opprimé par le pouvoir espagnol. Comment ressentez-vous l’Etat français très jacobin ?

L’Etat français s’est construit sur une culture jacobine.

La Catalogne est un modèle mais il faut comparer ce qui est comparable. Aujourd’hui la Corse c’est 330 000 personnes, dont beaucoup qui vivent en dehors de la Corse, et c’est une richesse.

D’un point de vue institutionnel nous nous battons pour l’autonomie, et même ceux qui se battent pour l’indépendance ont accepté de ne pas poser la question dans les années qui viennent. Nous sommes dans une logique où nous essayons de construire une logique d’émancipation : sociale, culturelle, politique. C’est la démocratie qui tranchera. Si les Corse veulent aller plus loin, on ira plus loin.

(Auditeur) Comment va-t-il faire pour rendre la langue corse co-officielle ou généraliser son usage ? Il n’a pas d’instrument légal.

L’assemblée de Corse a voté une co-officialisation de la langue corse. Nous essayons de contourner cela par une politique volontariste de la langue.

La langue est un facteur d’intégration pour les personnes qui arrivent en Corse, c’est aussi une ouverture en Méditerranée.

Le bilinguisme est une chance.

(Twitter) Quels sont les droits du peuple corse ?

C’est le droit à avoir des instruments juridiques pour organiser l’accès à la propriété, parler la langue, maîtriser son économie, ses transports.

(Patrick Cohen) Votre philosophie est universaliste ?

Il est indissociable du combat pour les droits de l’homme.

(Twitter) Qui est Corse ?

Sont Corses les hommes et les femmes qui vivent en Corse, qui vivent en dehors de la Corse et qui se sentent partie prenante du destin de cette île.

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Un résident corse ce serait combien ?

Cinq ans de résidence dans l’île. C’est toujours difficile de définir l’appartenance à une communauté. C’est en train de se faire.

On ne demande pas à un Italien ou un Français de se justifier de la communauté à laquelle il appartient.

(Thomas Legrand) Quelle est votre définition de la République ?

La Nation et la République formaient un tout dans l’Histoire de la France.

Je me reconnais dans les valeurs de la fonction de la République mais malheureusement la République ça a aussi été le colonialisme.

Ça ne me gêne pas de dire que je me reconnais dans les valeurs de la République.

(Auditeur) Quels sont vos grands axes de développements économiques de la Corse dont on ne parle jamais ?

Nous avons été élus pour un problème de réappropriation économique : maîtriser les transports et nous voulons un tourisme durable et maîtriser, des énergies durables et renouvelables. Nous voulons défendre nos entreprises, renforcer notre politique de formation.

Le potentiel de la Corse est aujourd’hui sous-développé, à nous de construire la Corse de demain.

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