La députée LR des Yvelines succède aujourd'hui officiellement à Jean-Paul Huchon à la tête de la région Île-de-France, elle répondait aux questions de Patrick Cohen et des auditeurs.

Patrick Cohen : vous avez fait beaucoup de propositions pendant votre campagne, laquelle allez-vous appliquer en premier ?

Valérie Pécresse : "Je vais mettre en place le bouclier de sécurité : un fond d’urgence pour la sécurité."

C'est-à-dire, pratiquement ?

"Je ne sais pas si vous vous souvenez mais le 13 novembres, des policiers n’ont pas pu entrer dans le Bataclan parce qu’ils n’avaient pas de gilets pare-balles. Nous avons un vrai sujet sur l’équipement des policiers. Les enseignants sont aussi particulièrement visés. Il y a un audit à ce sujet qui n’a jamais été transmis à l’opposition. Les universités ont aussi des besoins de sécurités, l’Etat leur a opposé une fin de non-recevoir."

Pour les lycées est-ce qu’il peut u avoir des contrôles systématiques ?

"Il y a eu un audit de sécurité des lycées d’Ile-de-France qui n’a jamais été transmis çà l’opposition. Pour en avoir parlé avec des proviseurs, je sais qu’un certain nombre d’établissements ne sont pas assez protégés, avec des risques d’intrusion."

Allez-vous travailler avec le Gouvernement ? Manuel Valls vous a appelé le soir de votre élection ...

"Je vais faire passer l’intérêt des franciliens avant les réflexes partisans. Manuel Valls m’a appelée, je suis prête à travailler avec le Gouvernement mais les régions ne sont pas là pour être le faire-valoir de l’action gouvernementale mais elles sont là pour appliquer des projets pour lesquels elles sont mandatées par le suffrage universel. Je vais lever un certain nombre de blocages régionaux, sur l’emploi, sur la sécurité et j’attends de l’Etat qu’il lève les blocages étatiques. Sur l’emploi, je vais travailler à refondre toute la formation professionnelle parce qu’il y a 100.000 emplois non pourvus en Ile-de-France, et qu’il n’y a pas les formations en face. J’attends de l’Etat qu’il infléchisse sa politique économique en baissant les charges sociales, en relevant les seuils sociaux et en menant à bien la réforme du droit du travail. Sur la sécurité j’ai besoin que l’Etat m’aide à créer une police régionale des transports qui couvre non seulement la SNCF et la RATP mais aussi les bus."

Dans l’assemblée régionale vous ne trouverez pas Claude Bartolone qui a choisi de ne pas quitter le perchoir, c’est dommage ?

"C’est son choix. Aucun de mes colistiers ne démissionnera."

Vous avez choisi de ne pas cumuler ce mandat avec celui de député.

"Je vais démissionner d’ici la fin de l’année."

C’est un choix qui est celui de Xavier Bertrand, pas celui de Laurent Wauquiez.

"Je ne peux pas imaginer qu’on puisse régler les problèmes de l’Ile-de-France en étant à mi-temps. Je suis une femme entière et je me donne entièrement. Si j’ai gagné en Ile-de-France c’est sans doute à cause de l’authenticité de l’engagement et sans doute par un sursaut républicain au second tour."

Vous faites référence à la phrase de Claude Bartolone sur la race blanche ?

"Moi, j’ai une petite fille de 12 ans qui a lu dans la presse que sa mère était raciste. Ce n’était pas une petite phrase c’était une stratégie de communautariser l’élection un mois après les attentats. Cette phrase était dangereuse. Je suis très fière d’avoir vu Philippe Esnol, sénateur radical, venir me soutenir."

Au second tour vous avez bénéficiez des électeurs FN. Est-ce que vous allez en prendre compte ?

"Je veux rassembler pour mettre en place un vrai projet pour l’emploi, la sécurité et les transports, ce seront mes trois priorités. Il faut être conscient que cette élection a fait bouger les lignes. J’ai eu 660.000 voix de plus au second tour sans aucune réserve de voix."

Est-ce que vous diriez que cette campagne vous a transformée ?

"Cela fait 5 ans que je me prépare à ce mandat. C‘est un beau chemin. J’ai échoué en 2010, j’ai appris de mon échec, j’ai travaillé à être meilleure."

Un auditeur : vous dites vouloir lutter contre toutes les formes de communautarisme or vous soutenez le combat d’extrémistes religieux : la manifestation pour tous. Comment justifiez-vous ce paradoxe ?

"Je parle avec tout le monde, y compris avec des gens qui ne pensent pas comme moi, ce qui peut paraitre audacieux à certains politiques. J’ai par exemple eu un débat pendant la campagne avec Pierre Laurent, donc les communistes pendant la campagne. Ma position depuis le vote de la loi Taubira : j’ai dit que désormais on ne pourrait pas humainement abroger la loi Taubira car il y a des hommes et des femmes mariés. J’ai dit aussi que j’étais contre la PMA pour des raisons non médicales et la GPA. J’ai été caricaturé."

Votre position vaut pour l’ensemble de votre majorité au Conseil régional ? Vous avez été critiqué car vous avez eu sur vos listes des militants de la manif pour tous.

"Avant de rassembler les Franciliens il faut rassembler sa famille politique. Je revendique d’avoir fait une union de la droite du MoDem, à l’UDI au parti démocrate avec 2 élus sur 120."

Une auditrice : pourrez-vous dire aux Franciliens que vous ne toucherez pas au Pass Navigo à 70 euros ?

"J’ai dit et redit que nous maintiendrons le Pass Navigo à 70 euros. Mais je dis aussi que ce Pass Navigo n’est pas financé. C’était un chèque électoral non financé. Il manque 300 millions d’euros. Je vais aller voir le Premier ministre. Nous allons trouver des économiques, nous allons lutter contre la fraude systématique. Je vais trouver l’argent pour que ça se fasse sans augmentation d’impôts."

Un auditeur : quel regard portez-vous sur le spectacle déplorable dans votre parti ? Appartenez-vous à la ligne de Wauquiez, Juppé ou NKM ?

"Vous me permettrez d’être sur ma propre ligne, une ligne républicaine avec un certain nombre de valeurs : l’autorité, la liberté, la justice qui passe par la récompense de la valeur travail, je veux lutter contre toutes les fractures en Ile-de-France."

Thomas Legrand : quelle est votre position sur le « ni-ni » ?

"Sur le « ni-ni ». Je me bats avec la même farouche énergie contre le Gouvernement de François Hollande qui va dans le mur et contre le Front National qui est une imposture. Il n’y a pas de hiérarchie. Moi je crois que je suis le vrai rempart au front National."

Thomas Legrand : vous faites une hiérarchie et vous ne dites pas « je suis un rempart contre le Parti socialiste »...

"Je l’ai dit : je dis le Parti socialiste ce ne sont pas mes idées, le Front national ce ne sont pas mes valeurs. Le sujet c’est qu’il nous faut une autre politique, c’est mon rôle de faire de l’Ile-de-France la fabrique des nouvelles pratiques politiques […] avec la tenue des engagements. Le problème de François Hollande est qu’il n’a pas tenu ses promesses et ses engagements. Une bonne partie du vote FN est un vote FN de gauche, déçu par la pratique gouvernementale."

Vous ne m’avez pas dit le regard que vous portez sur les Républicains ?

"A titre personnel je n’aurais pas exclu Nathalie Kosciusko-Morizet. L’exclusion ça rétrécit une famille politique. Je crois qu’une famille politique est riche de sa diversité."

C’est aussi un débat sur la ligne ?

"Je pense que c’est différent. Avoir une équipe qui incarne toutes les sensibilités mais définir une ligne majoritaire derrière laquelle tout le parti se retrouve. Je crois qu’aucun ténor des Républicains ne se laissera museler."

Quand Christian Estrosi explique qu’ « à droitiser le programme on fait monter le Front national », il a raison ?

"Je suis dans le faire, pas dans le dire. Je pense qu’il y a un terrible besoin d’autorité en France. […] Ce besoin d’autorité c’est nous qui l’incarnons le mieux."

Sur Twitter : vous parlez de sécurité, mais la région c’est aussi les transports et les lycées...

"Le vrai sujet en Ile-de-France c’est que nous avons du mal à trouver des enseignants qui veulent enseigner en Ile-de-France. Le sujet c’est "comment attirer des enseignants chez nous ?" J’ai proposé une mesure iconoclaste, de donner priorité d’accès aux logements sociaux de la région aux enseignants qui s’engageraient à rester 5 ans dans un lycée en pénurie."

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