Alors que la crise des éleveurs s'enlise, Manuel Valls vient d'annoncer une baisse des cotisations sociales de 7 points pour les agriculteurs. Le député européen et ancien porte-parole de la Confédération paysanne est l'invité de France Inter.

L’agriculture française et bretonne en particulier connaît une crise sans précédent. Le Gouvernement annonce une baisse de 7 points de cotisation sociale et année blanche pour ceux qui ont dégagé des faibles revenus.

C’est une faible avancée et à très court terme. On va reporter les cotisations sociales d’une année, ça ne veut pas dire qu’elles sont effacées. C’est reculer pour mieux sauter . Tant qu’on ne pose pas la question des volumes de production […] du prix vendu à la transformation et la production, tant que ces sujets ne sont pas abordés, on ne résoudra pas le problème.

Ce n’est plus le Gouvernement qui fixe le prix du lait !

Je suis au courant. La réalité c’est que le gouvernement français ne fait rien . Stéphane Le Foll est allé à Bruxelles mais si on ne tape pas du poing sur la table, par exemple sur la traçabilité de la viande, votée par le Parlement européen, [on n’avancera pas].

La France doit dire on légifère sur les coûts de production.

C’est marrant de se dire que pour l’agriculture on se couche devant la Commission mais que lorsque Monsieur Cameron vient on lui déroule le tapis rouge […].

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Sur le plan intérieur, il y a moyen de peser d’avantage. Des distributeurs ont fait des gestes de bonne volonté ?

Aujourd’hui ce n’est pas que la grande distribution qui est responsable, les transformateurs sont […] plus responsables. Les paysans ont perdu 20%, avant ils avaient 30% de la marge.

Il faut mettre en place des règles très simples : pas d’achat en-dessous du coût de production.

Aujourd’hui on est en train de sacrifier les paysans !

Le commissaire de l’agriculture européen, Phil Hogan, je ne l’aime pas, ce n’est pas ma tasse de thé. Il est en train de partir se balader en Colombie pour conquérir des marchés de l’exportation. […]

Est-ce que Stéphane Le Fol est à blâmer ?

Je le connais, on a travaillé ensemble au Parlement européen. Il connait les dossiers agricoles, je dirais qu’il est pieds et poings liés car on ne lui donne pas les moyens, alors à lui d’assumer et de faire un rapport de force avec le Premier ministre.

C’est Hollande et Valls qui lui interdisent d’engager le bras de fer ?

Ce qu’il demande c’est des prix rémunérateurs, pas des oboles […]. On ne pourra pas s’en sortir si on produit plus que ce qu’on peut consommer. On doit construire une politique sur 500 millions de consommateurs et pas d’hypothétiques marchés à l’exportation.

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Stéphane Le Foll ira inaugurer le salon de l’agriculture dans 10 jours. Vous irez ?

Faire la vitrine des super vaches, voir la grande distribution, les fast -foods, ceux-là même qui tuent l’agriculture, je n’irai pas. Ce n’est pas correct de voir ces choses et en même de voir les agriculteurs crever à l’autre bout de la France.

Vous appelez au boycott ?

C’est à eux de choisir. Cette année je dis il ne faut pas aller au salon, en tout cas moi je n’irai pas, c’est indécent.

Il y a plus de 600 suicides d’agriculteurs par an.

Quels sont vos liens avec EELV aujourd’hui ?

J’ai été élu en 2009 dans un mouvement […] où on pouvait être membre ou pas de parti politique. Je n’ai jamais été adhérent à EELV mais je faisais partie du mouvement. Aujourd’hui je ne comprends pas du tout comment il fonctionne. Je dirais que ça pose un vrai problème pour l’écologie et pour la défense de ce combat en France et au niveau européen. Aujourd’hui c’est la bataille d’ego qui domine. Quand je regarde les mails qui arrivent, on a un peu l’impression d’une maison de fous.

Qui incarne aujourd’hui l’écologie en France ?

C’est d’abord les milliers de personnes qui sont investies sur le terrain. Au niveau politique, aujourd’hui, je ne pense pas qu’il y ait de représentation politique dans l’appareil de partis qui disent se réclamer de l’écologie.

Nicolas Hulot représente une vision qui dépasse ce […] mouvement politique. En 2007, il a renoncé juste avant de se présenter, en 2012 […] il a été tapé par un appareil bizarroïde. Aujourd’hui ce qu’il a envie de faire, je n’en sais rien.

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(Auditeur) Le référendum de Notre-Dame-des-Landes est-il une bonne idée ? Sur quel périmètre ?

Les deux sont liés. Je pense que François Hollande st sincère quand il dit il faut faire un référendum. Je ne vois pas comment on peut s’opposer à l’idée. Après c’est compliqué car la loi ne le prévoit pas […] juridiquement beaucoup d’infractions sont encore à juger […]

On est dans un flou total. […]

Ce qui me choque c’est qu’on est quasiment 50 ans après la naissance du projet. On ne sait pas ce qu’il faut faire. Il faut qu’un projet soit légal, légitime et moral. Si on n’a pas ces trois composantes on ne peut pas aller jusqu’au bout.

(Patrick Cohen) Sur le périmètre, plusieurs options sont sur la table : le député François de Rugy voulait par exemple faire voter la Loire-Atlantique et les départements limitrophes qui correspondent à la zone de chalandage.

On est sur un projet national, le référendum pourrait aussi être national ! Quand on a abandonné le camp militaire du Larzac, c’était une décision nationale !

Ce projet n’est ni légitime, ni morale, ni légal.

(Twitter) le ministère pourrait-il encourager les circuits courts ?

Le deuxième pilier dans la PAC permet de renforcer les circuits courts. Ça ne se fait pas du jour au lendemain. Ça doit se faire de manière construite.

(Auditeur) Les agriculteurs qui dépensent leur énergie à manifester, pourquoi n’utilisent-ils pas leur énergie pour créer leur structure qui supprimerait les intermédiaires, sous forme de coopérative par exemple. En Allemagne, j’ai lu dans la presse qu’il y avait un seul circuit entre les producteurs et la grande distribution.

En Allemagne les problèmes sont les mêmes. […]

On peut créer des coopératives mais beaucoup de fermes n’ont même plus la capacité de le faire tellement elles sont endettées.

[…]

Il faut interdire la possibilité de vendre les contrats directeurs entre les producteurs et les industriels, on va tuer les agriculteurs comme cela.

(Auditeur) Que pensez-vous que le FNSEA soit dirigé par la même personne qui dirige le groupe Avril ?

On s’est battu contre cette forme de syndicalisme. Xavier Beulin ne défend pas l’intérêt des paysans.

Si c’était le cas il serait débarqué ?

Si vous écoutez les manifs, vous vous rendez compte qu’il n’est pas soutenu par sa base . […] on ne peut pas mélanger le fait d’être chef d’Enterprise et syndicalistes.

C’est une entreprise extraordinaire : Monsieur Beulin fait disparaître les paysans car il ne les défend pas, il concentre la production et se lance dans le business planétaire. Il ne lui manque plus que d’acheter des grande-surfaces et il aura fait la boucle.

(Twitter) Qui s’attaque aux distributeurs aujourd’hui ?

Les distributeurs contrôlent. Le fait de mettre en rayon tel produit, c’est eux qui décident. Ça ne suffit pas de dire ça sans dire qu’il y a une concentration dans la transformation. Il faut des règles du jeu. La question de la vente en-dessous des prix de production ne doit pas continuer. […]

(Auditeur) Que pensez-vous du passage de Madame Cosse au Gouvernement ?

Emmanuelle Cosse, je la connais. Elle est entrée au Gouvernement, rien n’a été dealé. Les centre-villes sont en déshérence. Il faut que la loi Duflot s’applique jusqu’au bout, on n’a pas vu de réquisitions de bâtiments, il faut le faire.

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