Le célèbre photographe brésilien, qui vient d'entrer à l'Académie des beaux-arts, est l'invité de RSF pour l'album "100 photos pour la liberté de la presse". Un pied au Brésil, l'autre en France, il est un des plus fins observateurs du monde contemporain.

On parle d’abord de votre pays, le Brésil. Un pays coupé en deux, dans quel camps vous situez vous ?

Certainement pas dans ce camp qui a fait un coup d’état. La gauche est arrivée au pouvoir avec une proposition intéressante. 400 ans où l’on a eu une seule classe dominante et après 13 ans on a une vraie distribution des revenus. On est plus de 40 millions de brésiliens qui étaient au-dessus de la ligne de pauvreté qui sont devenus classes moyennes. On a des politiques sociales beaucoup plus intéressantes qu’avant mais cette classe qui a perdu le pouvoir essaye absolument de revenir. On a une presse de droite qui se bat contre le parti des travailleurs. Je ne fais pas partie de ce parti mais je ne suis pas pour qu’on élimine la démocratie au Brésil à travers un coup d’état immoral.

Vous pensez que c’est une revanche politique ?

Totalement, en plus la classe qui arrive au pouvoir est la classe la plus corrompue qu’on puisse imaginer. Le dernier gouvernement avant Dilma a eu 1200 et quelques procès contre la corruption.

Pour revenir sur le bilan de Lula puis de Dilma Rousseff, ce parti des travailleurs a tenu ses promesses sociales de redistribution des richesses ? Le pays a vraiment été transformé ?

Le parti des travailleurs n’était pas vraiment préparé pour opérer au volume qu’elle a opéré. On a eu une base du parti qui était corrompu et qui a eu le même comportement que les autres. On doit quand même demander des comptes au parti des travailleurs. Mais le bilan est peut-être le plus positif qu’on ait jamais eu.

Ce qui nous choque vue d’ici, quand on entend parler de coup d’état c’est que le Brésil il n’y pas si longtemps que ça était une dictature, vous avez connu cette dictature. Est-il légitime de parler de Putsch ?

On pourrait appeler autrement, mais ça ressemble à cela. On essaye de destituer un gouvernement légitime et démocratique, c’est la première étape d’une longue lutte.

Que pensez-vous du Prix Pulitzer attribué à la photo au large de l’ile de Lesbos ?

On dit que la photo journalisme était mort, ce n’est pas vrai, il raconte l’histoire. Ce que je vois sur votre photo c’est le miroir de la société. Aujourd’hui, on parle énormément des courants migratoires comme si c’était nouveau, il est toujours le même la seule différence c’est qu’aujourd’hui ça touche l’Europe. L’histoire est exactement la même.

L’histoire est la même et continue avec des drames humains. L’originalité de vos photos est le noir et blanc. Pourquoi ?

Je n’ai jamais été un photographe couleur. La couleur me provoque une perte de concentration au moment de photographier. On peut donner tous les pouvoirs, la dignité grâce au noir et blanc. Depuis 1980, je travaille en noir et blanc.

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