Quelles propositions contre la menace terroriste ? Quelles failles dans le renseignement ? Qui sont nos alliés en Syrie ? Nos invités : le chef de la diplomatie, Laurent Fabius, l'ancien DG de la police, Frédéric Péchenard, et la présidente du FN, Marine Le Pen.

Patrick Cohen : contre les djihadiste, la Russie est notre nouvel alliée et Poutine notre nouvel ami ?

Laurent Fabius : "Lorsque le président Poutine a fait la proposition d’une grande coalition, en septembre, nous avions dit : c’est une bonne idée à condition que la Russie se concentre contre Daech et pas contre les résistants modérés. Il semble qu’il y ait une évolution. Si c’est le cas c’est une bonne chose."

Donc, selon vous, ce n’est pas la France qui infléchit sa politique mais la Russie ?

"Je vais être clair : en ce qui concerne les frappes contre Daech nous n’infléchissons pas notre politique. Nous avons commencé en Irak, nous allons continuer en Syrie. Là où on peut dire qu’il y a une adaptation c’est que nous continuons à dire qu’il faut une transition politique, mais nous ne disons pas qu’elle ça doit être la transition politique au début. Le président et moi-même utilisons l’expression : « Bachar ne peut pas être le futur de la Syrie ». "

Vous oubliez d’oublier les massacres, les libérations de djihadistes ?

"Dans le fracas des attentats nous avons oublié la réunion à Vienne samedi dernier, où nous avons élaboré une espèce de plan de marche si nous voulons aller vers un nouveau gouvernement, ensuite vers un cessez-le-feu, une nouvelle élection. C’est notre position, nous n’oublions rien du tout."

Avez-vous obtenu des Russes qu’ils ne feront plus la guerre aux forces d’opposition syrienne ?

"Ils ne disent pas les choses en de tels termes. Qui est terroriste ? Nous, nous disons que c’est Daech, Al Nostra et tous leurs alliés. Parfois il y a une tentation pour les Iraniens et les Russes de dire les terroristes c’est tous ceux qui sont dans l’opposition à Assad. Non ! Il faut mettre les points sur les « i »."

L’attentat en Égypte a fait bouger la Russie ?

"Je pense que oui. La présence des Russes en Syrie représente aussi pour eux un coût considérable. Il y a un autre problème, si les Russes sont perçus comme le soutien des shiites, à ce moment-là les sunnites vont se retourner contre eux et ça représente beaucoup de danger, pour la Russie, compte tenu de sa population. Il y a une ouverture des Russes, nous pensons qu’elle est sincère. Il faut rassembler toutes nos forces Daech, ce sont des monstres, mais ils sont 30 000. Si l’ensemble des pays du monde n’est pas capable d’éradiquer 30 000 personnes alors à ce moment-là c’est à ne plus rien comprendre. Nous savons que le combat sera long mais le Gouvernement français est d’une détermination absolue."

On l’a appris cette nuit, vous avez noté la négociation entre l’armée de Damas, et des groupes rebelles syriens en vue d’une trêve sous l’égide de la Russie.

"C’est une bonne chose. Si vous regardez le communiqué de Vienne samedi, nous proposons un processus vers un cessez-le-feu général, sous l’égide du Conseil de sécurité des Nations Unies, où siège à titre permanent la France."

John Kerry a jugé hier que la Syrie était peut-être à quelques semaines d’une grande transition, il a raison ?

"John Kerry qui a aussi dit ce qu’il pensait de Bachar en des termes durs, que je partage, était optimiste, j’espère qu’il a raison. Mais ça va être compliqué. "

Autre question liée aux attentats : le contrôle aux frontières des terroristes qui ne sont pas repérés, ce que la France va demander une révision des règles ?

"Si Abdelhamid Abaaoud a pu traverser plusieurs pays européens sans qu’on le repère, c’est qu’il y a un vrai problème. Il faut d’abord faire appliquer les règles d’une manière extrêmement ferme."

La COP 21, les ONG seront privées de manifestation, c’était inévitable ?

"Nous avons pris deux décisions : la première : maintenir la COP 21. C’est l’occasion pour lutter contre ce changement climatique. Maintenant il faut qu’elle ait lieu dans des conditions de sécurité renforcées. Deux grandes manifestations étaient prévues. Les services de police nous ont dit que ce n’était pas possible d’assurer la sécurité de milliers de personnes en plein air. Les ONG ont parfaitement leur place dans la COP 21. Dans les lieux fermés, tout sera maintenu, dans les lieux extérieurs, il y a une exigence de sécurité qui sera respectée."

Vous vous êtes expliqué avec John Kerry sur l’accord non contraignant qui pourrait être signé ?

"Pour les Américains il ne peut pas y avoir un traité, car cela suppose des exigences juridiques qu’ils ne pourraient pas satisfaire. C’est un accord qui doit faire en sorte qu’on ne dépasse pas l’augmentation des températures de deux degrés. C’est la vie même de l’humanité qui est en jeu. La planète, elle, continuera. Il vient d’être établi que les dix premiers mois de l’année ont été les plus chauds jamais enregistrés depuis 1880."

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