Pour célébrer les 60 ans du Le Masque et la Plume, trois amoureux des mots et de la culture sont invités de la matinale pour raconter l'art de la critique.

Jérôme garcin
Jérôme garcin © Radio France / Christophe Abramowitz

Jérôme Garcin, vous publiez un livre témoignage « Nos dimanches soirs » où vous racontez vos souvenirs et j’apprends que le dimanche, jour de la diffusion, vous écoutez aussi l’émission !

Elle est enregistrée dans les conditions du direct, il n’y a quasiment pas de montage.

J’écoute avec un mélange de masochisme et de plaisir.

Beaucoup de ceux qui nous écoutent ont en eux quelque chose du Masque.

(Garcin) Ce goût de la controverse est très français. C’est comme Apostrophe, c’est une spécificité française : du débat libre, parfois excessif, mais sans complaisance. On ne peut pas soupçonnés les critiques de ne pas être totalement libre de s’exprimer.

Les étrangers, quand ils viennent voir cette émission, nous disent, c’est inimaginable chez nous . C’est la foire d’empoigne comme à la fin des albums d’Astérix.

Ma conviction profonde est que le débat est plus important que le robinet d’eau chaude dans laquelle baigne parfois la critique sur les médias.

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Nos dimanches soirs chez Grasset, c’est une belle gallérie de portraits avec François-Régis Bastide, Michel Polac, de très belles pages avec Michel Ciment, Jean-Louis Bory, cet homme qui ne s’aimait pas, qui a mis fin à ses jours. C’est pour lui que Bastide avait choisi cet indicatif : la fileuse deMendelssohn __

Jean-Louis Bory a fait plusieurs crises de dépression grave et Bastide lui a envoyé un beau message par les ondes : il y a dans ce morceau une drôlerie qui me rappelle ce que tu es ». […] Au moment où il commence à le diffuser, en 1978, il commence à recevoir un flot de lettres antisémites, très violemment. A ce moment-là, Bastide a pris définitivement la version de Daniel Barenboïm. Ce sera la double peine !

En 1989, j’ai fait le choix de la garder pour les mêmes raisons. C’est un bon choix ça maintient aussi l’histoire de l’émission.

Sans oublier Georges Charensol, qui était la grosse voix des critiques littéraires,

Quand j’allais le voir il me disait « j’ai vu peindre Monet à Giverny ».

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(Patrick Cohen) Il était capable de parler de tous les films et de tous les cinéastes. [passage d’une archive]

Georges Charensol a relancé l’émission

Il m’a raconté : « on s’est mis dans la régie du 104 de l’époque et on s’est dit, soit on quitte l’émission, soit on en fait du spectacle ». Ça devenait patenté, avec des longues tirades des uns et des autres.

L’émission est rentré dans du théâtre, les critiques sont devenus des comédiens, voire des cabots.

Quand Pierre Bouteiller vous laisse les clefs, Charensol vous reçoit et vous dit ça : le masque c’est du spectacle !

Pierre Arditi vous êtes un admirateur du Masque ?

Cette émission a 60 ans, elle a bercé ma vie, je l’écoute depuis plus de 50 ans.

Les critiques se vengeaient souvent du fait qu’ils ne pouvaient pas être des acteurs.

C’est toujours le même problème avec la critique, elle est acceptable si elle a de l’esprit.

Une bonne critique d’un con qui n’y connaît rien c’est insupportable.

(Bernard Pivot) – Le dimanche, à 20h le Masque et la Plume, à 21h le football, donc programmation géniale.

INTERACTIV

Bernard Pivot est-ce qu’Apostrophe et Bouillon de culture avaient en commun le refus de la promotion ?

Apostrophe avait quand même un esprit de promotion des livres.

Simplement elles ne sont pas faites de la même façon. D’ailleurs dans son livre Garcin raconte que Bastide lui a dit : « tu vas devenir dompteur du cirque culturel ».

C’est la différence entre vous et Jérôme Garcin : vous avez de très bons rapports avec les artistes que vous recevez. Pas Garcin qui raconte que sa vie sociale a été impactée.

Il faut savoir que les critiques arrivent à 8 heures moins deux, il n’y a pas de réunion préparatoire, tout est improvisé , parfois ça dérape.

(Pivot) Tu as le choix, tu fais le choix des pièces et des livres !

(Patrick Cohen) Dans le Masque, on ne dit pas qu’un film est mauvais on dit que c’est de la merde !

Pierre Arditi, vous avez parfois été égratigné par le Masque et vous l’avez dit, il y a dix ans, pour les 50 ans du Masque. [Passage de l’archive ]

Il parlait d’Ariane Ascaride, d’une manière qui était indigne, il n’attaquait pas l’actrice mais l’imbécile méridionale. Moi aussi je peux être extrêmement virulent, c’est ma marque de fabrique comme le Masque et la plume.

Vous demandez parfois comment critiquer sans blesser ?

Evidemment. Il y a des émissions dont je sors où j’ai un peu mal . Il faut savoir qu’il y a les applaudissements du public. C’est la seule émission critique qui se fait devant un public. Quand on est derrière son poste et qu’on reçoit les flèches, ça doit être un peu douloureux.

Vous entendrez dimanche un échange entre Gilles Sandier et Dominique Jamet qui est très violent !

Tu racontes que Frédéric Bonnaud a renoncé à venir car il était trop cruel.

Il était brillantissime mais un jour il n’a plus supporté de s’entendre. Il m’a dit : « ce que je deviens à la tribune du Masque ce n’est plus moi ».

(Pivot) Il y a un paradoxe, les gens écoutent le Masque parce qu’on s’engueule mais le Masque n’a jamais arrêté la carrière d’un best-seller, en revanche il est capable de lancer un livre ou un film.

(Garcin) Je me souviens d’un été où l’on s’est pris de passion pour « Poussières de la route » d’Henri Calet, et ça a été un succès ! Ne parlons pas du cinéma d’auteur qui a bénéficié du Masque et la plume. […] Le Masque, ce sont des égos parfois mais des émotions aussi et c’est ce qui fait le charme humain de l’émission.

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