Le maire de Pau et président de la communauté d'agglomération Pau-Pyrénées, président du MoDem, était l’invité du 7/9 de Patrick Cohen. Il a notamment évoqué les questions liées aux quartiers défavorisés, à la réforme du droit du travail et sa place dans le jeu politique.

Patrick Cohen : violences près de Grenoble, violence sociale, violence du débat public. Est-ce qu’il y a quelque chose de violent dans l’humeur du pays ?

François Bayrou : "Je pense que c’est pire que ce que vous dites. Je ressens une ambiance de décomposition en France. En France, la décomposition la plus lourde est l’Etat : l’incapacité à faire respecter sa propre loi. Son incapacité est si lourde, que j’écoutais un ministre qui disait sur France Info "c’est inacceptable et ça ne doit pas se reproduire". Ce que l’auditeur entend c’est l’impuissance absolue de celui qui est au pouvoir. L’Etat du XXIème siècle est incapable de trancher. C’est vrai pour l’ordre, pour la sécurité, pour l’ensemble de la sécurité de l’Etat. Il ne faut pas s’étonner que tous les chiffres soient toujours aussi mauvais."

Les chiffres de l’Unedic montrent qu’il devrait y avoir une inversion de la courbe du chômage l’année prochaine….

"Non ! Ils disent que la situation qu’on anticipait sera pire. Le constat que l’on fait est que la dégradation est ininterrompue."

Evoquons la situation des migrants à Calais : nous en sommes à la 7ème visite de Bernard Cazeneuve. Un accord encore récent conclu avec l’Angleterre. Qu’est-ce qu’il faudrait faire de plus ?

" Il est impossible que la Grande-Bretagne s’en remette à la France pour faire assurer la sécurité de sa propre frontière. On s’aperçoit, ne serait-ce à Calais, que lorsque les pays voisins décident sans nous, on va vers plus d’impuissance. Il faut traiter le problème à la source. Les images hier à la frontière slovène étaient terrifiantes. L’action doit être partagée avec des Etats voisins. On ne pourra agir à la source qu’en créant des zones protégées, sécurisées."

Nous allons vers un allégement du Code du travail : cela devrait vous faire plaisir ?

"Il ne s’agit pas d’une voie libérale, il s’agit d’une voie civique : qu’un petit artisan comprenne ce qui est écrit dans le Code du travail. Un code, c’est fait pour être compris. Nul n’étant censé ignorer la loi, la loi doit être lisible. "

Le préaccord des partenaires sociaux, pour faire reculer la retraite de 62 à 63 ans. Certains le contestent…

"La vérité de tous ceux qui nous écoutent est que l’âge moyen de la vie avançant, le nombre de personnes à la retraite augmentant, il faudra un équilibre entre cotisants et pensionnés. J’ai depuis longtemps proposé une retraite par points. Vous partez plus tôt, vous touchez moins. Vous partez plus tard, vous touchez plus."

Un auditeur : comment expliquez-vous cet isolement permanent ?

"Si vous regardez les sondages et enquêtes d’opinion, un nombre important de Français approuve mon action. La voix que je porte n’est pas dans les appareils. C’est parce que je ne suis pas dans une politique classique qu’il y a une chance que je dise des choses justes. Dans les deux grands partis, c’est l’échec qui marque leur action… et l’alternance au pouvoir ne change rien. La courbe du chômage et la dette ne changent pas. C’est le symbole de notre impuissance. Notre vie politique est inadaptée et notre Etat est épuisé."

Un auditeur : que pensez-vous de la suppression du Sénat ?

"J’ai proposé depuis longtemps que l’on diminue drastiquement le nombre de sénateurs, que l’on supprime le Conseil économique et social, qu’on divise par deux le nombre de députés."

Un auditeur : l’Etat devrait-il devenir un actionnaire plus important ?

"Il suffit de regarder tous les drames industriels. L’Etat est un mauvais actionnaire. L’Etat doit-il rentrer dans le capital de toutes les sociétés en difficultés ? Je ne le crois pas. Si on fait le ratio entre ce que l’Etat a versé et ce qui a été versé aux actionnaires, c’est souvent équivalent. Il y a souvent un transfert.Il y a là une pratique de l’Etat que je ne trouve pas encourageante.

"Les idées du parti socialiste, je n’en partage pas beaucoup"

Un auditeur : quelles sont les idées de gauche auxquelles vous êtes favorable ?

"Je n’ai pas l’impression que je porte sur les 5 années qui se sont écoulées avant 2012 un jugement différent de François Fillon. Il me semble qu’il y a une sévérité assez grande de la part des anciens partenaires de Nicolas Sarkozy, qui recoupe des choix que j’ai fait. Les idées du parti socialiste, je n’en partage pas beaucoup. La réforme du collège qu’on est en train de mettre en place réserve à ceux qui sont nés dans les milieux favorisés, leur réserve un épanouissement. Ils n’auront pas de mal à trouver des établissements privés où l’on enseigne le latin et le grec. Je considère que c’est une trahison des idéaux qu’on est censé défendre. Mais il y a des gens à gauche avec qui je partage des choses évidentes : ceux qui pensent que l’idée que l’idéal européen est mal défendu par les institutions européennes. "

Thomas Legrand : quelle est votre position pour les primaires ?

"Je trouve que dans la situation actuelle, Alain Juppé est celui qui a les meilleurs atouts. Il faut rassembler les Français plutôt que de les opposer. Le choix d’Alain Juppé peut mettre en place une nouvelle politique en France."

S’il ne se présente pas, vous serez libre de vous présenter ?

"Exactement."

Les invités
L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.