Élu président (LR) de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie en décembre dernier, Xavier Bertrand est l'invité de Patrick Cohen en direct de Lille pour évoquer Calais, la lutte contre le chômage et sa conception de la politique en région.

Xavier Bertrand répond aux questions de Patrick Cohen

A Calais, pourquoi soutenez-vous l’évacuation prévue, à quoi ça va servir, où vont aller les réfugiés ?

Vivre à Calais, quand on est Calaisien, c’est devenu impossible, vivre à Calais, quand on est migrant, c’est aussi impossible on vit dans un bidon à ciel ouvert.

Je suis allé à Calais à différentes reprises, je me suis installé à Calais pendant une semaine, je ne suis pas devenu Calaisien mais je comprends mieux leurs problèmes.

Un jour j’ai peur qu’il y ait un vrai drame . Aujourd’hui, je suis, avec Natacha Bouchart, sur la même ligne que Bernard Cazeneuve.

Xavier Bertrand sur la crise des migrants à Calais : "J'ai peur d'un jour il y ait un drame"

L’évacuation de la zone sud de la jungle, c’est déplacer le problème ?

Non. Vous avez un centre d’accueil provisoire qui est à 10 mètres de cette jungle. Ce sont des locaux provisoires […] mais c’est tout simplement autre chose que ce bidonville à ciel ouvert.

A 150 mètres, il y a le centre Jules Ferry et ailleurs qu’à Calais il y a des centres d’accueil et d’orientation qui peuvent accueillir ces migrants.

Aujourd’hui, il y a une magistrat du tribunal administratif, qui se rend à Calais. Les associations ont invité l’ensemble des migrants de la zone sud à venir prendre un café. Pourquoi ? Pour faire croire qu’il y a plus de personnes qui vivent dans la jungle sud, pour dire que les chiffres de 800 à 1000 ne sont pas les vrais, qu’il y en a 3000.

Vous dites il y en a 1000.

Sur l’ensemble de la jungle, dans le centre ferry, on sort 2500 à 2 800 repas par jour. S’il y avait 3400 personnes, cela ne correspondrait pas aux repas servis gratuitement . Aujourd’hui l’humanité c’est faire preuve de fermeté.

Même en utilisant la force ?

Elle n’a pas été utilisée […].

Xavier Bertrand : "Les associations font croire qu'il y a plus de a plus de personnes qui vivent dans la jungle sud"

Il va falloir que les Anglais nous aident vraiment.

Quand je vois des stars hollywoodiennes nous faire la leçon ou Boris Johnson nous donner sa version du Brexit, qu’il prenne son vélo et vienne à Calais et qu’il voit la réalité. Si l’Angleterre sort, la frontière sera à Douvres.

Ca remet en cause les accords du Touquet ?

Evidemment.

Xavier Bertrand : "Que Boris Johnson prenne son vélo et vienne à Calais"

Autre question nationale, que dit l’ancien ministre du travail de cette réforme du travail, est-ce que c’est un ensemble de mesures

Ca va dans la bonne direction. J’espère qu’il sera voté en l’état. […] deux choses me manquent : le contrat de travail unique, une idée portée par Jean Tirole, c’est une simplification et c’est un terme entre le découpage entre le CDI et le CDD. […] Je souhaite aussi le rétablissement des heures supplémentaires défiscalisées […].

C’est quand même dommage qu’on fasse les lois importantes en fin de quinquennat et pas au début du quinquennat . On a fait pareil. La TVA sociale on l’a fait en fin de quinquennat.

Pour le code du travail, il faudra aussi faire le coût du travail, la TCVA sociale et le marché du travail, c’est ce que j’essaie de faire dans la région.

Xavier Bertrand : "La réforme du travail va dans la bonne direction"

Votre action locale : vous avez ouvert un « Proch’emploi », c’est une façon de compléter, concurrence Pôle emploi ?

De compléter. Aujourd’hui quand un chef d’entreprise cherche un chauffeur livreur, si une personne se présente, est formée, il n’a besoin de personne. Mais si une personne est intéressée mais n’a pas la formation, c’est le parcours du combattant.

La région est légitime pour agir : elle finance les formations des demandeurs d’emploi.

C’est exactement le job de Pôle emploi !

Je dépense avec la région beaucoup d’argent pour la formation. Je n’ai pas envie d’arroser le sable , j’ai envie de financer quand c’est utile.

Cette opération, il y a déjà 4500 demandeurs d’emplois qui se sont inscrits. […] cette opération ne coûte rien à la région.

C’est parce que vous avez été ministre de Travail que vous avez lancé ce dispositif?

Oui. J’ai été de l’autre côté de la barrière, je sais quel est le rôle de Pôle emploi et je sais ce qu’il manquait. Il y aura une réunion entre Pôle emploi et les syndicats, je suis prêt à dégager des moyens supplémentaires, l’Etat peut m’aider, paraît-il, je prends.

A terme il faudrait privatiser Pôle emploi comme le propose Bruno Le Maire ?

Qu’on propose à des acteurs privés qu’ils soient payés s’ils placent des gens, oui ça m’intéresse. Mais je ne cherche pas à être le directeur de Pôle emploi.

Vous avez renoncé à votre mandat de député, à être candidat à la primaire mais vous êtes resté président de l’agglomération de la communauté de Saint Quentin. Vous avez deux mandats.

Je l’ai toujours dit. C’est mon ancrage, c’est ma ville. Je ne vous cache pas qu’il était plus confortable de rester maire ou député.

Vous étiez obligé de cumuler avec l’agglomération de Saint Quentin ?

Si je n’ai pas le temps de m’y consacrer totalement, je mettrai un terme à ses fonctions.

Au Conseil régional vous n’avez face çà vous que des conseillers du Front national. Vous arrivez à travailler avec eux ?

Non. J’ai vu leur vrai visage, lors de la première réunion.

Un élu à notamment parler de « niacoué ».

On étudie de possibles poursuites judiciaires.

Ils ont été tatillons sur tout et n’importe quoi et après onze heures de séances, avec la déclaration de Monsieur Emery sur Calais, j’ai vu le vrai visage de l’extrême droite sur Calais, une extrême droite qui est dans l’amalgame.Je sais qu’on n’a pas la même conception de la République .

Jean Marie Le Pen, Marine Le Pen, comme on dit ici : « les c’iens pas pas d’ c’ats », c’est le prénom qui a changé mais le nom est le même et le fond ne changera jamais.

Et avec le PS ?

Je parle avec les responsables du PS, comme avec les responsables de l’UDI. Quand un projet est bon, je me moque de l’étiquette politique.

C’est ça faire de la politique autrement ?

C’est comme on n’aurait jamais dû cesser d’en faire. Si on peut travailler ensemble pour l’intérêt général, pourquoi ne pas le faire ?

Xavier Bertrand : "J'ai vu le vrai visage du Front National"

(Auditeur) Comment peser sur la politique économique et recréer les emplois perdus ?

La première compétence de la région c’est le développement économique : l’emploi.

Quand je vais aux côtés des salariés de Pentair pour éviter qu’elle ne ferme plus tôt que prévu, c’est mon rôle.

Si la région investit sur le Canal Seine Nord Europe c’est qu’il y a 10 000 emplois en jeu. […]

Vous avez cité l’exemple de Pentair, de la robinetterie industrielle, une usine qui devait fermer, la fermeture a été repoussée à 2017. On a appris que l’année dernière Pentair avait bénéficié d’un crédit d’impôt 1 million et demi au titre du CICE.

Pentair c’est un symbole. Je m’aperçois que ceux qui décident sont en Suisse. On est allés en Suisse. […] Ils veulent fermer cette entreprise car ils sont sur un concept de marque mondiale. Je les ai convaincus de nous laisser du temps […] il y a un projet de reprise, notamment par des salariés avec des cadres de l’entreprise, si ces projets voient le jour, la région aidera en finançant.

Pentair est d’accord ?

Ce qui devait fermer en 2016 va être prolongé jusqu’à fin 2017. Je suis un Président zéro promesse, zéro faux-espoir. […] Il va y avoir des licenciements dans les mois qui viennent, il va falloir trouver des solutions. […]

Il faut faire comprendre à Pentair qu’il ne faut pas bloquer les projets de reprise.

Extrait d’un témoignage de Jean Luc Brenne , délégué syndical à Pôle Emploi , qui explique que « Proch’emploi » est inefficace.

Je ne peux pas plaire à tout le monde. Les agents de Pôle emploi s’occupent de l’indemnisation, ce n’est pas le cas de Proch’emploi. J’ai la chance de pouvoir faire du sur-mesure. Par exemple, la boucherie a besoin de 500 places dans la grande région, comme c’est la région qui finance, je peux financer les formations.

Pôle emploi n’a pas toutes les offres d’emploi. Toutes les entreprises n’ont plus le réflexe de Pôle emploi . Si Le Bon Coin existe c’est que Pôle emploi n’apporte plus une réponse pour tout le monde.

C’est là que sans faire concurrence je suis en complément.

Est-ce que ça doit passer par une augmentation des effectifs des fonctionnaires de la région, est-ce que ça passe par une diminution ? Nicolas Sarkozy voudrait mettre fin à l’autonomie des collectivités locales pour imposer le principe du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux.

Quand j’étais ministre de la santé, je n’ai pas appliqué ce principe.

Mon objectif est d’avoir moins de fonctionnaires. […] On peut être pragmatique mais je refuse toute règle pragmatique mathématique.

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