Le patron de Volkswagen vient de démissionner après des révélations de fraude au contrôle anti-pollution sur onze millions de véhicules dans le monde. Analyse de ce "dieselgate", mais aussi de l'état de l'économie française avec deux économistes : Jean-Marc Daniel et Guillaume Duval.

Vous vous étiez attaqué à l’Allemagne dans « Made in Germany » il y a deux ans, bien avant Mélenchon, vous avez été surpris ?

Guillaume Duval : "Non, ceux qui connaissent l’Allemagne n’ont pas été surpris. Schauble par exemple, qui est le Monsieur la vertu à l’échelle européenne, s’il n’est pas à la tête de la CDU et de l’Allemagne c’est à cause d’un scandale de caisses noires dans lequel il avait trempé dans les années 90, qui a permis à Angela Merkel de prendre la tête de la CDU. […]"

Quel rapport avec ce qui nous occupe en ce moment ?

Ce que je veux dire c’est que l’image de respect permanent des règles qui est souvent associé à l’Allemagne est une illusion […]. Siemens avait déjà été décapité à cause de beaucoup de pots de vin […] ce n’est pas vraiment une surprise que ça fonctionne comme ça. Jean-Marc Daniel : "D’abord un commentaire. Finalement c’est rassurant, les Allemands sont comme les autres. […] Sur le fond on a magnifié […] un capitalisme de connivence […] et je pense que l’avenir est un capitalisme de concurrence.Ce que je trouve intéressant c’est que la société américaine est en train d’inventer une forme de protectionnisme par l’action judiciaire. […]

Je pense qu’il faut être sans pitié avec VW."

Vous dites que les images de marque sont très importantes pour les multinationales ?

Guillaume Duval : "C’est une excellent exemple de la fragilité de ces géants. VW a perdu un tiers de sa capitalisation boursière depuis le début de la semaine. […] On a des moyens de pression sur ces géants car ils sont très fragiles sur ces questions-là."

Vous applaudissez à ces mouvements de régulation à marche forcée ?

Jean-Marc Daniel : "Les nouvelles technologies sont en train de renforcer la dimension concurrentielle du capitalisme. Grâce aux nouveaux outils, beaucoup de gens peuvent faire des métiers qui leur étaient fermé. C’est ce que l’on appelle l’ubérisation de la société. […]

Guillaume Duval : "Cette régulation ne peut être qu’internationale."

La fime VW va se relever ?

Jean-Marc Daniel : "VW va essayer de démontrer qu’elle n’est que la face émergée d’un plus vaste problème."

Guillaume Duval : "L’impact peut être plus grave pour toute l’économie allemande. L’image est profondément atteinte. Cela peut avoir des conséquences majeures pour toute l’Europe."

Peut-il y avoir une éthique dans une économie généralisée ?

JMD : "L’idée que c’est le capitalisme qui détruit l’éthique est une idée fausse. […] Le problème de l’éthique est un problème de rapport des individus à la vie. […] Une des grandes questions est de savoir s’il y a des actes gratuits. [La réponse est que] l’homme est intéressé."GD : "Il y a un besoin de régulation supplémentaire. Le problème est qu’on a eu moins de régulation au cours des dernières décennies. […] cette affaire VW montre qu’on commence à poursuivre des choses qu’on ne faisait pas jusque-là mais il faut aller beaucoup plus loin."

La régulation est-elle plus forte aux Etats-Unis ?

JMD : "On voit aux Etats-Unis qu’on met des gens en prison pour avoir heurté les règles de la concurrence."GD : "Le problème en Europe c’est qu’on a une concurrence entre pays qui fait que chaque pays a intérêt à fermer les yeux sur les méfaits de ses propres entreprises et c’est probablement ce qui s’est passé en Allemagne. Le scandale en question, c’est qu’il semblerait que le gouvernement fédéral était au courant des pratiques de VW sur ces questions et n’ait rien fait, pour protéger la Deutchland Hage. En Europe on est trop dans l’intergouvernemental et pas assez dans le fédéral alors que les Etats-Unis interviennent au niveau fédéral pour réguler ce genre de chose, et ce c’est ce qui fait leur efficacité dans ce domaine."

L’administration américaine ne s’attaque-t-elle pas à l’industrie allemande pour pouvoir gagner une position de force dans la négociation du TAFTA ?

JMD : "Un des grands enjeux de ce traité est ce tribunal arbitral qui permettrait aux entreprises de porter des différents qu’elles ont avec des Etats devant cette instance arbitrale.Ce tribunal devient une forme de recours contre [ce capitalisme de connivence]. Contrairement à ce qu’on pense cette démarche va […] permettre aux Européens de profiter de la dynamique américaine.

L’ubérisation de la société fait-elle baisser les prix ?

JMD : "Il fait remarquer que désormais les taxis bleus proposent des courses à dix euros à Paris le week-end. Je maintiens que la concurrence est le transfert du pouvoir d’achat et améliore le bien-être. […] Jean Tirole, dans Libération, […] a dit que la façon dont la gauche peut renouveler sa pensée c’est en acceptant l’idée que la concurrence est un bon moyen d’organiser la distribution des revenus.

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