Sécurité, renseignement, lutte contre la menace terroriste en France, diplomatie française au Moyen Orient: le député LR de Paris et ancien Premier ministre est l'invité de Patrick Cohen.

Un coordinateur des attentats de vendredi 13 est revenu sur les lieux du crime. Êtes-vous sidéré par les dernières révélations de l’enquête ?

On est en face d’une crise mondiale, d’une nouvelle forme de totalitarisme qui vise à dominer une partie du monde, qui dispose de moyens financiers, d’armements, de territoires, de populations, qui nous placent dans une position de grande faiblesse.

Est-ce que le Président a pris des mesures à la hauteur des évènements ?

En tout cas il l’annonce. Nous allons débattre cet après-midi de la poursuite de l’intervention militaire en Syrie. Nous allons les soutenir même si je regrette que ces dispositions n’aient pas été prises plus tôt. C’était exactement ce que nous avions suggéré il y a un an, à l’été 2014.

C’est-à-dire constituer une alliance mondiale, et appuyer les seules forces au sol qui combattent vraiment les forces islamistes, qui ne sont pas toujours faciles à soutenir. Ces forces sont les Kurdes, le Hezbollah.

Vous voulez soutenir le Hezbollah ?

Je pense que la coalition mondiale doit aider sur le terrain tous ceux qui peuvent combattre l’État islamique. Les Américains n’iront jamais combattre l’État islamique au sol, sans eux nous n’irons jamais. Je n’ai jamais vu l’opposition syrienne se battre contre l’État islamique. L’opposition syrienne se bat principalement contre le régime d’Assad.

Les combats pour Alep, pour Kobané ont bien opposé des rebelles syriens à Daech ?

Ce n’est pas avec ces forces-là qu’on va battre l’État islamique. Si les Russes frappent ces forces c’est parce qu’ils soutiennent le régime syrien. Si le régime syrien tombe, c’est l’Etat islamique qui s’en emparera.

Soutenir Assad, malgré les tortures ?

Ça s’appelle la hiérarchisation des dangers. Bernard Guetta vient de parler de la Turquie. Aujourd’hui, si je regarde du point de vue français, les Russes n’achètent pas le pétrole de l’État islamique, les Russes ne bombardent pas les Kurdes. Donc nous avons en face de nous une Turquie qui est en train de devenir un problème majeur.

Les Russes ont évolué, après l'attentat du Sinaï ?

Les Russes n’ont pas évolué. Ils bombardent les Frères musulmans, Al Nostra, parce qu’ils menacent l’État syrien. Hollande doit nous montrer que l’alliance sera réelle, pour cela il doit lever les sanctions contre la Russie. Il doit aussi mettre un poste diplomatique à Damas avec un chargé de mission pour assurer une liaison technique avec l’armée syrienne.

Vous êtes sûr qu’il n’y en a pas déjà eu ?

S’il y a une coopération technique, elle doit être connue.

Il y a un lycée français qui continue de fonctionner à Damas, il ne reçoit plus aucune aide de l’État français.

"Des arguments, justes sur le plan moral, sont inopérants sur le plan stratégique"

Lors de la revue de presse, Hélène Jouan évoque les centres de déradicalisation. Vous appuyez ce type de réponse ?

Cela produit un sourire sceptique. C'est de l'angélisme. Ça fonctionne sans doute pour des apprentis djihadistes de six ans. Le Premier ministronze mille personnes fichées pour leurs liens avec l'intégrisme musulman. Ce sont des adultes avec lesquels il va falloir utiliser des méthodes plus contraignantes.

(Auditeur) Ce n’était pas une erreur d’avoir rompu les relations avec la Syrie en mars 2012 ? Et n’était-ce pas une erreur d’intervenir en Libye ?

Je pense qu’on s’est trop précipité dans l’analyse de la crise syrienne. On a cru que c'était une révolution populaire, ce n'était pas que ça. On n’aurait pas dû fermer l’ambassade, on aurait dû laisser une représentation minimale. Ce qui s’est passé en Lybie, montre que les Occidentaux ne peuvent plus intervenir militairement sans risquer de générer un chaos qui donnent aux totalitaires le pouvoir.

(Auditeur) Prendre Assad comme appui est un autre totalitarisme. Du côté syrien, Daech est composé de prisonniers libérés par Assad, comme l’indique le livre de Nicolas Henin, journaliste du Point . Bachar el-Assad a fait un communiqué 14 novembre pour dire que la France avait ce qu’elle méritait. Je pense que le point de vue de François Fillon est scélérat.

Tout ce qu’il vient de dire est exact mais cela ne change rien à la situation sur le terrain. La question est comment se protège-t-on contre ce danger ? Dans l’immédiat, c’est de combattre l’État islamique. Comme je l’ai dit, il n’y aura pas de combattants occidentaux au sol car les États-Unis n’iront jamais.

Tous les arguments moraux évoqués sont inopérants d’un point de vue stratégique.

Quand on faisait la guerre à Hitler, on ne s’est pas posé toutes ces questions et on l’a battu. On a fait des alliances contre nature, avec des gens qui avaient autant de sang sur les mains que Hitler.

(Twitter) Vous voulez soutenir le Hezbollah, je m’étouffe dans mes céréales.

Il faut soutenir l’Iran qui est engagé contre l’État islamique.

Le Hezbollah dont la vocation est de détruire Israël.

Le Hezbollah est la force qui tient le Liban, physiquement, qui fait en sorte que ce pays ne se dote pas des institutions nécessaires pour continuer sa marche démocratique. La position que je défends n’est plus isolée, c’est la position du gouvernement français.

Est-ce que vous ne vous trompez pas de diable ? L’armée d’Assad a fait la preuve de sa totale inefficacité sur le terrain.

La Russie ne tient pas particulièrement à soutenir Bachar al-Assad, elle tient à la stabilité du régime syrien pour défendre ses intérêts.

(Auditrice) Pouvez-vous revenir sur le pétrole vendu par Daech ?

Nous avons la preuve que la quasi-totalité du pétrole vendu par Daech arrive directement dans les raffineries turques. On est en face d’une complicité qui est extrêmement préoccupante.

On vous a accusé de russophilie. Êtes-vous sûr d’avoir toujours été à la bonne distance avec Moscou ?

On peut dire que les relations franco-russes, quand j’étais Premier ministre, étaient excellentes, depuis elles se sont gâtées.

Vous regrettez la dissolution des RG ?

Les RG avaient perdu toute espèce d’efficacité sur le territoire. Je me souviens d’avoir mentionné la présence d’une mosquée salafiste sarthoise, c’était comme si je parlais à des martiens.

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