Dans son ouvrage "Comment perdre la guerre contre le terrorisme", le conseiller spécial à la Fondation pour la Recherche Stratégique souligne la médiocrité du gouvernement français en matière de lutte contre le terrorisme. Il est l'invité de Marc Fauvelle.

Vous publiez un livre réquisitoire, vous faites la liste des insuffisances et manquements qui ont été ceux des gouvernements successifs. Vous êtes un homme en colère contre quoi ou qui ?

Deux choses l’ont provoqué : le refus obstiné du gouvernement actuel de mettre sur pied une commission nationale pour tenter de comprendre pourquoi, après 15 ans de réussite constante de lutte contre le terrorisme entre 1996 et 2012, on a perdu la main . Le Parlement a fini par imposer sa commission parlementaire avec les limites que ça peut comporter.

Deuxième source d’énervement : la déchéance de nationalité (…).

Ce n’est pas uniquement le gouvernement actuel qui est visé, mais le précédent également

Vous remontez à Nicolas Sarkozy.

Il y a eu deux décisions mauvaises : la suppression des RG et la mise sur la touche de la gendarmerie. (…) Le renseignement de proximité a été de fait démantelé il y a 6, 7 ans.

La plupart des terrorismes étaient fichés ?

Les radars étaient tournés dans la bonne direction, les personnes impliquées dans les attentats étaient quasiment toutes fichées mais on ne savait pas quoi faire pour exploiter et transformer ce renseignement dans quelque chose d’utile.

Vous pointez aussi des failles dans la gestion des attentats le soir du 13 novembre.

Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé au Bataclan entre 22h02 et 00h17. Pourquoi est-ce que les premiers intervenants, la BAC, faiblement armée, a pu arrêter le massacre. La BAC a été héroïque.

C’est la première fois que la France était frappée par un commando surarmé.

Que faisait le GIGN dans le coin ? Je ne sais pas ? Pourquoi a-t-il fallu plus de deux heures pour sécuriser les lieux ? Comment s’est fait le tri des blessés sur les lieux ? Je ne sais pas. Cela commence à ressortir dans la commission parlementaire.

On ne pourra pas éviter des attentats futurs si l’on ne tire pas toutes les leçons de ce qui s’est mal et bien passé ! Le service de sécurité du stade de France était excellent !

J’ai vécu il y a 10 ans de la rédaction du livre blanc sur le terrorisme, où l’on tirait les leçons des attentats de Londres et Madrid. (…) Ces choses-là, nos voisins les ont déjà vécues, on a tenté d’en tirer les conclusions et puis on a laissé faire.

Vous listez les 10 commandements, vous dites il faut faire exactement ce que les Américains ont fait : n’allons pas chercher en Syrie ou en Irak les coupables.

Si l’on a la capacité d’éclater la gueule de terroristes arabes, il ne faut pas s’en priver. Si l’on repère des terroristes à Mossoul ou Raqa, cela ne me pose pas de problème qu’on aille les bombarder. Le problème c’est que nos terroristes sont tous Français ou Belges. Leur parcours est largement français, leur planification est largement locale. Ce n’est pas comme le 11 septembre où Ben Laben exporte ses terroristes à lui. Là c’est le contraire, ce sont des gens de chez nous qui font un peu d’entraînement en Syrie. Pour moi, l’essentiel de l’effort doit se faire chez nous.

Vous pointez du doigt Manuel Valls qui avait alerté sur le risque d’attaque chimique mais s’il ne l’avait pas fait, on lui aurait reproché !

Bien sûr le risque d’une attaque chimique existe mais Manuel Valls n’est pas un analyste et dans l’atmosphère surchauffée du lendemain du 13 novembre, sauf à avoir des informations sur une attaque imminente, ce n’était pas le lieu pour cette annonce. Or au même moment il y avait une distribution d’atropine dans les pharmacies à cause de la COP21, une procédure normale en cas de rassemblement de chefs d’Etats mais les gens ont cru qu’une attaque allait arriver.

On n’est pas en guerre contre le terrorisme ?

Les Russes se battent contre le terrorisme, l’Espagne se bat contre le terrorisme.

Le seul qui ait déclaré la guerre contre le terrorisme c’est George W. Bush et je ne suis pas sûr que ce soit l’exemple à suivre. La guerre n’est pas un crime, un combattant n’est pas un criminel, or les terroristes sont des criminels , ils ne relèvent pas de la convention de Genève. On leur fait beaucoup trop d’honneur.

Quand il y a la guerre, on ne fait pas le tour de France ! On ne fait pas des championnats de football !

Dire que la France est en guerre comme si le Premier ministre était Clémenceau, il suffit d’aller à Verdun pour comprendre que c’est autre chose.

Que pensez-vous du maintien de Sentinelle, de l’état d’urgence, ce que n’ont pas fait nos voisins après les attentats.

Lorsque l’état d’urgence a été décrété après le 13 novembre il fallait le faire mais le pérenniser a des inconvénients, l’état d’urgence est une mesure d’exception, le pouvoir passe au préfet et à l’administration, n’est plus entre les mains du juge, c’est un recul de la démocratie (…) C’est une forme de victoire pour les terroristes.

Autre problème : les terroristes s’adaptent à l’état d’urgence ! L’effet immédiate est d’une grande utilité contre les terroristes mais au bout de quelques mois la lame du couteau cesse d’être aiguisée, les terroristes plongent de façon plus profonde dans la clandestinité.

(Twitter) L’Etat laisse faire les attentats pour installer une dictature.

Je ne crois pas avoir déjà écrit cela. Mon titre a été inspiré par le titre du livre de Marc Bloch sur la défaite de 40. Le malheur est produit non pas par la volonté de nuire mais par l’incapacité de bien faire.

La petite musique est qu’on est en train de gagner du terrain en Syrie. L’information qui nous est parvenue est que Daech n’arrive pas plus à recruter que 200 djihadistes par mois. Ils étaient 10 fois plus il y a un an.

C’est la vérité. (…)

Vous parlez de Daech, les médias ont décidé de dire groupe Etat islamique pour signifier que ce n’est pas un Etat. Pourquoi Daech ?

Daech est l’acronyme pour dire Etat islamique du levant et du pays d’entre les deux fleuves sauf que Daech déteste cette terminologie. Daech veut être qualifié de califat. Quelqu’un de distrait qui dirait Daech à Raqa serait liquidé.

(…)

La décision qui n’a pas été prise par le Gouvernement et le ministre de l’Intérieur c’est la remise complète dans la boucle de la gendarmerie qui couvre l’ensemble de la population. Elle n’est pas intégrée de façon organique dans le premier cercle de la communauté du renseignement.

Un mot sur la vente record de sous-marins à l’Australie, est-ce que vous portez vous aussi vos louages ?

C’est le contrat le plus important depuis la vente des mirages à Taiwan, ça fait plus de 25 ans et l’on ne vend pas cela à des dictateurs qui risquent de chuter avant la signature du contrat ! Cela intervient avec une démocratie avec lequel l’on entretient des relations étroites.

Il faut se féliciter que la France soit un champion de la vente d’armes ?

Il faut se féliciter que la France ait su préserver son industrie pour travailler à la sécurité de la planète (…).

Ces armes servent à maintenir l’équilibre des puissances et des forces dans une région stratégique.

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