Le maire de Pau et président du MoDem, qui ne cache pas sa sympathie pour une candidature d'Alain Juppé en 2017, est l'invité de Patrick Cohen.

« C’est un allié le président iranien [en visite en France aujourd'hui], un homme fréquentable ?

L’Iran est un Etat et un pays dont la force le nombre et la puissance oblige qu’on en tienne compte.

A l’intérieur de l’Iran, le président semble être de ceux qui poussent à la normalisation des rapports et à un équilibre qui ne soit pas soumis au religieux. Je pense qu’il est utile de lui parler .

Les crispations des opinions publiques sur les réfugiés : le Danemark réforme du droit d’asile, il a adopté à la majorité une réforme qui prévoit de confisquer une partie des biens des réfugiés. Où sont les valeurs humanistes que vous défendez ?

Il est naturel qu’on ait à l’égard des réfugiés une attitude résolument constructive. Une aide pour les pays d’où ils viennent.

Aucun pays ne peut accepter d’avoir des vagues de réfugiés sur son sol sans accepter de les réguler.

Dès l’instant que vous êtes devant des vagues, il y a des déstabilisations des sociétés.

Je ne porte pas de jugement négatif sur les dirigeants qui essaient de faire qu’on créée cet équilibre.

Pour qu’il y a ait régulation il faut qu’il y ait identification, il faut faire en sorte qu’il n’y ait pas d’avantages qui apparaissent excessifs pour les personnes qui vivent sur ce sol.

Il faut une prise de conscience des pays européens, il y a des pays, le Benelux, le Luxembourg, qui sont en train de bâtir une charte des droits et des avantages que les réfugiés peuvent avoir partout.

Je suis un partisan de la régulation et de la création de règles qui s’appliqueront partout sur le sol européen. »

Hier le mouvement de grève a été assez suivi des enseignants. Quel regard sur cette opposition ?

La réforme du collège est un affront d’une certaine idée qu’elle s’est faite de son éducation.

Elle créée des privilégiés.

C’est une atteinte profonde aux idéaux qui sont ceux des éducateurs.

Pourquoi dites-vous des privilégiés ?

Les humanités classiques […] sont rayées d’un trait de plume.

Prenez cette affaire de la suppression des classes bilangues et que je n’aurais pas crue si je ne l’avais pas lue plusieurs fois : le ministère a décidé que les classes bilangues seront conservées à 100% à Paris, pour les leurs, et supprimées partout ailleurs en France .

Est-ce que vous mesurez ce que ça veut dire ? Qu’un gouvernement de gauche installe un privilège de résidence, parce qu’on est dans la bonne ville, c’est un deuxième affront apporté . C’est le contraire de ce dont on a rêvé pour l’éducation nationale.

Je considère cela comme insupportable.

Imaginons. Vous êtes ministère de l’éducation, vous vous retrouvez sur un plateau télé, un de vos interlocuteurs vous explique qu’il refuse de serrer la main d’une femme, vous l’ignorez ?

Je crois que je ne l’aurais pas accepté mais je ne veux pas jeter la pierre dans cette affaire-là. Peut-être Madame Vallaud-Belkacem a-t-elle été déstabilisée personnellement.

(Auditeur) Vous vous rangez derrière Alain Juppé, pourquoi vous ne vous positionné pas en tant que candidat à la présidentielle ? Le centre emblématique est-il mort ?

« Vous vous rangez derrière Alain Juppé », cette formule n’est pas la mienne. J’ai dit que si Alain Juppé était choisi, je l’aiderais, en essayant de faire prendre en compte des visions, qui, je pense sont absolument nécessaires. Je pense que ça a de la signification dans un moment où c’est chacun pour soi et tous contre tous.

Dans le débat, tout le monde dit la même chose, sur les sujets économiques et sociaux. Les phrases de Macron ne seraient pas niées par la droite.

Il y a un brouillage généralisé et pourtant personne n’est capable de s’entendre.

Moi je suis prêt à travailler avec une personne qui n’est pas de mon parti, je trouve que ça a du sens car Alain Juppé a choisi une attitude plus rassembleuse . L’effort que je fais de dire : « j’aiderais » est une manière d’apporter du désintéressement dans un jeu politique qui est marqué par beaucoup d’égoïsme.

(Patrick Cohen) J’entends que vous souscrivez à une volonté de recomposition politique, que les Echos a prêté à Alain Juppé.

Pour moi la recomposition politique est une nécessité , elle aurait dû intervenir depuis très longtemps.

Vous vous souvenez de 2002 ? Quand 80% des Français ont voté pour Jacques Chirac, je lui ai dit qu’il fallait faire un Gouvernement d’union nationale. On s’est fâchés.

Je trouve que ça a été une occasion manquée formidable.

Si vous comparez la situation de la France en 2002 : rien n’a pu bouger.

Ce que défend Nicolas Sarkozy dans son livre, c’est le contraire : tous ceux qui recherchent le consensus sont des mous.

Il faut changer la pratique politique et je m’y emploierai.

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Un mot du débat publique en cours avec une question d’auditrice qui vous demande êtes-vous pour ou contre la déchéance de nationalité pour les binationaux ?

Ça devient incompréhensible. Je n’ai pas été choqué lorsque j’ai entendu le Président de la République dire qu’on prendrait cette mesure. J’ai trouvé qu’un pays qui dit : chez nous on ne peut pas faire n’importe quoi, c’est un pays qui se tient.

J’ai vu que l’émotion était grande chez les Français qui avaient deux nationalités, qui avaient l’impression d’être mis de côté.Il est nécessaire de dire qu’ils ne sont visés en rien . Il n’y a que la condamnation de terrorisme qui est visée.

Vous qui voulez rassembler les camps, on en sort comment ?

Nous sommes à quelques minutes du Conseil des ministres et il paraît que le texte n’était pas arrêté. C’est tellement sibyllin que je ne comprends plus où on en est.

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(Auditeur) Votre groupe au Parlement européen a voté la fin des quotas laitiers en 2008, aujourd’hui on est dans un écœurement complet, on ne gagne plus notre vie. Comment on peut prendre des décisions au niveau européen et après on voit ce que ça donne au niveau local : il n’y a plus de régulation. On se fait la guerre entre pays et même entre régions. Je suis un pro-européen mais c’est l’écœurement total. Les décisions prise en très haut lieu se répercutent sur les très petits.

Je me suis toujours opposé à la fin des quotas laitiers . Je pensais que c’était un moyen de sauvegarder l’avenir des exploitations qui allaient être soumises à des critères d’écrasement.

Je me sens solidaire du monde agricole.J’ai été producteur laitier pendant 10 ans à la mort de mon père, je sais de quoi il s’agit.

Je ne crois pas au modèle agricole ultra-libéral , il est temps de rappeler qu’une politique agricole au niveau de l’Etat a deux buts : l’alimentation et qu’on sauvegarde un tissu d’exploitation suffisant pour que la culture du monde agricole subsiste dans notre société.

Ne regarder qu’au plus bas prix c’est une catastrophe. On a remplacé par des aides à la fiscalité les revenus qui auraient dû venir des prix.

Je ne me reconnais pas dans ce modèle.

(Twitter) Voulez-vous des règles européennes pour le droit du travail ?

Je crois qu’on se trompe.

Nous défendons l’idée que lorsqu’un travailleur travaille dans un pays, il doit assumer les mêmes charges sociales sur le travail sinon vous créez un déséquilibre des charges au profit des travailleurs qui viennent d’autres pays.

A l’intérieur du noyau dur de l’Union européenne, il faut les mêmes règles.

Vous êtes jadis venu avec un code du travail dont vous aviez pesé le poids important, vous saluez l’effort de simplification engagé ?

Quand la mission Badinter a été annoncée, j’ai cru qu’il s’agissait de réécrire le code.

Badinter a rappelé hier que ce n’était pas la tâche qu’on lui a demandée : cela ne change rien au code, il l’a fait à droit constant.

Le code du travail est illisible. 1960 pages et 2 kilos. On prend le pari ? Demain matin Patrick Cohen dira la controverse qui nous oppose, sur le poids du code, sans la jurisprudence.

Ceux qui attendaient une lisibilité du texte sont déçus , je crois que Badinter aussi était déçu.

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