L'ancien envoyé spécial de l'Élysée pour la protection de la planète a terminé sa mission après la COP21. Quels sont ses projets, a-t-il des ambitions politiques? Nicolas Hulot est l'invité de Patrick Cohen.

Le départ de Christiane Taubira vous touche-t-il ?

Il ne m’indiffère pas. J’ai beaucoup de respect pour Christiane Taubira. C’est un évènement politique qu’elle seule peut commenter. Cette femme est très appréciée de la jeunesse. Je vois que sur les réseaux sociaux son action est saluée.

Est-ce que vous vous reconnaissez dans son caractère, quand elle dit : « mon seul patron c’est ma conscience » ?

Le seul problème de la politique c’est qu’on préfère la consigne à la conscience .

Mais ça permet de travailler dans un Gouvernement.

Je ne comprends pas qu’on en fasse tout en plat et je ne suis pas certain que ce soit l’urgence de l’urgence.

À quelle condition pourriez-vous éventuellement faire partie d’une équipe ? L’abandon de Notre-Dame-Des-Landes ?

Je ne pense pas qu’un homme ou une femme puisse engager un chantier s’il n’y a pas une vision partagée à Matignon, à Bercy. Il faut se mettre d’accord sur le prochain traité transatlantique avec les États-Unis. Qu’est-ce qu’on va faire avec Notre Dame des Landes ?

Le projet était cohérent à la fin des années 1970 et l’était sans doute à la fin du siècle dernier. Il ne l’est plus.

Avant de sacrifier des terres arables, il faut être certain du bénéfice.

Sur ce sujet, un référendum local aurait été le bon moyen de sortir par le haut.

Ce n’est pas trop tard ?

La justice a tranché, va-t-on me dire, mais devant de telles oppositions, on pourrait plutôt optimiser les plateformes existant en Bretagne.

Est-ce que le pétrole pas cher ne vous prive pas d’un argument, comment accélérer la transition énergétique ?

On se pose cette question au lieu de se poser la question de basculer vers une économie a-carbone. Il faut introduire une taxe carbone, le risque carbone dans le secteur privé.

Pour moi c’est une aubaine, j’aurais aimé qu’à un mois de la COP21 on étudie le contexte actuel, il n’est pas exclu que le baril franchisse la barre des 20 dollars.

Tant qu’on donne un avantage fiscal à l’énergie fossile, on ne pourra pas développer à grande échelle les énergies renouvelables.

Peut-on agir à l’échelle d’un seul pays ?

On peut difficilement agir seul. On peut montrer l’exemple : la France réévalue sa taxe carbone depuis trois ans.

Sur le financement innovant, j’ai été à l’origine à la mise en place par certains états d’une taxe sur les transactions financières.

On a besoin de l’Europe mais son mode de fonctionnement est compliqué : certains pays peuvent s’allier pour montrer l’exemple. […]

Le Président m’a toujours laissé ma liberté de parole et je l’en remercie.

Vous avez sans doute lu la tribune de Jean-Paul Besset dans Libération , dénonçant des caprices de star, des coups tordus, vous auriez pu signer tout ça ?

Je me demande si "écologie politique" n’est pas une forme d’oxymore . L’écologie, pour moi, est supra-politique. Si l’écologie est politique c’est parce que les grandes formations politiques ont déserté ce sujet.

Quand on autorise une famille d’insecticides, les néonicotinoides, dont on sait qu’ils ont des risques sur le système nerveux des enfants…

EELV a une chef, Emmanuelle Cosse, qui pense toujours à vous pour une candidature présidentielle ?

Je suis toujours étonné qu’il y ait tant de gens qui soient président de la République. Je me dis soit les gens ont une très haute idée d’eux-même soit ils sous-estiment le job .

Je fonctionne par étapes. Je ferme demain ma mission pour le Président. Je prends du recul et je vois où je peux être le plus utile.

Attention à ne pas céder au mauvais sentiment d’égo de trop. Attention à ne pas confondre capital de sympathie et capital de compétences.

Certains de vos collègues climatologues affirment qu’il faudrait le nucléaire pour sauver le climat ?

Ce n’est pas un climatosceptique.

Il n’est pas le seul à avoir cet argument. Je ne le partage pas pour deux raisons : pour lutter contre le changement climatique avec le nucléaire il faudrait construire une centrale nucléaire tous les trois jours. Les technologies en matière d’énergie renouvelables ont fait des bons spectaculaires, elles pourront progressivement se substituer aux énergies fossiles.

Si on attend que l’Afrique soit totalement reliée par des réseaux électriques, on y sera encore dans 40 ans.

Les énergies renouvelables permettent de mettre les énergies riches ou pauvres en situation d’autonomie.

(Twitter) Beaucoup d’internautes essaient de vous pousser un peu. «Résister c’est parfois revenir »

S’il y a des initiatives à prendre il faut être inventif. On sent bien que les gens en ont marre des codes partisans. Nous sommes dans une telle situation de gravité qu’on aura forcément besoin d’un gouvernement d’union nationale . On est dans un monde d’une extraordinaire violence.

Comme disent mes amis africains il n’y a jamais d’urgence il n’y a que des gens pressés.

(Auditeur) Est-ce que vous êtes conscient que vous êtes une des rares personnes qui a une pensée globale, macro-économique et une pensée applicable au niveau local avec des circuits courts ? Le problème actuel dans la classe politique est que beaucoup d’élus ne maîtrisent pas des concepts globaux .

Il n’y a pas une pénurie de visionnaires, il y a des Français qui sont sceptiques sur les capacités de la classe politique qui n’a pas réinitialisé ses paramètres.

La bonne nouvelle est que dans le tissu associatif il n’y a des gens qui n’attendent qu’une chose : agir, créer.

Comment peut-on faire émerge quelque chose en échappant aux querelles d’ego, à ce que le pouvoir peut secréter ? C’est la question.

Le changement est déjà en marche, chez les individus, dans les PME, dans les TPE, comment libérer de l’espace.

(Thomas Legrand) Est-ce que la voie d’une primaire est envisageable ?

La réponse est non.

Si vous vous présentez à une présidentielle ce ne sera pas dans une primaire ?

Parce que l’enjeu que je porte est supra-politique . Pour moi il n’y aura pas un protocole de gauche et un protocole de droite.

(Patrick Cohen) Le cadre de la primaire ne permet pas de dépasser ces cadres ?

Mais je ne suis pas encore dans ce processus-là.

(Auditeur) Serez-vous présent sur la manifestation à Marseille contreles boues rouges ?

Je ne serai pas là mais ceux qui participent ont mon soutien.

La pollution due à la fabrication de l’aluminium, où l’on va déverser les boues rouges qui sont le résultat du processus, quand on sait l’état de la Méditerranée, s’accommoder de ça, ce n’est pas compatible avec les déclarations que certains peuvent avoir.

(Auditeur) Je suis herboriste, il n’existe pas de loi sur les arbres, il faut qu’il devienne un sujet de droit.

Écoutons-le.

Si on veut gagner la bataille médiatique il faudra aussi se concentrer sur la restauration des écosystèmes .

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