Le fondateur et PDG de BlaBlaCar est un des chefs d'entreprise qui aura marqué 2015. Cette start-up fondée en 2006 est devenue le leader mondial du covoiturage longue distance et se valorise désormais à plus d'un milliard de dollars.

"Notre vrai concurrent ce sont les voitures vides"

Vous avez réinventé l’auto-stop ?

On l’a fiabilisé.

La crise économique qu’on vit ne vous a pas bien aidé ?

La rationalisation de nos moyens n’est pas dépendante de crises, c’est du bon sens. Les technologies nous aident à mieux partager nos ressources.

Est-il juste que le covoiturage ne soit pas imposable ?

Oui car c’est un partage des frais. Les places sont proposées à environ 6 centimes par passager par kilomètre. En France on a le barème fiscal, entre 40 et 60 centimes du kilomètre par véhicule. Donc vous êtes 2 à 3 fois en dessous du barème fiscal.

Il n’y a pas de salariés déguisés chez vous ?

Non, c’est sûr.

Décrivez-nous le développement de l’économie du partage dans les 10 prochaines années.

Je préfère dire partage collaboratif, c’est un partage des ressources et une optimisation des moyens. Ce qui est en train de se développer ce sont des nouvelles interactions sociales : avec le covoiturage, on se retrouve avec des interactions différentes entre les personnes. Ce sont des interactions éphémères.

Vous avez réussi une levée de fonds de 200 millions de dollars en septembre, comment avez-vous procédé ?

Vous avez un bel historique de croissance, une marque, un service très apprécié et vous pouvez montrer que vous avez un potentiel international. Quand vous montrez ce potentiel, vous attirez les investisseurs.

Qu’est-ce qui pourrait fragiliser le développement d’une entreprise comme Blablacar ?

Tout va très très vite dans le digital, des nouveaux acteurs pourraient apparaître. Il faut rester au courant des dernières technologies partout sur la planète.

Quelle est la composition ?

Ce n’est pas une information publique. Pour partie d’investisseurs, des fondateurs et des employés puisqu’on a partagé le capital avec les salariés.

Quand la classe politique dit il y a des règlementations qui freinent l’entreprenariat en France, que répondez-vous ?

C’est vrai et faux. Comme on est Français, notre manière d’avancer c’est de se plaindre. Mais je pense qu’on a tout pour réussir en France. Moi-même je n’ai pas créé de sociétés à l’étranger. Ce qu’il y a de sûr, c’est que je pense que ce n’est pas plus difficile qu’ailleurs mais comme on se plaint plus qu’ailleurs c’est ce qu’on retient.

Quel est le résultat de l’opération que vous avez lancé « Reviens Léon, on innove à la maison » ?

Plus de 1300 personnes ont postulé pour être recrutées grâce à leur expérience internationale.

Votre grand projet pour 2016 ?

On va continuer notre développement à l’international.

Avec la SNCF c’est la guerre ?

Notre vrai concurrent c’est les voitures vides.

"On a 50 à 80.000 requêtes par minute"

(Auditeur) Les tarifs de l’essence ont baissé le prix du gasoil à moins d’un euro, pourquoi les tarifs n’ont pas été adaptés ?

Ce n’est pas nous qui fixons les prix, ce sont les conducteurs. On suggère un prix qui est autour de 6 centimes du kilomètre.

(Auditeur) Le pourcentage pris par les co-voitureurs est parfois de 20%, c’est élevé.

On a des coûts fixes : envoi des SMS, service client. Sur les touts petits trajets c’est 20% mais c’est maximum 1 euro. Cela diminue en fonction du trajet. Sur un trajet de 20 euros, on demande environ 3 euros.

(Twitter) c’était gratuit à l’origine. C’est irrationnel de faire payer les usagers alors que c’était gratuit.

430 personnes travaillent pour Blablacar. On a 50 à 80 000 requêtes par minutes, il faut être réaliste. Quand on gère des millions de personnes il faut demander une commission pour rémunérer la qualité de service.

(Auditeur) Le problème avec Blablacar est que les prix des bus Macron viennent concurrence le prix moyen pratiqué par Blablacar. La concurrence ne viendra-t-elle pas par les bus plutôt que par la SNCF ?

L’activité est en pleine croissance alors on ne voit pas l’effet des bus. Notre vrai concurrent ne sera jamais les trains ou les bus mais ce seront les voitures vides. On a des dizaines de millions de voitures vides. Quand on entretien une voiture par an ça fait 5 à 6000 euros par ans. [Mis bout à bout] on utilise 10% du PIB pour maintenir nos voitures en état.

(Auditeur) Je prends des gens, pourquoi ne pas partager les frais de Blablacar entre le propriétaire et les usagers ?

C’est un choix car c’est plus difficile d’expliquer les avantages du covoiturage au conducteur qu’au passager. Pour avoir une offre large et que les passagers trouvent tout ce qu’ils cherchent, on a pris le parti que ce soit gratuit pour eux.

(Auditeur) Est-ce qu’il n’est pas sordide de tout monnayer ?

Pour donner il faut qu’il y ait quelqu’un pour recevoir. Nous ce qu’on promeut c’est du partage donc c’est surtout du vivre-ensemble, vivre-ensemble ce n’est pas donner sans recevoir c’est sortir de la transaction en étant clair : on a tous participés. Le don est une autre forme d’interaction sociale mais ce n’est pas celle que nous promouvons.

(Auditeur) Blablacar est-il intéressé pour proposer des services au sein d’une ville ?

Le partage des frais est de 6 centimes du kilomètre donc pour 2 kilomètre ça fait 12 centimes. Vu le partage des frais qu’on opère qui est différent des taxis ou des transports en commun, on ne peut pas avoir un service où les conducteurs seraient à même de proposer des trajets. Les trajets moyens sont de 300 kilomètres.

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