Le général Vincent Desportes, ancien directeur de l'Ecole de guerre, publie La dernière bataille de France (Gallimard), dans lequel il s'inquiète d'une armée dépourvue de moyens face à une recrudescence des conflits et une menace terroriste inédite.

Vos anciens collègues, qui n’ont pas votre liberté de parole, vous ont encouragé à écrire votre livre ?

Pas du tout, mais ce cri d’alarme est porté par ceux qui souffrent et n’ont pas les moyens de le dire. Je dirais que 99% partagent ce point de vue. Ils cherchent à faire au mieux mais savent qu’ils n’en ont plus les moyens. Il faut arrêter de mentir aux Français sur l’état de leur Défense.

L’armée française n’a plus les moyens ?

Depuis 25 ans le budget baisse et les menaces croissent.

Les armées françaises sont surengagées, écartelées entre les différentes missions. Nous arrivons à des résultats techniques intéressants, comme l’opération Serval au Mali, mais nous n’arrivons pas à les transformer en succès stratégiques.

Nous avons 3 500 hommes au Sahel. Ce n’est pas raisonnable.

C’est seulement une question de moyens ?

La majorité des véhicules engagés à Serval avaient deux fois l’âge de leur conducteur. Il y a deux armées françaises, une ultra moderne et une vieillissante. Valls dit nous sommes en guerre alors quand on est en guerre on doit apporter les moyens de faire la guerre.

Les budgets sont réduits en général, celui de l’armée augmente.

Méfions-nous de la crise qui provoque la désorganisation des armées. Souvent, après, il y a la guerre. Ne nous trompons pas, il faut saluer le geste du Président de la république mais qui n’est jamais qu’un frémissement, un petit rattrapage. En particulier sur les effectifs, il ne s’agit jamais de diminuer la diminution. Il faut aller plus loin. Je rappelle que ces engagements engagent surtout le successeur de François Hollande.

Est-ce que nous pouvons gagner la lutte contre l’organisation islamique ?

Il le faut, donnons-nous les moyens. Heureusement que la Russie est rentrée dans le jeu, elle a rebattu les cartes. On commence enfin à voir des moyens de sortie et on commence à penser stratégie.

La Russie est un allié objectif de la défense des Français.

Hollande avait dit "Poutine est un allié de Bachar al-Assad ".

Il faut dans un premier temps de régler le problème de Daech, ensuite on parlera de morale.

(Auditeur) Ne sommes-nous pas victimes de notre succès de vendeur d’armes ?

Il faut constater que l’armée de l’Etat islamique est d’abord armée par des « armes à la main », qu’elle a pris aux Américains lors de combats.

Le principe de l’armée française est qu’elle est autonome, cela suppose une industrie nationale d’armement. Mais elle est obligée d’exporter. C’est ainsi.

Ne faudrait-il pas créer une armée européenne ? Un budget européen ?

Notre horizon doit être une armée européenne. Mais depuis 30 ans nous ne sommes arrivés à rien. Le meilleur exemple est le dispositif « Battle-group 1500 » qui n’a jamais été utilisé. Il ne faut pas se départir de nos moyens de défense.

(Auditeur) Comme au plan économique on ne pourra pas faire, pourquoi ne pas soulager des unités actives avec des unités de réserve ? Des citoyens Français seraient prêts à donner de leur temps.

L’armée de terre s’est lancée dans un grand plan d’augmentation de ses réserves. Les réserves c’est aussi de l’argent. Le bon équilibre à trouver est, in fine, dans l’augmentation des budgets.

Pourquoi pas un service civique militaire ? Le député Yves Fromion a demandé cela. Pourquoi ne pas prendre ces volontaires, les former pendant quelques mois et les déployer pour des missions intérieures !

(Auditeur) En 1941 quand il a fallu s’allier avec Staline, contre le péril supérieur du nazisme, on ne s’est pas posé de questions. Le Général pense-t-il que l’opération sentinelle est pertinente, ne devrait-elle pas être attribuée à la police ?

Autant il était logique que le Président prenne cette décision en janvier, autant aujourd’hui l’opération sentinelle fait peser une charge énorme sur les armées. Cela leur enlève du temps d’entraînement. L’armée n’est pas un stock de vigiles, elle doit venir en complément des forces de police et non en supplétif.

(Twitter) Les auditeurs se disent choqués par votre soutien à Poutine.

Les relations internationales ne sont pas basées sur des rapports moraux mais sur des rapports de force. C’est la loi du plus fort. Le droit international est en train de disparaître. La question n’est pas la moralité de Bachar al-Assad mais la sécurité des Français.

Vous dites que nous allons vers des attentats ?

Les Français doivent être conscients que nous allons vers des attentats majeurs. Les pouvoirs politiques doivent dire aux Français que nous allons vers des attentats de masse. Donc il faut aller tarir le phénomène à la source.

Vous êtes toujours prudent et là vous dites qu’il faut y aller plus fort en Syrie ?

Ma position a changé. Le stratège accepte la réalité. En décembre 2014 ce n’était pas notre problème, l’incapacité américaine à régler le problème a fait que c’est devenu notre problème !

Les invités

L'équipe

Mots-clés:
Nous contacter
  • ICAgICAgICAgICAgPHN2ZyBjbGFzcz0iaWNvbiI+CiAgPHVzZSB4bWxuczp4bGluaz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMTk5OS94bGluayIgeGxpbms6aHJlZj0iI2ljb25fY29udGFjdCI+PC91c2U+Cjwvc3ZnPiAgICAgICAgICAgIENvbnRhY3QKICAgICAgICA=

(ré)écouter Le 7/9 Voir les autres diffusions de l'émission

Edouard Philippe

Jean-Pierre Filiu

Alain Mabanckou