Menus des cantines scolaires, crèches dans les mairies, port du voile... L'actualité de 2015 aura été marquée par des crispations récurrentes autour des questions de laïcité. Régis Debray et Didier Leschi publient La Laïcité au quotidien (Gallimard).

Ce principe de séparation de la société civile et religieuse, vous l’écrivez, c’est un art de vivre et survivre, un choix de civilisation qu’il faut parfois payer au prix du sang. On pense à 2015, c’est ce qui vous a donné envie d’écrire ?

RD : On a voulu fournir une sorte d’aide à la vie quotidienne, concrète. Peu d’abstraction, beaucoup d’exemples pris sur le vif.

En 150 pages vous transcrivez des avis d’experts. Cette pratique de la laïcité ça touche tous les instants de notre vie

DL : on voulait enlever la sécheresse du droit pour mieux comprendre au quotidien la laïcité. Notre rêve à Régis et à moi c’est que des dirigeants d’entreprise ou des enseignants puissent lire certaines chapitres du livre en classe pour savoir comment et pourquoi on est arrivés à telle solution pratique.

Comment avez-vous choisi les titres de chapitres qui donnent des indications ?

RD : on a pris tous les sujets qui fâchent pour les traiter sans se fâcher, de façon impartiale. On avance des solutions parfois insolites pour tirer d’embarras les citoyens.

Un de vos chapitres s’intitule « Blessure » où vous expliquez qu’il existe un droit à la jouissance paisible à la liberté de religion. Une caricature, un film un roman peuvent-ils porter atteinte à ce doit ?

DL : tout l’enjeu est de faire la part entre le droit de chacun et l’idée de vivre ensemble.

RD : une conviction n’est pas un motif d’immunité ni un argument.

Il y a un chapitre très sensible : la lettre C : caricature.

RD : Avec mon ami Plantu on a déjà beaucoup réfléchi sur tout ça. La caricature désacralise le pouvoir politique et permet une prise de distance entre les gouvernés et les gouvernants. Ce n’est pas parce que le blasphème est un droit qu’il faut en faire un devoir.

Toujours cette laïcité avec un chapitre cloches et muezzin. Vous écrivez qu’il pourrait être envisageable d’instaurer une fois par un l’appel du muezzin ?

DL : il faut partir d’un principe : l’égalité de traitement. Il existe des sonneries de cloches. Une manière de marquer une fois par an la présence de l’islam en France ce serait l’appel du muezzin. Dans l’île de la Réunion cela se fait sans que cela ne pose de problèmes.

La laïcité, c’est l’art du compromis ?

DL : il faut faire en sorte que l’espace social ne soit pas imprégné en permanence du religieux.

RD : La laïcité ce n’est pas une croyance c’est un cadre juridique. Nous avons fait ce livre pour simplifier la vie des gens.

Faut-il des jours de congés supplémentaires, en prenant en compte les fêtes ?

DL : On peut tolérer dans le cadre d’une organisation du travail qu’une personne prenne un jour de congé pour des raisons religieuses sans pour autant en faire un cas général.

La déchéance de nationalité pour les binationaux, c’est la polémique en cette fin d’année, quelle est votre opinion ? C’est une bonne idée ?

RD : ce n’est pas une idée effarante. [Mais] je ne voudrais pas qu’il y ait plusieurs catégories de Français, pas de discrimination. Mais en soi, sur le fond des choses, ce n’est pas parce qu’une idée est de droite qu’elle est mauvaise. Surtout pour un gouvernement de centre-droit comme le nôtre.

DL : La nationalité est un attribut civil de la de la personne et seule porteuse de droits.

"Il faut former les imams en France et pas aller les chercher à l'étranger"

(Auditrice) La loi Debré accorde 10 milliards par an aux écoles catholiques. Comment peut-on parler encore de laïcité ?

DL : il existe en France un double système scolaire. C ‘est un compromis ancien qui date de la loi Debré mais qui a un avantage : toutes sont soumises au même programme scolaire. L’ensemble permet un minimum de regard sur l’enseignement.

Dans le chapitre « Imam » vous écrivez : il faut mettre en place un centre de savoir musulman

RD : Il faut former les imams en France et ne pas aller les chercher à l’étranger. Quand vous êtes rabbin ou curé vous avez une qualification, imam c’est auto-proclamé en quelque sorte. Il faut une régulation de la profession d’imam.

(Auditrice) J’en ai assez d’entre nos politiques parler d’Etat laïc quand nous avons des jours fériés pour fêter des fêtes catholiques. Est-ce que des politiques ont déjà imaginé de supprimer tous les jours fériés catholiques ?

DL : Ces jours aujourd’hui estampillés de telle ou telle religion, on les remplacerait donc par d’autres mais en fonction de quoi ?RD : Refaire un calendrier par un coup de plume ça ne porte pas chance. L’Histoire n’est pas notre code mais quand notre code viole l’histoire il y a un retour terrible.

Les crèches de Noel, c’est aussi un chapitre. C’est une tradition plutôt qu’une conviction ?

RD : Les mairies ne sont pas faites pour accueillir des croyants. Nous sommes hostiles aux crèches dans les mairies. Cela incite d’autres confessions religieuses à vouloir occuper le lieu public et la mairie.

DL : Il faut que les élus fassent attention à ce que les élus n’utilisent pas les locaux communs pour des cérémonies à caractère religieux. Je pense aux cérémonies de rupture du jeûne.

Dans le chapitre « La non mixité », vous abordez le cas de l’hôpital.

DL : La mixité n’était pas au départ laïque. L’école au départ n’était pas mixte. Ce n’est pas la même chose. En médecine libérale il y a l’idée qu’on choisit son médecin. On peut aménager les choses afin de ne pas heurter les croyances.

RD : Les Francs-maçons passent pour des laïcs et ils le sont, pour autant ils ne sont pas mixtes.

DL : On a eu des polémiques sur des salles de sport non mixes réservées à des femmes, si le critère de choix est le genre, cela ne pose pas de problème.

(Twitter) pourquoi l’université de théologie de Strasbourg ne pourrait pas former les imams ?

DL : la difficulté est qu’on ne peut pas le faire à la place des responsables musulmans. On rappelle le cadre juridique dont ils peuvent se saisir. Le lieu où le personnel religieux est formé n’est pas anodin sur le discours religieux qu’ils vont porter.

RD : Votre auditeur a tout à fait raison.

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