A la veille d'une journée de mobilisation contre la loi travail, la CFDT réaffirme son accord avec la nouvelle version du texte et ne défilera pas. Son secrétaire général, qui s'interroge sur un syndicalisme "à la croisée des chemins" est l'invité du 7/9.

La loi Myriam El Khomri c’est la loi Berger ?

C’est la loi du Gouvernement. Vous posez la question parce la CFDT a trouvé la première version inacceptable. Nous nous sommes battus pour la faire bouger.

Les autres descendent dans la rue, pas vous.

Il faut s’interroger sur ce que procurerait le retrait : est-ce que cela améliorerait la situation des jeunes ?

L’action que la CFDT va mener c’est auprès des parlementaires. Nous allons leur remettre aujourd’hui un document de 50 pages qui propose des évolutions pour une part technique et pour d’autres : les critères d’appréciation du licenciement économique, nous voulons élargir la période de référence pour mesurer la rentabilité d’une entreprise. Aujourd’hui c’est quatre trimestres, nous voulons aller au-delà, six trimestres, nous voulons un périmètre européen, nous voulons un pouvoir accru des juges, nous voulons aussi encadrer d’avantage les accords sur l’emploi, que ce soient des accords déterminés, qu’il y ait une possibilité de recours à l’expertise pour les délégués syndicaux, et encore tout un tas d’autres mesures sur le compte personnel d’activité .

Un mot résume les craintes de ceux qui vont manifester demain « précarité ». Ils ont tort ?

Ils ont tort car la précarité généralisée aujourd’hui s’appelle chômage .

[…]

La question c’est comment on redonne du souffle ? Il faut d’avantage sécuriser les salariés, c’est le compte personnel d’activité, il faut d’avantage faire monter en qualifications. C’est l’objectif de la garantie jeunes, il faut plus de dialogue social.

On sait tous que les salariés les plus couverts sont les salariés couverts par un accord de branche, là où il y a une présence syndicale . Nous voulons augmenter la présence syndicale dans les entreprises.

C’est un paradoxe que vous défendez, l’idée que les salariés ne sont pas tous uniformément protégés par un code du travail uniforme.

Ce qui est prévu c’est un code du travail qui reste tel qu’il est, s’il n’y a pas de négociations en entreprises.

Il faut donner de l’espace à la négociation collective dans les entreprises.

Vous nous dites que pour créer de l’emploi il faut de la flexibilité ?

Cette loi n’a pas pour vocation première de créer de l’emploi de façon instantanée.

La flexibilité aujourd’hui par les entreprises c’est le chômage, c’est les CDD successifs.

Est-ce que vous pourriez aboutir à une bonne réforme ?

On s’y emploie. Depuis la sortie de ce texte, jusqu’à son vote final.

Carlos Tavarès, son salaire de 5,2 millions d’euros l’an dernier, c’est la rémunération de réussite à dit Pierre Gattaz hier.

C’est indécent, illégitime. Je ne conteste pas le redressement de PSA mais c’est aussi dû aux salariés, ils ont eu 1600 euros d’intéressement l’an dernier, ce n’est pas le doublement de leur salaire.

C’est plus la hausse que l’écart qui vous gêne ?

C’est le doublement qui n’est pas acceptable, c’est le niveau même su salaire qui n’est pas acceptable.

J’ai l’exemple d’Eramet, une entreprise dans la métallurgie, le patron s’est augmenté de 44%. Ça met à mal à cohésion sociale.

Passé ce constat on fait quoi ?

Je rêve qu’il y ait de la décence des uns et des autres. Personne ne les oblige à accepter l’argent.

Il faudrait la présence des représentants de salariés dans les comités de rémunération.

"En ce moment, je rêve d'une mobilisation dans la rue pour les réfugiés"

(Auditeur) Combien étaient-ils le 12 mars à manifester ? Le référendum d’entreprise, j’ai l’impression que la CFDT est contre la démocratie représentative, c’est affaiblir le poids des syndicats, dès qu’ils sont minoritaires, on passe au-dessus .

On était quelques milliers au niveau national. Le syndicalisme doit se mobiliser dans la rue mais aussi pour faire valoir ses propositions. Sur les rassemblements militants de la CDFT on n’a jamais dit que ce serait une rupture de l’intersyndicale.

Sur le référendum d’entreprise, elle a porté les accords majoritaires.

Je crois à la démocratie représentative mais je crois aussi qu’elle doit s’articuler avec la démocratie participative . […] Aller écouter les salariés de temps en temps, c’est une bonne chose pour les syndicalistes.

(Auditeur) La hiérarchie des normes c’est l’essentiel sur lequel toutes les PME doivent s’accrocher sinon on va vers le moins disant social .

C’est la démonstration qu’aujourd’hui des patrons essaient de faire du moins par rapport à ce qu’il y a dans le code du travail.

(Auditeur) Pourquoi vous vous acharnez à vouloir faire 23% d’économie avec les intermittents du spectacle alors qu’ils ne représentent que 4% des dépenses actuelles ?

Les intermittents méritent une protection particulière.

Il y a deux problèmes dans ce secteur : on organise la précarité avec le système des indemnités chômage. L’idée c’est de continuer à proroger les annexes 8 et 10 et de demander à l’Etat de participer plus au financement de la politique culturelle.

(Bruce de Galzain) Est-ce qu’aujourd’hui c’est la mobilisation dans la rue qui fait changer la donne ou c’est la négociation qui compte ?

La rue peut permettre d’obtenir des avancées mais la négociation sociale permet d’en obtenir aussi. Sur cette version initiale de la loi El Khomri.

Mon souci quotidien c’est l’utilité.

Il y a un syndicalisme bashing incroyable, nous devons faire la preuve de notre utilité auprès des salariés.

En ce moment, je rêve d’une mobilisation dans la rue pour les réfugiés , sur l’accord entre l’Europe et la Turquie qui a fait qu’on a mis nos valeurs sous le tapis avec un régime totalitaire qui assassine des journalistes, qui assassine des journalistes, simplement parce qu’on ne voulait pas se salir les mains.

Je souhaite qu’au niveau européen les syndicalistes se mobilisent sur ce sujet.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.
Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. © Xavier de Torres/Maxppp
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