Humoriste devenu célèbre pour son rôle dans Bref sur Canal plus, Kheiron réalise un long-métrage - Nous trois ou rien (sortie 4 novembre), - dans lequel il retrace l'histoire de sa famille ayant fui l'Iran pour la France, à Stains (93) où il a grandi.

Votre histoire est grave mais vous avez choisi l’humour. Pourquoi ?

La première raison c’est que je ne pense pas que donner une information avec humour enlève la portée de cette information. Avec l’humour le message passe mieux. Ensuite les gens qui ont vécu des choses dramatiques sont les premiers à en rire. Mes parents m’ont élevé dans l’humour. C’est une nécessité. Mon père [résistant] me disait que s’il n’arrivait pas à en rire, il n’aurait pas pu résister.

Dans quelles conditions vous avez fui l’Iran ?

Mon père faisait partie des meneurs de la révolution contre le Shah d’Iran. Ils ont eu un espoir avec Khomeini. Mais leur espoir va être vite douché. Alors le parti les a fait partir. Pas pour qu’ils aient la belle, pour mieux les faire résister.

On a fui dans les pires conditions à travers les montagnes Noires.

Vous avez grandi en France, est-ce que vous sentez encore vos racines iraniennes ?

Je parle persan avec mes parents. Je suis très poli, je dois être la personne qui connaît le moins de gros mots, car je ne parle qu’avec deux personnes : mes parents. J’ai grandi sur un tapis persan.

L’identité c’est la question de la seconde partie du film. Vos parents s’intègrent vite. Est-ce que ce serait encore possible aujourd’hui ?

Leur intégration était heureuse mais pas facile. Ils n’avaient même pas l’alphabet en tête. Ils ont rencontré des difficultés qu’ils n’avaient pas en Iran. Ils n’avaient jamais vu cette notion de violence gratuite. En France, il n’y avait pas le shah mais il y avait l’illettrisme, le manque de solidarité.

La manière dont les femmes sont intégrées, en France, avait choqué ma mère, très vite.

Votre père était médiateur, vous éducateur. Vous aviez un sentiment de redevance ?

Mon père est un rêveur. Il voit le bon en chacun, s’il a 99% de désaccord avec quelqu’un il va utiliser le 1% d’accord comme un pont. J’ai été éducateur car la fibre sociale de mes parents m’a touché sans m’en rendre compte.

Parfois l’exil efface les mémoires

Également invité, Pouria Amirshahi, député PS d'origine iranienne.

L’immigration heureuse, pourquoi on n’entend pas assez, la faute à qui ?

Pouria Amirshahi : À cause de la lâcheté des gouvernements. La France est d’abord une République métissée. On n’a pas grandi dans un environnement monocolore. Les immigrés sont dans la police, la justice, à la radio aussi sans doute. Je vois une certaine évolution positive. Je vois que la France avance mais il faut que tout le monde soit respecté.

Vous considérez que c’est le rôle du cinéma de faire passer ce genre de message ?

Kheiron : Non je pense que le job d’un cinéaste est de raconter d’une histoire. Moi il se trouve que cette histoire m’a touché : « tous différents, tous égaux ». Une phrase dans le film définit ma vision de l’immigration « vous avez notre histoire, on a la nôtre, nous allons en écrire une nouvelle ensemble »

Qui vous inspire dans la culture iranienne ?

J’adore la gastronomie iranienne, j’ai un tapis persan. Ça se limite à ça car je ne suis jamais allé en Iran. Je me suis promis que j’irai mais avec mes parents ou mes enfants quand j’en aurai. Il ne faut pas que j’y aille seul.

Vous y êtes retourné ?Kheiron : Je suis retourné en Iran en 2005, à une période qu’on appelait d’assouplissement.

Pouria Amirshahi : Ceux qui sont issus de l’immigration, faites comme Kheiron, faites écrire l’histoire, demandez à vos parents ce qui fait que vous êtes là. Après ça se perd. Parfois l’exil efface les mémoires.

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