Patrick Cohen, en direct d’Istanbul, à deux pas de cette place Taksim, cœur battant des manifestations en Turquie depuis 10 jours…

C’est un choc. Même si on en a vu quelques images à la télé… c’est un choc de découvrir cette foule immense, compacte, joyeuse, occupant le milieu de la ville, à perte de vue.

Avec des drapeaux par dizaines, fanions, banderoles accrochées sur les façades… et partout la figure de Mustafa Kemal, le père de la nation.

C’est aussi une foule qui trinque, une canette à la main… des bières et encore des bières pour narguer ce premier ministre qui veut en interdire la vente le soir, et traite les buveurs de Taksim d’alcooliques et de vandales.

Mais c’est plutôt la bourgeoisie qui occupe la place, ces Turcs blancs, qui sont la part la plus occidentalisée du pays : hier dimanche, les élégantes étaient de sortie : sandales à semelles compensées, jeans déchirés, lunettes de soleil.

Ne cherchez pas de voile, ici vous n’en trouverez pas. Pas plus que de policiers, nous sommes dans une ville autogérée, dans la République libre de Taksim. Seulement deux flics débonnaires pour dévier la circulation, en contrebas d’une des barricades faîtes de pavés, fers à bétons, caillebotis… tout le matériel de chantier, avec les tractopelles… qui devaient bétonner le seul espace vert du centre d’Istanbul et en faire une galerie marchande.

Un peu plus haut… vestiges des affrontements d’il y a 10 jours, un bus calciné, une voiture de police sur le toit, devant lesquels il est de bon ton de se faire photographier.

Mais au-delà des photos, de la kermesse géante qui vire au défouloir politique et générationnel, comment va tourner cette épreuve de force ? Sur quoi peu déboucher ce printemps turc, impressionnant, inédit depuis l’arrivée des islamistes au pouvoir il y a 10 ans ?

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