Des disparus qui ne disparaissent pas et qui vont nous hanter encore longtemps.

Pardon pour ces pensées toujours sombres, alors que le moment approche de tourner la page de 2015. Mais ce changement d’année n’effacera pas le souvenir de ceux qui ne sont plus là.

Ceux qu’on connaissait, ceux de Charlie qui nous manquent terriblement… et tous ceux qu’on ne connaissait pas. Ces amis d’amis morts le 13 novembre.

Nous serions ainsi quelque 7 millions à avoir perdu ce jour-là des « amis d’amis », des copains de relations, des « copains des enfants ». Oui 7 millions, 3 fois la population parisienne, plus de 1 Français sur 10, estimation livrée à Rue 89 par un chercheur, Camille Roth, qui travaille sur la dynamique des réseaux.

Certains de ces disparus du 13 novembre nous sont devenus familiers, portraits du journal Le Monde lus et relus, travail formidable, on aurait aimé en citer quelques extraits, ce serait injuste pour les autres.

Depuis un mois, on croit chaque jour avoir l’humeur de passer à autre chose. Et non, rien à faire, ça ne passe pas.

Parce qu’une info, une photo nous y ramène, parce que le moindre détail continue de nous bouleverser.

Ce matin, c’est le patron de l’Identité judiciaire qui témoigne devant Stéphane Durand-Souffland du Figaro .

Il s’appelle Xavier Espinasse, il est le 16ème successeur d’Alphonse Bertillon… et à 54 ans, ce commissaire divisionnaire est à la Préfecture de police de Paris, le plus ancien dans le grade le plus élevé. Autant dire que des cadavres, il en a vu quelques-uns dans sa carrière… Dans la nuit du 13 novembre, le commissaire Espinasse, vêtu de sa combinaison blanche, pénètre dans la salle du Bataclan et se poste en plein milieu. « Je m’accroupis » raconte-t-il « et je commence à compter les morts. Je m’arrête à 60 avec la pleine conscience que ce n’est pas fini. Je me souviens de tous, de ces jeunes hommes qui avaient de bonnes bouilles, portaient souvent des lunettes, des barbes et se ressemblaient. Et des femmes, notamment de l’une d’elles, allongée comme dans la position d’une danseuse avec des yeux magnifiques, grands ouverts. Avant l’intervention de mes équipes, j’ai eu besoin de prendre quelques minutes pour aller visiter chaque victime, comme si je le devais à leur famille. J’étais au milieu de mes frères morts. »

Extrait « Requiem pour n’importe qui » par Serge Reggiani.

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