Il est sorti il y a quelques mois, après avoir passé plus de deux ans dans la cocotte minute de Fresnes

Anne Dulioust, médecin de l'hôpital de la prison de Fresnes annonce le noms des suicidés en prison (décembre 2014)
Anne Dulioust, médecin de l'hôpital de la prison de Fresnes annonce le noms des suicidés en prison (décembre 2014) © Maxppp / Xavier de Torres

Cet ancien détenu, qui souhaite rester anonyme, raconte l'insalubrité, la promiscuité, et le manque de moyens qui laisse régner "la loi de la jungle" :

"J'ai fait pas mal de cellules, huit sur dix n'avaient pas de portes aux toilettes. Pour moi c'est pas humain, on respecte pas la dignité des gens, en plus les odeurs...

Certains détenus avaient leur cellule infestée de punaises, on les voyait dans la cour de promenade avec des boutons partout qui les démangeaient. Et pour d'autres cellules, quand les sanitaires sont cassés, qu'on peut pas faire couler de l'eau sans que la cellule soit inondée...

Trois ou quatre en cellule

Pour les procédures correctionnelles, systématiquement il y a trois personnes dans la cellule, ça peut arriver qu'ils mettent un matelas au sol et qu'il y en ait quatre. Et au niveau des procédures criminelles, là où la loi dit qu'on doit être seul en cellule, on est deux, par moment on était à trois, mais quand je dis par moment ça peut durer six mois. On est les uns sur les autres, et donc quand on est à trois y en a un qui doit rester au lit, sinon à trois en bas on peut pas bouger.

Plusieurs personnes qui ont fait des délits ou des crimes différents, ou (à qui) on reproche des crimes ou des délits différents, mélangés ensemble dans ces conditions de promiscuité, forcément ça ne peut créer qu'une cocotte minute. Et les surveillants ne peuvent pas pallier à tous ces problèmes, qu'ils subissent aussi, ils subissent aussi le fait de voir des rats tous les jours, de sentir des odeurs nauséabondes...

La nuit, des détenus livrés à eux-mêmes

La nuit c'est infernal parce qu'on entend des cris, que ce soit des cris parce qu'il y a des réglements de compte entre personnes, parce que les gens ont des crises de nerfs... Il y en a beaucoup à Fresnes qui devraient être en milieu psychiatrique. Il n'y a plus qu'un surveillant par étage, le fait est qu'on est livrés à nous-mêmes entre sept heures du soir et sept du matin - pendant douze heures. C'est la loi de la jungle on va pas se cacher, la loi du plus fort. Pour échapper à la jungle, certains détenus s'automutilent en disant qu'ils vont se suicider, pour qu'on les mette en unité psychiatrique où les conditions de détention sont plus humaines. Quand on sort de là, on peut pas demander à ce que les gens se réinsèrent normalement, quand ils ont vécu comme des animaux pendant plusieurs mois ou plusieurs années."

Un témoignage recueilli par Sara Ghibaudo

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