Abbas, le grand photographe français d'origine iranienne, est mort hier à l'âge de 74 ans.

Regardez dans Libération ce matin la double page d'hommage qui lui est consacrée et la puissance de ses images en noir et blanc. 

C'est parce que le monde est en couleur que je photographie en noir et blanc.

disait souvent Abbas.

Alors, tout montrer ou pas ? Ecoutez-le évoquer avec une grande clarté ce débat sur les enjeux moraux de la photo, notamment la photographie de guerre.

Abbas : "Le photographe peut-il tout montrer ? Parce qu'il y a une responsabilité personnelle : ce n'est pas la photo, c'est le photographe... Moi, je dis  : « non, le photographe ne peut pas tout montrer ». 

Mes limites morales, je les impose uniquement pour moi-même. J'estime que le photographe ne peut pas tout montrer pour une raison très simple : je n'aimerais pas qu'on me fasse à moi ce que moi je fais aux autres. J'estime que tout ce qui est public, j'ai tous les droits, vraiment tous les droits, même si ensuite je décide de ne pas montrer la photo. Par contre, tout ce qui est du domaine privé, je n'ai aucun droit à moins d'y être invité. 

_Si on n'est pas prêt à photographier des corps décapités, il ne faut pas aller à la guerre_. Il faut choisir. Mais à partir du moment où on est là, c'est un lieu public, on a le droit de faire les photos - on a le devoir de faire les photos. Sur un terrain de guerre, on est photographe - enfin moi je suis photographe. Je ne suis pas infirmier, pas ONG, je suis là pour faire des photos, pour témoigner avec mes photos. Donc si ma photo n'est pas bonne, si elle est floue parce que j'ai pleuré à en trembler, ce n'est pas une bonne photo.

Nous aussi nous avons des problèmes moraux. J'ai photographié des enfants qui était littéralement en train de mourir de faim, en Ethiopie en 1973. Je me baissais, je cadrais la photo, je voulais qu'elle soit bonne, qu'elle soit la plus puissante possible. Ça ne veut pas dire que je ne ressens rien. Au contraire, je ressens peut-être plus parce que je suis impliqué dans ce cas-là. Mais cette émotion, je la mets derrière une espèce de rideau émotionnel, elle reste à l'intérieur... et puis ensuite elle explose pendant des années, dans des rêves, comme des bombes à retardement."

La voix du photographe Abbas, homme à lire dans Libération sous la plume de Clémentine Mercier.

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