À l'occasion de cette journée spéciale que France Inter consacre à la sauvegarde de la culture en temps de crise, Alex Vizorek a reçu une lettre de La Culture elle-même qu'il a tenu à nous lire comme pour lui rendre hommage.

La Grande Motte, le 5 mai 2020

Je vous entends déjà rire, pourquoi la culture confine-t-elle ici ?

La culture c’est à PARIS ! Et bien non, la culture, est là ou il y a des gens, comme ici, à La Grande Motte, dans mon petit appartement humble de ces immeubles en forme de pyramides créés par l’architecte Jean Balladur dans les années 60. Il était le cousin d’Edouard.

Vous ne le saviez pas ? C’est ça la culture. Apprendre, toujours.

D’ici, j’observe ce que vous faites de moi… Grâce à ma connexion wi-fi.

Les artistes sont mignons comme des hamsters dans en cage… J’aime les voir régler maladroitement leurs webcams, pour pouvoir nous jouer un nouveau morceau, nous faire une blague, nous proposer une chorégraphie.

Tous, des Rollings Stones, aux Balladins des Trois Coups… troupe de théâtre amateurs de Conflant Saint Honorine, de Franck Dubosc au Ballet de l’Opéra National de Bordeaux, vous en êtes tous réduits à inventer, pour le pire souvent, mais aussi pour le…pire encore, un artiste n’est pas fait pour s’exprimer mal pixelisé en format portrait pour Instagram, mais qu’importe, c’est ça la culture, créer, toujours.

D’ailleurs, je me rejouis d’une chose. Pour une fois. Peut-être pour la première fois. Vous êtes tous d’accords. Vous vivez la même chose, pas de public et de privé, pas de subventionné non subventionné, pas de IN, pas de OFF, pas de professionnel ou amateur.

Oh, dès la reprise les querelles reprendront, les souffrances ne seront pas les mêmes, mais pour l’instant Olivier Py est d’accord avec Les Chevaliers du Fiel pour pleurer Avignon,

Anne Téresa de Kersamacker à les mêmes envies que la dernière des danseuses de pole danse, reprendre la barre,

Patrick Modiano est d’accord avec Lorant Deutsch pour rouvrir les librairies, 

Le Palais de Tokyo fait autant de visiteur que le musée Grevin,

La Philarmonie de Paris, comme le Café-Théâtre de la Fontaine d’argent à Aix, sont dans l’impossibilité de vous proposer leurs spectacle du mois de juin… et c’est bien dommage, dans l’un on recevait l’ensemble vocal de Stuttgart et dans l’autre on y attendait le nouveau spectacle d’Alex Vizorek !

Ca vous fait du bien à tous de savoir que vous êtes sur le même bateau, c’est ça la culture, bâtir des ponts, toujours.

Pour parler d’Alex Vizorek, qui est quelqu’un que je connais très bien. Et dont le premier spectacle était formidable.

Pour être seul sur l’estrade et y gagner sa vie… il faut savoir qu’autour, il y a sa metteure en scène Stéphanie, payée par les droits de mise en scène, quand il est sur scène.

Il y a son régisseur Emeric intermittant, payé au cachet et parfois en bière après le spectacle, quand il y a spectacle.

Il y Alain, son attaché de presse, payé sur facture quand il y a des dates à promouvoir,

il y a, à Aix, bien sur Fabienne directrice de la salle, payée quand elle est remplie la salle… Fabienne était bien contente de voir revenir Alex car maintenant il remplit, mais quand elle a pris le risque de le programmer, il y a dix ans, c’est peu de dire qu’il restait encore quelques places à vendre… alors, elle se rattrapait un peu sur le bar. Et puis, la recette c’est pas l’alpha et l’omega, comme Alex, Stéphanie, Emeric, Alain et tant d’autres, Fabienne, elle a choisi la culture par passion… même si bon, de l’argent il faut en faire rentrer pour payer les deux employés, à la billetterie et à l’administratif du café théâtre.

Ben oui. C’est aussi ça la culture, créer de l’emploi et de la valeur, toujours.

C’est pourquoi aujourd’hui, je ne suis pas inquiet pour moi, non, je suis bien à La Grande Motte, l’été arrive, sans festival bon, qu’importe j’ai pas fini Netflix. Et puis j’aime encore bien de temps en temps me refaire un petit De Funes sur France Télé.

Non, je m’inquiète pour ceux qui me font. Et ceux qui me défont. Je m’inquiète pour ceux qui m’adorent et ceux qui me brocarde. Même la contre-culture je l’aime puisque c’est de la Culture.

Sans compter que je m’inquiète énormément pour ceux qui ont besoin de moi… Même pour Franck Riester, le Malraux de Coulommiers. Que serait un Ministre de la Culture sans Culture ?

C’est ça La Culture, s’intéresser aux autres, toujours.

Voilà, Merci France Inter, de m’avoir donné la parole, je ne reste pas plus longtemps, je file sur RMC, c’est l’heure des grandes gueules, et je pense qu’ils ont bien plus besoin de moi là-bas, c’est ça La Culture, conquérir de nouveaux horizons, toujours.

Bien à vous,

Votre dévouée Culture.

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.