Cette semaine à Florence, un touriste s’est effondré devant l’un des plus célèbres tableaux du monde : "La Naissance de Vénus" de Botticelli.

Parlons un peu de Botticelli, et pas seulement parce que j’adore les peintres - espagnols.

Cette semaine, dans la célèbre Galerie des Offices, à Florence, qui avant d’être un joli prénom de vieille dame, est avant tout une ville dont l’infinie beauté n’a d’égal que la condescendance de ses habitants pour le reste de l’Italie…

Cette semaine à Florence, donc, un touriste s’effondre devant l’un des plus célèbres tableaux du monde : La Naissance de Vénus.

Pas la grande sœur de Serena. L’autre.

Comme quoi la peinture ça peut faire tomber dans les pommes, et pas seulement quand on respire des vapeurs de plomb. C’est ce qu’on appelle le syndrome de Stendhal. Du nom de ce célèbre auteur français qui a pour point commun avec Balzac, Hugo et autre Zola, que je ne l’ai pas lu. Moi j’ai toujours cru que Le Rouge et le Noir c’était un guide pratique pour apprendre à gagner à la roulette.

Stendhal, qui au cours d’un voyage à Florence (lui aussi), en pleine basilique de Santa Croce s’est retrouvé, d’après lui 

... à un point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. J’avais - dit-il - un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber.

Et moi aussi j’aimerais avoir autant de finesse, la prochaine fois que je décris un bad trip.

Ça c’était en 1817 et depuis Stendhal voit son patronyme éternellement associé à ces moments de fébrilités parfois causés par la puissance esthétique de l’art.

Et je l’emmerde, puisque moi mon patronyme sera sur toutes les devantures de magasins dans quelques semaines - pendant les soldes.

Mais trêve de petites rivalités triviales entre auteurs. De toute façon nous ne saurons peut-être jamais lequel d’entre nous était le plus talentueux.

Revenons-en à La Naissance de Vénus

Personnifiée sur la toile de Botticelli par la noble modèle Simonetta Vespucci, considérée comme la plus belle femme de son époque, morte de pneumonie avant même d’avoir 30 ans, bien avant que Jimi Hendrix, Kurt Cobain et autre Amy Winehouse ne décident de rendre ça cool.

(Par ailleurs si la vue de jeunes femmes à moitié nues vous cause à vous aussi des malaises, France Inter vous recommande vivement de ne jamais installer Instagram.)

Simonetta Vespucci est morte en 1476 figurez-vous, soit huit à neuf ans avant la création du plus célèbre tableau la mettant en scène. Mais manifestement pour travailler Botticelli avait des Polaroïds à disposition. Sur la toile elle sort d’une immense coquille St Jacques. Pardon à ceux qui sont encore fragiles intestinalement et essaient d’oublier leur repas de Noël. Coquille en Espagnol ça se dit concha. Qui est aussi le principal euphémisme dont se servent les Argentins pour dire vagin.

Voilà qui est plus cohérent, pour une naissance.

Et moins pour un décès, parce que c’est bien ce qui a failli arriver. C’était pas juste un évanouissement dans la galerie mais un arrêt cardiaque.  « Une beauté irresistible », « Une belleza irresistible », titre le quotidien El País.  Parce que oui, je suis Suisse, mais comme beaucoup d’entre nous, j’ai aussi quelques origines tiers-mondistes.

Sauf que le journal espagnol écrit son titre avec un point d’interrogation. Ou plutôt deux, un à la fin et un au début, comme vous le savez, pour bien convier le ton de la phrase en amont. Ah ça les Espagnols, ils te la font rarement à l’envers, ils sont plutôt franco. (Stéphane De Groodt, on t’embrasse.)

Mais toujours est-il que l’article s’interroge véritablement sur l’hypothétique irrésistible de la beauté de l’oeuvre de Botticelli, puisque le touriste qui a fait un malaise avait tout de même 70 ans. On ne sait donc pas si c’est l’âge ou si c’est Florence qui lui a fait ça.

Et avant que l’un des deux ne m’emporte moi-même, je me dis qu’il faut peut-être que je me dépêche de lire Le Rouge et le Noir.

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