Ce matin, Charline s'adresse aux enfants ce matin…

Oui, parce qu’ils doivent se demander pourquoi leurs parents sont si tristes depuis hier après-midi. Ils sont tristes parce qu’avec Anne Sylvestre, c’est un petit morceau de leur enfance qui s’en va… Donc si tu as surpris ton papa qui versait une larme en écoutant une chanson parlant d'un renard qui tousse, c'est normal, ça va passer... 

Tu sais, tes parents aussi ils ont été des enfants, ils n'ont pas toujours été ces adultes ennuyeux que tu connais aujourd'hui. Et si ta maman qui a, quoi ? entre 30 et 45 ans, il faut que tu saches qu'avant de tomber amoureuse des boys bands, elle écoutait de la bonne musique : la musique d’Anne Sylvestre. Voilà pourquoi sa disparition nous rend tous très nostalgiques. Même Nicolas Demorand, quand il entend ses chansons, il se revoit en train de jouer à interviewer un ministre de Giscard depuis une cabine téléphonique. 

Alors pourquoi si elle était si formidable, est-elle partie ? Cette semaine le destin avait déjà embarqué Dark Vador donc pour équilibrer, il nous a aussi pris Anne Sylvestre. Elle rendait la chanson française plus lettrée et les histoires pour les enfants plus piquantes ! Chez elle la souris verte aurait pu être une militante écolo qui aurait tenté de sensibiliser l'opinion à la cause des escargots tout chauds... Disons que si Anne Sylvestre avait écrit « Les trois petits cochons », ça aurait certainement été une métaphore pour dénoncer le mal-logement. Et l'emprise du patriarcat. Elle se battait notamment pour l'émancipation des femmes. Même Beyonce lui doit beaucoup ! 

C'était l’une des premières dames qui chantait accompagnée de sa guitare. Un peu comme Carla Bruni mais avec un petit peu moins d'affection pour Nicolas Sarkozy je crois. A l'époque il y avait comme une bataille entre les chanteurs à textes et les chanteurs qui disaient n'importe quoi... Bon j'imagine que tu as compris lesquels ont fini par gagner. La preuve : avant, les chansons survivaient souvent à leur interprète. Aujourd’hui c’est souvent l’interprète qui survit à ses chansons. 

Il faut bien reconnaître qu’il y avait plus de maturité dans ses textes pour enfants que dans la plupart des textes pour les adultes aujourd'hui. Et au-delà des fabulettes, les hommages qui lui sont rendus rappellent qu’elle tenait plus de Georges Brassens que de Dorothée. On la surnommait "La Brassens en jupon"... Ah mais c'est vrai que tu es trop jeune pour connaître Brassens. Pour te situer, Brassens, c'est une sorte d'Anne Sylvestre à moustache.  

On sent bien que le monde d’avant fout le camp : la preuve, toutes les radios se mettent à diffuser ses chansons alors qu'on ne les entendaient même plus sur Nostalgie... Mais de ce vieux monde, s’il y avait une chose à sauver, on l’aurait bien gardée, cette Anne Sylvestre. Elle pouvait faire pleurer les grands en chantant pour les petits et faire rire les petits en chantant pour les grands. 

  • Légende du visuel principal: Anne Sylvestre en © Getty / ullstein bild
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