Les vacances, c’est l’occasion pour les journalistes stagiaires d’affûter leur plume. Et hier matin, cet édito du jeune Serge D. dansLe Figaro . Quel ravissement !

Serge Dassault
Serge Dassault © Max PPP

C’est dommage, le jeune pigiste a commis deux erreurs de débutant. D’abord, il est passé à côté de son sujet. Pour un édito intitulé « Les vœux de Serge Dassault », je m'attendais à quelque chose sur la paix dans le monde, la fin des inégalités. Mais la prose tient plutôt de la lettre de l'Oncle Picsou au Père Noël. Il faut opérer « un retour sans finasser (…) des 39 heures payées 35 ». C'est le retour vers le futur de l'arithmétique.

En revanche, rien dans ses vœux sur la réouverture des mines de charbon ou l'interdiction des calèches dans Paris après minuit.

Le must, c’est lorsqu’il cite la Russie en exemple : Serge Dassault veut aussi « des impôts à 13% pour tous ». Mais ça existe déjà ! Ca s’appelle un compte aux îles Caïmans, tout en cotisant au Crédit agricole de Corbeil-Essonnes. Et j’ajoute cet aveu touchant sur la fin « Comme l'an dernier dans ces colonnes, je continue de rêver. » Quel philanthrope ce Serge Dassault ! C'est beau comme du Martin Luther King devant un avis d'imposition.

Mais deuxième erreur d’éditorialiste débutant, il est beaucoup trop long. Un édito qui s’achève en page opinion, c’est plus un édito. Un tweet de 2500 caractères, ça s’appelle Facebook. Un steak de plus de 200 kilos, ça s’appelle un cheval.

En revanche, une fulgurance indique qu’on a affaire à un jeune talent. Comparer la taxe à 75% à la révocation de l’Edit de Nantes, c’est du génie. «En son temps, il avait vidé la France se ses esprits les plus entreprenants », écrit-il. La fiscalité sur le patrimoine a fait fuir une élite. Et un hectolitre : Gérard Depardieu.

Serge Dassault, c’est le contrat de génération à lui tout seul : le jeune pigiste auFigaro formé par le patron de presse pour que celui-ci puisse maintenir son emploi. Le souci avec Serge, c’est que pour maintenir ses autres emplois, il va falloir trouver un jeune vendeur de Rafales (un jeune suicidaire) et un jeune sénateur… donc, un jeune vieux. Et c’est tant mieux, parce qu’il en faut de la patience pour être formé à la politique par Serge Dassault, qui est quand même plus proche de Lady Gaga que de l’Edit de Nantes.

Mais pour en revenir au pigiste plein d’avenir du Figaro , on sent bien que la rédaction a dû tempérer ses ardeurs. J’ai donc retrouvé un extrait de l’édito original, écrit tout en finesse. L’auteur aurait d’ailleurs dû s’appeler Charles Dassault.

« Cher lecteur, quelle année de merde 2013. Le mariage homo qui va plonger la France dans une décadence pire encore que la Grèce, un pays de pédés. Pire encore que le Brésil, ce pays de dégénérés transsexuels qui n’a même pas achevé un Rafale, et qui a préféré acheter un coucou aux suédois, ces crétins nourris aux boulettes Ikea. »

Quelle plume, hein, quelle envolée ! La rédaction a fait un très joli travail de rééquilibrage du texte… Comme lorsqu’ils publient les communiqués du groupe Dassault aviation… pour la sortie d’un nouveau modèle.

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