Le tennisman Lucas Pouille s’est emporté contre les loges clairsemées à Roland Garros, car les spectateurs invités préfèrent, je cite, « boire du champagne plutôt que de regarder les matches »

Aujourd'hui il y a encore plus chic que d'être invité à Roland Garros, c'est être invité à Roland Garros sans aller voir les matchs. Ca veut dire que quand on est très riche, on peut se payer le luxe d'ignorer les plus grands spectacles, et avoir la chance de dire « J'Y ETAIS ! ET EN PLUS J'AI RIEN VU, tellement j'en ai rien à foutre tellement je suis invité partout ! » Tandis que tout en haut des gradins, les passionnés de tennis ne décollent pas de la journée en mangeant des sandwichs triangle dont les miettes finissent par ruisseler jusqu’aux premières loges abandonnées…

Il a raison, Lucas Pouille, ça donne mal au coeur tous ces sièges vides. On est à Roland Garros, tout de même, on n’est pas à l’Assemblée ! Vous me direz que dans les deux cas, un Balkany nous manque et tout est dépeuplé… Mais depuis quelques années, ça choque les journaux étrangers, même le Washington post s’est déjà fendu d’un article sur le sujet, parce que c’est flagrant quand on voit les images à la télé : déjà qu’il n'y a pas beaucoup de Français sur le terrain pendant la compétition, si en plus maintenant il n’y en a plus dans le public non plus… pourquoi organiser ce tournoi ?

Le tarif de location d’une loge six place pendant la quinzaine ça coûte 90.000 euros… On y cause moins amortie derrière le filet qu’amortissement des intérêts. Le court central, c’est le temple du business. Les types qui reçoivent le cadeau chaque année ils sont blasés: « Oh non ! Encore des places pour Roland Garros, comme l'année dernière. » Ils ne savent plus quoi en faire des billets d’entrée, ils s’en servent comme post-it. Pourtant inviter un client espagnol à une rencontre Nadal contre Gasquet, c'est l'assurance qu'il passera un bon moment.

Pour certains VIP, cette période de l’année c'est un rituel. D'abord ils passent quelques jours à Cannes pour ne voir aucun film et ensuite ils filent à Roland Garros afin de ne voir aucun match. D’ailleurs, vous savez ce qu’on dit : aller à Roland Garros quand on aime pas le tennis c'est un peu comme aller au Festival de Cannes quand on aime pas la cocaïne.

Alors voilà : les gens qui aiment vraiment le tennis ne trouvent pas de places. Et les gens qui s’en foutent ont une place mais ne l’occupent pas. On dirait une allégorie de la crise du logement. Et si j’étais mauvaise joueuse parce que tous les Belges ont déjà été éliminés, je dirais à Lucas Pouille que le champagne pour les français c’est peut-être le seul truc qu’ils ont trouvés pour être sûr de tenir une coupe dans les mains.

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