Des dizaines de milliers de « travailleurs » sont des invisibles de l’économie numérique : ceux qui passent des heures sur les sites de promo pour glaner quelques euros…

Bonjour, je m’appelle Myriam et je suis venue vous parler de mon « travail » qui n’est pas reconnu comme tel, je suis ce qu’on appelle une « travailleuse du clic ». J’aurais bien fait coursière chez Deliveroo mais je n’ai pas de vélo et j’habite en pleine campagne. Donc je fais partie des 200.000 personnes en France, essentiellement des femmes d’ailleurs, qui gagnent un peu de sous en cliquant depuis leur canapé : je réponds à des sondages ou je note des pubs. Je peux gagner de 3 à 10 centimes par opération, mais parfois ça va jusqu’à plusieurs euros ! Je fais ça pour arrondir les 15 du mois. Nan mais je préfère pas dire combien ça me rapporte en taux horaire, parce que je sais que le Medef écoute la matinale et j’ai pas envie de lui faire ce petit plaisir.

Je préfère ça à l’usine : ici au moins je suis chez moi, et quand je fais une pause je peux en profiter pour faire une lessive ou du repassage.

Mais il faut vraiment que je sois vigilante. A force de cliquer partout, la dernière fois sans faire exprès, j'ai commandé une palette d'Actimel en promo. Depuis une semaine, toute la famille se nourrit exclusivement de yaourts à boire. Mon mari en a fait une indigestion, il a eu un arrêt de travail depuis trois jours et c'est pas bon pour nos finances ça... Du coup, moi, je dois cliquer deux fois plus, et maintenant j’y passe mes soirées aussi. C’est pour ça que j’ai emmené mon ordinateur en studio, ce matin, des fois qu’il tomberait une offre pendant que je vous parler

Par exemple, là, je vois un super mission ! Cinq euros d'un coup pour s'abonner à un site ! Ca c’est rare, donc vite je fonce ! Attendez... Oulà ah non c'est une mission pour devenir membre premium du blog de Morandini... Là, voilà, vous voyez exactement le genre de pièges sur lesquels on peut tomber.

Et le pire, c’est qu’en faisant ça, on entraîne les logiciels d’intelligence artificielle à devenir plus performants : donc déjà ces connes de machines nous piquent nos boulots, mais en plus c’est nous qui leur trouvons des débouchés !

Parfois on gagne 20 centimes en un clic, on se dit que c'est super, sauf que sans le savoir vous vous êtes inscrit sur un site dont il vous faudra une heure pour remplir le formulaire de désinscription.

Voilà comment on arrive à se débrouiller, même pas à la force du poignet, à la force de l’index… Mais heureusement j’ai trouvé une p’tite crème antalgique très très bien… en remplissant cette nuit un questionnaire hygiène de 220 pages. Je vous laisse, je dois partir à mon vrai boulot, je bosse en intérim la matinée.

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