Les urgentistes ont manifesté hier, les services d’urgences sont toujours en grève…

Oui Nicolas, hier vous avez invité deux médecins urgentistes dans la matinale. Est-ce qu’ils ont été entendus par leur ministre ? Toujours pas. Donc, j'ai recueilli le témoignage d'un brancard, peut-être que là, elle écoutera. Voici ce qu’il m’écrit : 

Quand Agnès Buzyn dit : « Je ne veux plus qu’il y ait des gens sur des brancards » nan mais ho, elle ne va pas me supprimer mon poste à moi aussi ? Combien d’années de fabrication pour un brancard ? Neuf ! Si j'avais su j'aurais fait des études de lit-gigogne, c’était moins d’investissements...

Evidemment, c’est devenu plus dur de trouver un lit dans un hôpital public que dans un hôtel à Cannes pendant le festival ! Pourtant, les urgences font tout pour optimiser la place. La semaine dernière, j'ai vu deux brancardiers finir par caler un patient à la verticale entre la machine à café et le distributeur de sandwich de la salle d'accueil. Toute façon on s'en fout, elles sont cassées toutes les deux depuis deux mois.

Je vois des choses incroyables : rien qu’avant hier j'ai vu un médecin prendre la tension d'un patient avec sa main gauche… parce que de sa main droite, il faisait une piqûre à une AUTRE patiente. Et EN PLUS il rédigeait une ordonnance avec un stylo qu'il avait calé entre ses dents. S’il se met en intermittent du spectacle, il a des chances d’arrondir ses fins de mois.

Bon, après, ça reste entre nous, mais parfois c'est la femme de ménage qui prend les appels. Parce que la standardiste, pour dépanner, elle aide à examiner les patients, en remplacement de l'infirmière, qui elle, fait les consultations, parce que le médecin est souvent obligé d'opérer en catastrophe.

Moi à la base j’ai fait ce métier à cause de Georges Clooney et d’ailleurs pour tenir toutes les nuits je peux vous dire que ça y va sur les expressos à la machine à café... L’autre fois y a un vieux, je l’ai eu sur le dos pendant cinq heures : eh ben il m’a pissé dessus. Et pour la prime pénibilité moi je peux toujours rouler ! En tant que brancard, ici le ruissellement c’est surtout du sang et des larmes.

Ce qui est vraiment bizarre, c'est qu'aujourd'hui, quand j'entends quelqu'un qui dit : « Allez accrochez vous ! Vous pouvez le faire ! Il faut garder espoir ! », ben la plupart du temps, c’est un patient qui s'adresse aux soignants... Tout fonctionne à l’envers. Les médecins sont usés. La nouvelle interne, Stéphanie, 23 ans… au début du mois, c'était Louane, aujourd'hui elle ressemble Régine.

Du coup avec mes collègues brancards, on a un jeu : on essaie de deviner qui sont les malades et qui sont les soignants…

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