Les pharmaciens ne sont pas contents parce que le gouvernement veut autoriser la vente de tests de grossesse dans les supermarchés. Les grandes surfaces s’apprêtent donc à briser le monopole des officines.

deux groupements de pharmaciens déboutés de leur plainte contre leclerc
deux groupements de pharmaciens déboutés de leur plainte contre leclerc © reuters

Dans le fond, ce ne serait que justice : mon pharmacien, lui, il vend bien du gel douche, des brosses à dents, du parfum et même des barres de céréales diététiques à 9 euros les 100 grammes, ça nous met la barre de céréales à 1 euro 80. A ce prix-là, elle doit faire maigrir tout en procurant une haleine fraîche et en régulant la flore intestinale. Et ça, c’est un produit que Carrefour ne s’aventurera pas à ranger dans ses rayons, parce qu’il devrait le mettre sous anti-vol et ça ne serait donc plus très rentable.

La frontière devient floue entre la pharmacie et le supermarché. Mais il y a un truc infaillible pour ne pas confondre. Si vous êtes à la recherche du rayon charcuterie et que vous tombez nez à nez sur un type en blouse blanche, abandonnez l’idée de ramener des rillettes. Quoique, attendez, vérifiez quand même si la blouse blanche n’est pas pleine de taches… Vous voyez, j’ai l’air de caricaturer, mais ça prête à confusion…

Ma certitude vacille dans les pharmacies entre les prix cassés sur les crèmes de jour et les lots de trois déodorants sans parabène, deux plus un gratuit, offre soumise à condition d’achat dans la limite des stocks disponibles… moi je ne fais plus tellement la différence entre le Carrefour et l’apothicaire.

- En principe, le pharmacien a un rôle de conseil et de mise en garde pour les produits en vente libre

Il y a des choses dont on parle à son pharmacien et qu’on ne dit pas à une caissière, et le pharmacien, lui, a toujours une solution.

Ceci dit, je comprends le cri d’alarme de la profession. Quand le président de la fédération des syndicats pharmaceutiques évoque les situations d’urgence, il a raison : il prend l’exemple d’une jeune femme qui viendrait acheter un test de grossesse après un rapport non protégé.

Mais enfin, chez certains de ses confrères, les prix cassés à l’achat de 12 boîtes de laxatifs, ça me paraît aussi être une situation d’urgence.

Dans le fond, je ne comprends pas ce laisser-aller dans un pays qui aime tellement encadrer la santé, à tel point que le principe de précaution sera bientôt gravé au fronton des mairies. Liberté, égalité, fraternité, cinq fruits et légumes par jour.

- Peut-on entrevoir des solutions ?

Si le pharmacien joue si bien son rôle de mise en garde, je ne saurais trop lui conseiller d’inaugurer un rayon « vins et spiritueux », afin de livrer au client les précautions d’usage : l’abus d’alcool nuit gravement à la santé ; ne vous blessez pas avec le tire-bouchon, et si vous êtes enceinte ne buvez pas…. Ah zut ! Vous ne pouvez pas savoir si vous êtes enceinte, puisque je ne vends plus de test de grossesse ! Donc, finalement, laissons les tests exclusivement en pharmacie.

Bon, après, pour la cigarette électronique, comment on fait ? Parce que électronique ou pas, la cigarette, voilà bien un produit qu’on est sûr de ne pas trouver chez le pharmacien. Trop dangereux : l’apothicaire risquerait de se faire assassiner par le buraliste installé en face.

Mais maintenant qu’une étude néo-zélandaise explique que vapoter, c’est comme le patch, ça permet d’arrêter de fumer, on fait quoi ? On fait entrer la cigarette électronique en pharmacie.

Sinon j’ai une ultime solution pour éviter le manque à gagner chez les pharmaciens et empêcher que leurs établissements ne finissent par ressembler à la vitre des magasins BUT : faire comme pour le projet avorté des alcootests dans la voiture. Obliger chaque femme à se balader avec deux tests de grossesse dans son sac.

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