Charline cède son micro à une directrice d’école qui témoigne après deux jours de réouverture…

Bonjour ! En effet, j’applique depuis lundi les 54 pages du protocole de déconfinement en milieu scolaire : c'est moins bien écrit que du Kafka mais il y a du potentiel…

Bon, déjà, pour éviter de trop stresser les enfants, on essaie d'avoir une approche ludique. Dans la classe de CP, j'ai collé des formes géométriques au sol qui correspondent à chaque élève. Mais Noémie a pleuré parce qu’elle ne voulait pas être l’enfant « rond », là-dessus, le petit Mathias a hurlé parce qu’il ne voulait pas être le losange… Comme j’ai mis 20 minutes avant de pouvoir entamer le cours, hier, j’ai tenté de coller des gommettes… ça tient pas, donc aujourd’hui, j’ai prévu d’attacher les enfants à leur chaise. Allez hop, un problème de réglé. Ne vous inquiétez pas, je les détache pour la récréation. 

Parlons-en de la récré ! J’ai du placer des cerceaux sur le sol pour éviter que les enfants se rapprochent… ça a tenu 10 minutes. Après j’ai posté un surveillant sur le toit de l'école pour superviser le respect des distances de sécurité. C’est provisoire, évidemment ! J’attends la livraison du mirador la semaine prochaine. Ecoutez, moi j'ai fait ce boulot parce que j'étais fan de « L'Instit » avec Gérard Klein, mon truc au départ c'est pas « Prison Break » et pourtant, lundi, j’ai crié « Jordan, AU PARLOIR ! » pour l’envoyer au tableau. C’est Victor Hugo qui disait : « Ouvrez une école, vous fermerez une prison » ? Eh ben il a pris un coup de vieux Hugo cette année.

Les enfants ne se sont pas vus depuis des semaines, ils ont tous envie de se prendre dans les bras, c'est normal ! Alors j’ai tenté de faire preuve de psychologie, je leur ai dit : 

Les enfants, imaginez que vos amis sont des choses dont vous n'aimez pas du tout vous approcher... pensez que votre camarade est une araignée ! Ou un plateau-repas à la cantine ! 

Nous non plus, on n’a plus le droit d’approcher les enfants, on ne peut pas les consoler. Hier le petit Marius est tombé dans la cour, il s'est ouvert au niveau du genou. J'ai dû le laisser pleurer pendant 20 minutes, le temps que je remette la main sur mes gants en silicone. Heureusement il a réussi à se faire un garrot tout seul avec les compresses qu'on lui jetait dessus en lui criant les instructions du protocole de l’Education nationale. Une chance que sa mère soit infirmière. Cela dit, comme elle non plus, elle n’a pas le droit de le toucher depuis deux mois, il parait que dans l’après-midi, on a vu Marius enlacer le tronc du platane de la cour de récré.

Pauvres gosses, à peine en CP, et on les fait déjà bosser sur la liberté individuelle dans la société. Comme quoi en moins d’un trimestre ils peuvent passer de Peppa Pig à Emmanuel Kant.

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