Ce matin, Charline pense à nos aînés, à travers un message adressé à sa grand-mère, Claire, 98 ans, confinée seule dans sa maison en Belgique, et qui nous écoute…

Oui, alors pour qu’elle sache que je m’adresse à elle, je dois l’appeler par son surnom : MIMIE, MONTE LE SON j’ai écrit pour toi !

Chère Mimie, nous ne pourrons nous revoir qu’à la mi-mai. Encore un mois à attendre, mais bon, qu'est-ce qu'un mois quand on a déjà traversé 98 années. Tu sais, si on ne vient pas te voir, c’est pour te protéger. Quant à te laisser sortir, je pense que tu n’aimerais pas ce qui se passe dehors : des queues devant les magasins d'alimentation, des gens qui dénoncent leurs voisins... tu dirais que c'est "reparti comme en 40"… A quelques détails près, parce que pour la plupart, on profite de la bonne bouffe, on boit des coups, et après, on gesticule une heure sur un tapis de sol devant des tutos abdos-fessiers.

Tu auras déjà tout connu dans ta vie : la guerre, le choc pétrolier, Alain Juppé avec des cheveux, et voilà qu’à 98 ans, tu dois faire face à une pandémie. Rien ne t’aura été épargné. Je me rappelle le 16 mars quand tu m’as dit : « oula, j’ai aussi connu la canicule, heureusement j’étais encore jeune à l’époque ! » Et en effet, en 2003, tu n’avais que 81 ans. Je mesure la chance que tu as de pouvoir rester chez toi, d’autant que tu as en permanence une infirmière à domicile : toi-même, puisque c’était ton métier. C'est donc pas cette pandémie qui va te faire peur, et tu demandes plutôt quel prochain péril tu devras affronter en 2040...

Je suis rassurée de ne pas te savoir en Ephad, les soignants y font un travail remarquable, mais j’ai appris qu’en Belgique, les militaires viennent en renfort dans les maisons de repos. Je pense à ta copine Paula qui y séjourne, j’espère qu’elle va bien. Ca doit lui faire bizarre de voir arriver un type en treillis pour lui servir sa camomille... A son âge, si c’est pas malheureux de devoir encore faire son lit au carré… Remarque, ils ont sans doute des trucs à se dire. Je la vois d’ici : « J’ai connu un beau jeune homme en uniforme comme vous, quand j’étais jeune ! »

Tiens bon, il nous suffit de rester chez soi. Rester planquée, tu connais, tu as été résistante. En plus, là, tu peux écouter la radio à fond sans risquer de voir débarquer la gestapo dans ton salon. Je sais que tu écoutes le 7/9 tous les matins. D’ailleurs, tu me demandes souvent : « Et Léa Salamé, est-ce qu’elle est gentille avec toi ? Parce que ta chronique est prévue à 7h57 et à 59, elle pose encore une question. » Ce à quoi je réponds : « Oui, mais c’est parce qu’elle a de grandes ambitions pour moi : son objectif c’est que je présente le journal de 8h ! »

Je pense aussi à ce que tu dis à chaque épreuve. Et ça, j’avais envie de le partager avec les auditeurs, parce que ça va leur faire du bien. Tu lèves ton verre de champagne, et tu dis bien haut : « Puisque le malheur nous accable, avalons la douleur ! »

  • Légende du visuel principal: Lettre d'amour à Mimie, 98 ans © Getty / Alicia Llop
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