Charline, quelles conclusions tirez vous de ce week-end ? L’humour est un Canadair qui survole des forêts d’indignations en flammes.

Je ne sais pas si la politique d'Emmanuel Macron nous a redonné le gout du travail, mais en tous cas on est soulagé d'arriver au lundi... 

Alors qu’hier encore, on avait replongé dans l’insouciance : Castaner s’éclatait en boîte de nuit, Macron s’offrait un break dans les Pyrénées, et alors que l’extrême-droite est à nos portes, France 2, le service public de télévision, nous attendrissait sur les petits chats de Marine Le Pen… Donc, pour une satiriste, ce lundi matin s’annonçait telle une large piste bleue parfaitement damée sous le soleil de mars… Et puis surgissent des immeubles en feu, des habitants traumatisés et des commerces dévastés avec des gens au chômage. Et là je me retrouve sur la piste noire et verglacée de l’humour en temps de crise. « Et lundi matin, on compte sur toi fais-nous rire hein ! » Alors là, je répondrais : « Il est plus facile pour un télésiège de passer par le chas de l’aiguille… » Macron, lui, il a tout de suite su comment réagir, samedi après-midi il a dit : « Brigitte, fais les valises, on rentre à Paris ! » Et moi pendant ce temps, je réfléchis à cette question du rire dans un climat poisseux, et je pense que la dérision reste un excellent moyen de canaliser la colère.

Par exemple, quand je compare François de Rugy à un ficus, c’est parce que je suis très en colère contre sont inertie face au changement climatique. Donc, laissez-moi le comparer à un ficus, parce que c’est ça ou je suis capable de lui en coller une ! Mais dans le climat actuel en France, la caricature passe moins bien qu’un shot de vodka dans le gosier du premier flic de France.

Hier midi, j’invite des amis à dîner, je veux flamber une banane au rhum et je leur dis : « Eloignez-vous, qu’on ne finisse pas comme au Fouquet’s ! »… Qu’est-ce que je n’avais pas dit là ! « Ah ben bravo, rire du Fouquet’s, fais le jeu des casseurs tant que tu y es ! ». On se détend. J’aurais pu aussi bien dire que Le Fouquet’s est devenu notre nouvelle Jeanne d’Arc, sans pour autant me réjouir du sort de Jeanne d’Arc, sort d’ailleurs commun à celui de ma banane…

Je suis tout aussi en colère de voir les kiosques à journaux incendiés. Mais on peut être ulcéré et se dire que c’est quand même très con de s’en prendre aux kiosques au moment où ils contiennent des piles de « Voici » avec dedans les talents de Castaner en gogo danseur.

J’ai bien noté aussi que sept Belges ont été interpellés samedi… pour avoir notamment saccagé un Léon de Bruxelles et un Jeff de Bruges… Là, peut-on en rire ? Je n’y suis pour rien, je vous laisse juges…

Voilà. L’humour est un Canadair qui survole des forêts d’indignations en flammes. On peut déplorer qu’il n’arrive pas toujours pile au bon moment ni pile au bon endroit, mais il revient quand même inlassablement pour nous empêcher de nous consumer dans la haine. C’est pourquoi on peut dire qu’avec Sarkozy, ça flambait aussi pas mal au Fouquet's. Parce que ça reste une image... Que c’est drôle mais c’est grave d’en être réduit à regretter ce temps-là…

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