Hôpital de la Pitié Salpétrière
Hôpital de la Pitié Salpétrière © CC - Mbzt

Aujourd’hui ça va aller tout de suite mieux. Car tout nous indique que la France demeure la nation du prestige. Il suffit de faire un tour aux urgences de Cochin ou de la Pitié Salpêtrière, pour se rendre compte que si un émir du Golfe a loué neuf chambres d’un hôpital public, alors la France est capable de vendre de la glace aux esquimaux, parce que la glace est française.

Oui, désormais, la France accueille l’étranger à bras ouvert, lorsqu’il doit se faire opérer et qu’il est très riche. Une manne financière se profile pour les hôpitaux français, grâce au savoir-faire de ses médecins : imaginez, demain, le CHU Crillon, le Plazza HP.

Mieux encore, délocalisons l’hôpital là où se trouve l’argent, sur le modèle du Louvre : inventons le Necker Abou Dhabi enfants malades.

Selon Martin Hirsh, le président des hôpitaux publics parisiens, l’APHP, les riches patients étrangers payent 30% de plus et cela permet de dégager 5 millions d’euros par an. Et il souligne que la prise en charge de l’émir n’a en rien perturbé l’accueil des autres malades. Ils patientent toujours autant. Nous voilà rassurés.

Et puis râler parce qu’un établissement public gagne de l’argent alors qu’on lui reproche tout le temps d’en perdre : eh, oh, c’est l’hôpital qui se fout de la charia…

Martin Hirsh assume ce côté « Robin des bois », dit-il. Prendre aux riches pour redistribuer aux pauvres. Moi je voudrais connaître l’agence qui s’occupe de la communication de l’APHP. Parce que l’idée du Robin des bois... Fallait oser. J’attends le prochain patient venu du Golf et le plan de comm’ où Hirsh va nous faire le coup du Prince Charmant.

La direction de l’Assistance Publique a dû justifier le dispositif exceptionnel déployé pour l’émir, dans les neuf chambres d’hôpital. La direction évoque « des contraintes de sécurité » pour justifier ce dispositif : tout a donc été fait dans les règles, et les médecins ont respecté le serment d’hypocrite.

La France étant la nation du prestige, l’émir pourrait passer sa convalescence au bord de la piscine Molitor, qui vient de rouvrir à Paris.

Le scandale autour de la piscine Molitor, bijou Art déco entièrement rénové : 180 euros la journée. C’est vrai que ce n’est pas donné ! Mais la direction tient à rassurer tout le monde : on pourra toujours admirer la splendeur de l’édifice à partir des restaurants. Comptez environ 180 euros le menu.

Je piquerais bien une tête moi à la piscine Molitor. Mais je dois d’abord demander un prêt à mon banquier. Et je me demande si en plus du bonnet de bain, le port de la cravate est obligatoire. Heureusement, il existe un abonnement annuel à la piscine, beaucoup plus avantageux, puisqu’il s’élève à 3300 euros… Oh, c’est quoi finalement 3300 euros ? A peine le montant du SMIC suisse. Un Smic si bas qu’ils n’en n’ont pas voulu, je vous rappelle !

Si les Suisses avaient voté pour, la piscine Molitor aurait été obligée d’accueillir des smicards à l’année. Mais les Suisses ont dit non au revenu minimum à 3300 euros… et pour le comprendre, il faut se placer dans le contexte de nos voisins : c’est le pays où si à 5 ans t’as pas une Rolex, t’as raté ta vie.

Voilà, alors si jamais quelqu’un m’invite à la piscine Molitor, je m’engage à trouver quelqu’un d’autre qui puisse me prêter un maillot Hermès. Mais à ce prix-là, j’imagine qu’on doit se baigner dans de l’eau minérale, et je vous préviens : je compte bien en profiter pour boire la tasse.

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