Chez nous, on va enfin laisser un peu de temps de parole à Marie-Pierre Planchon !

Pour Marie-Pierre, une canicule, c’est comme une finale de coupe du monde ! Mais c’est à BFM TV qu’on est le plus en ébullition. Ce matin, le rédac chef est au taquet : « Bon, Michel, t’avais super bien couvert la neige cet hiver, donc là on t’envoie toute la semaine… faire un direct tous les quarts d’heure dans un Ephad. Ils ont prévu une seule pièce climatisée par établissement. Une seule ! Quand tu penses que chez nous y’a la clim jusque dans l’ascenseur…

Là, dès 10h on envoie un magnéto sur les cinq meilleures façons de boire un verre d'eau. Derrière, on envoie Clémence dans une crèche, là-bas ils installent des ventilos. Soyez concentrés sur le cadrage hein ! Si un gamin se prend les doigts dedans, je veux l’image ! Pendant ce temps les autres, vous essayez de me trouver un gilet jaune qui regrette l’époque des canons à eau…

Ensuite, sur le plateau, il nous faut les meilleurs consultants. Philippe, tu m'as bien dit que ton beau frère c'était un spécialiste du climat ? Hein ? Il pose des climatiseurs ? Bon ben c'est parfait, ce sera notre expert. Et juste derrière, on lance le sondage : « Combien de Français seraient prêt à supporter leurs collègues de travail en bermuda ? »

Ecoutez, on est BFM, faut qu'on soit les premiers sur la chaleur ! Je veux voir de la canicule partout, je veux voir des gens qui ont soif dans toute la France, donnez moi de la sueur, des auréoles, je veux que les écrans transpirent, je veux que la France étouffe sous les infos liées à la canicule ! Le stagiaire, toi t’envoies des alertes pour annoncer des bandeaux « alerte » sur les températures. Et derrière, on diffuse le magnéto : « Peut-on venir en maillot une pièce au bureau ? »

Voilà. Maintenant je dois vous dire que ça m’a fait tout bizarre d’ironiser sur ce sujet. Parce que la canicule en 2003, c’était mon tout premier reportage pour le journal belge « Le Soir », en tant qu’Envoyée spéciale, à Paris. Un dimanche d’août, je débarque à Rungis en bus, je suis paumée et je demande mon chemin à des routiers polonais, pour trouver la Halle aux Poissons qui se situait bien sûr à l’autre bout. C’était dans la Halle aux poissons réfrigérée où l’armée avait aligné des centaines de lits picots pour accueillir la dépouille de tous petits vieux qui avaient trépassé. Je me suis demandée si mon rédacteur en chef allait croire à mon reportage ou s’il allait penser que la morgue du marché au poisson, c’était ma dernière idée de sketch. C’est notamment pour ça qu’aujourd’hui je préfère écrire des blagues, parce que souvent la réalité se charge les rendre bien réelles.

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