L’œuvre de Maurizio Catellane, la banane scotchée au mur, vendue 100.000 euros l’an dernier a été offerte au musée Guggenheim de New York…

La banane entre au musée, mais ça tient une semaine, une banane. Ils sont contents au Guggenheim, ils doivent la changer tous les sept jours. Le métier de conservateur a beaucoup changé, il s'apparente de plus en plus à celui de chef de rayon chez Intermarché.

J’exagère à peine, l’artiste Darren Bader a créé une œuvre périlleuse à conserver : une lasagne dans laquelle il a injecté de l'héroïne. Résultat : le conservateur du musée doit se procurer une dose toutes les semaines. Et s’il fait serrer, qu’est-ce qu’il dit ? « C’est pas pour moi c’est pour la lasagne ! » Et là direct à l'asile... Alors que ce type a étudié l’histoire de l’art et que c’est peut-être Dubuffet qu’il admirait, pas Pablo Escobar ! Si on va par là c’est pratique pour se repérer dans un musée. Quand t'es paumé et que le guide qui te répond : «  La salle Mésopotamie ? Bien sûr vous continuez tout droit vous suivez l'odeur de tartiflette et c’est au bout à droite... »

Dans un autre musée c’est l’œuvre de l’artiste Kader Attia qui complique le travail du conservateur : la reproduction d’une ville algérienne en semoule. Quand tu fais des études pour devenir conservateur, t'es plein d'espoir, tu te dis que tu vas passer ton temps à mettre en valeur la beauté des sculptures … et parfois tu finis toutes les semaines à la caisse du Monop avec tes paquets de semoule. Et le soir, à table, avec les enfants : « Maman, t'as fait quoi aujourd'hui ? Tu as déplacé un Giacometti ? » « Non, aujourd'hui maman a fait une maison en couscous. »

Si c’est l’époque qui veut ça, aujourd'hui Picasso peindrait « Guernicarottes », on pourrait admirer le Primeur de Rodin, Le Radis de… ? La Méduse ! Géricault... La Vénus de… ? Melon... L'Aubergine du Monde de Courbet... L'Homme de Betterave de Léonard de Vinci !

Et alors, si on mélange deux artistes contemporains qui font dans le conceptuel, si Catellane collabore avec Banksy, on expose la banane et le jour de la vente aux enchères on en fait un smoothie. Ça triple le prix de la banane, 300.000 boules (mais ça reste toutefois 10 fois plus cher que la banane qu’on achète chez Naturalia.)

C’est là où l’expression « Mon fils de 4 ans peut faire la même chose » ne fonctionne pas : un gamin n’oserait jamais faire un truc pareil. Je suis à deux doigts de me réconcilier avec les affreuses tulipes de Jeff Koons.

Parce qu’aujourd’hui, quand tu vas chez le primeur et que tu croises un type qui te dit qu'il est dans la restauration, tu sais pas s'il bosse dans un musée ou s’il est en cuisine.

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