Je vais essayer de me libérer d’un léger malaise : celui que beaucoup ont ressenti en voyant François Hollande rendre hommage à Jean Jaurès sur ses terres, à Carmaux, avant-hier.

Jean Jaurès en meeting au Pré-Saint-Gervais contre la loi de 3 ans de service militaire le 25 mai 1913
Jean Jaurès en meeting au Pré-Saint-Gervais contre la loi de 3 ans de service militaire le 25 mai 1913 © domaine public / L'Illustration

J’ai l’impression que beaucoup de français ressentent un malaise comparable quand Nadine Morano se réclame du Général de Gaulle.

Hollande qui rend hommage à Jaurès, c’est un peu Brutus qui rend hommage à César.

D’ailleurs, lors de la visite du président à Carmaux, une femme a dit : « S’il voyait ça, Jaurès se retournerait dans sa tombe! ». Mais comme il s’était déjà retourné quand Sarkozy l’a cité, et bien comme ça, il s’est remis dans le bon sens…

La France fait partie de ces pays qui ont développé une iconographie politique. D’ailleurs aujourd’hui, Jean Jaurès c’est un peu le Cube Maggi de la politique, on peut le mettre à toutes les sauces. Citer Jaurès produit un effet magique.

A chaque fois qu’on célèbre un homme extraordinaire, comme Jaurès, par exemple, je me demande : pourquoi est-ce qu’on célèbre l’anniversaire de sa mort ? Et puis j’ai fini par comprendre… Jean Jaurès c’est le modèle parfait pour François Hollande. Enfin, le Jean Jaurès disparu… Celui qui ne fait plus rien.

D’autant que commémorer la disparition de Jaurès, je trouve que c’est indirectement faire honneur à son assassin.

Je rappelle qu’il s’agissait d’un étudiant nationaliste, qui a été acquitté lors de son procès.

Voilà qui éclaire un mystère : pourquoi Steeve Briois, le maire FN de Hénin-Beaumont, a fait déplacer le buste de Jaurès dans son bureau ? C’est pour jouer aux fléchettes. A cause de la justice française, Jaurès, on peut l’assassiner tant qu’on veut, on ne risque plus rien.

Jean-Luc Mélenchon l’a formulé à sa manière, il a dit que l’hommage de Hollande à Jaurès, c’était une version moderne de « J’irai cracher sur vos tombes. » Moi, vu l’accueil que le président a reçu, je dirais plutôt : « J’irai siffler là-haut sur la colline »…

Et pourtant, à force de réflexion, j’ai trouvé un point sur lequel Hollande a été plus loin que l’illustre parlementaire. Jaurès a dit :«Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots.» Ou…« Ils changent de premier ministre » , vient d’ajouter Hollande! Mais enfin, ça c’était trop moderne pour Jaurès, le pauvre, il ne pouvait pas savoir.

Bref. Quand on voit ce que l’héritage de Jean Jaurès est devenu, il ne reste plus que nos yeux pour pleurer. Et encore. Si on pouvait économiser sur les pleurs, ça serait bien.

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